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Littérature francophone - Page 5

  • Faire court

    novelettes.jpgSept novelettes de Pascal Blondiau - Editions les carnets du dessert de Lune

    En littérature, il n'est pas toujours besoin de longs discours pour convaincre ou émerveiller : la parcimonie audacieuse de ces novelettes en témoigne. Sept récits dont la brièveté incite le lecteur à savourer chaque mot, à goûter frugalement à chaque assemblage d'images poétiques. Ces évocations sont parfois tirées du quotidien (L'acrobate, La Vitupère), peuvent se faire poignantes (comme dans Point du jour, où l'auteur déroule une phrase unique) ou bien se gorgent de mélancolie (La ruelle des froids enfants) et de cruauté (Toussa). Confronté à de tels textes, le lecteur se doit de les lire et de les relire de façon à ce que chaque relecture permette d'en savoir un peu plus, de découvrir ce qui lui avait d'abord échappé et d'apprécier chaque invention langagière, chaque virgule ou saut de ligne... Ces fragments d'histoires, sans début ni fin, sont de précieux instantanés qui ne nous laissent pas sur notre faim, mais poussent à la rêverie, nourrissant notre imaginaire.

    (B. Longre)

    L'auteur définit ainsi la "novelette" : "une histoire au format carte postale. C’est un instant figé, une histoire saisie au millimètre, à la seconde - mais dont les aboutissements, la logique cruauté, l’absence de morale ou la poésie accompagnent le lecteur pendant des heures. Qu’il le veuille ou non."

    http://www.dessertdelune.be/

    et quelques novelettes en ligne

    http://www.novelettes.be

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  • Paula, la clandestine

    paula3.jpgQui se souvient de Paula ? de Romain Slocombe
    Rat noir, Syros, 2008

    Le prologue, glaçant, reprend une source historique primaire, sans la modifier : la circulaire 173-42 du 13 juillet 1942 émise par l’autorité en place agissant avec zèle pour le compte de l’occupant nazi, qui ordonne aux commissaires de police parisiens de procéder à une rafle froidement planifiée et tristement célèbre : l’arrestation de plusieurs milliers de Juifs et leur rassemblement à Drancy ou au Vélodrome d’Hiver, le 16 juillet 1942. Un rappel qui donne le ton et permet d’entrer de plain-pied dans l’atmosphère sinistre des années d’occupation, et plus particulièrement dans la vie de Paula Karlinski (ou Paule Carlin), qui échappe de justesse à l’arrestation. Son père Chaïm, peintre, a la présence d’esprit de se réfugier chez une voisine qui les accueille temporairement, puis emmène sa fille dans une autre cachette avant de l’envoyer à Lyon, en zone libre, où se trouvent déjà la mère et le petit frère de Paula ; la jeune fille va les rejoindre, tout en regrettant de laisser son père, dont elle est très proche, derrière elle ; ce dernier préfère rester sur place afin d’aider d’autres Juifs, désormais clandestins, comme lui.

    C’est de Lyon que Paula écrit à Jacques, son amoureux parti se réfugier à Londres. Une longue lettre, dense et précise, dans laquelle elle relate les derniers jours passés à Paris et son périple pour passer en zone libre. Une lettre que Jacques gardera jusqu’à son retour en France, à la Libération, sans savoir que Paula n’est pas longtemps restée à Lyon : inquiète pour son père, elle remonte à Paris en janvier 1943. Commence alors une errance urbaine déstabilisante, tandis que la jeune fille, qui s’imagine pouvoir trouver de l’aide auprès d’anciennes connaissances, voit ses repères s’effondrer encore davantage. Le récit reprend des décennies plus tard, quand le passé fait à nouveau irruption dans la vie de Jacques, qui partira sur les traces de Paula, porté par le souvenir de celle qu’il avait aimée.

    L'on éprouve, à la lecture, les mêmes émotions que Paula, de l’angoisse à la peur, de la déception à l’incompréhension, de la paranoïa (souvent justifiée) au brefs instants de soulagement : lors de son voyage en train, de ses déambulations dans les rues de la capitale, où elle prend des risques, sans forcément en être consciente, lors de sa rencontre avec un ancien camarade de classe prépa, qui cherche à profiter de la situation, ou encore quand elle apprend que son ancienne voisine, celle qui les avait cachés, son père et elle, vient d’être arrêtée.
    L’auteur offre un roman étayé par une solide documentation et le dédie, entre autres, à Louise Jakobson, lycéenne captive à Drancy et assassinée à Auschwitz, qui a laissé des lettres qui font partie de la bibliographie. Récit poignant, sombre et palpitant, proposant des points de vue variés, Qui se souvient de Paula ? relate l’histoire d’une enquête et d’une vengeance, rappelle le devoir de mémoire, mais surtout, raconte le parcours singulier d’une jeune fille brillante, à la fois candide et lucide, pas toujours très au fait de ce qu’elle risque en partant à la recherche de son père, même si elle agit avec courage et détermination ; une existence similaire à des millions d’autres, prise dans le tumulte de l’occupation et dans les atrocités de la seconde guerre. Car en toile de fond, plane l’ombre tangible des camps d’extermination, l’indifférence des uns, les trahisons des autres (même si la compassion l’emporte parfois), ainsi que l’exclusion d'une partie de la population mise au banc de la société et décrétée hors la loi par l’occupant, avec la complicité délibérée de la police française. Paula a vécu tout cela de près, et c’est avec amertume qu’elle se souvient, dans sa lettre, des regards « agacés, critiques, hostiles » que lui lancent des passagères d’un omnibus pour Lyon : « Et moi qui suis née à paris, qui ai été naturalisée française ensuite par la loi de 1927 reconnaissant le droit du sol, qui parle leur langue aussi bien que ces femmes et même mieux, qui vivait jusqu’à récemment la vie sans histoire d’une étudiante parisienne, camarade de classe des rejetons de la plus haute bourgeoisie, fille d’un artiste reconnu par ses pairs !... Voilà que pour ces Français égoïstes, je faisais partie du troupeau étranger et indésirable… » Étranger et indésirable, deux épithètes encore associés aujourd’hui, l'idée latente qui sous-tend ce roman (engagé sans être didactique) étant aussi d'établir des liens entre le passé et le présent, entre les destins des uns et des autres, du singulier à l'universel.

    (B. Longre, juillet 2008)

    http://www.syros.fr/nouveautes.asp

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  • Quand Je se fait Tu

    marietfemme.jpgMari et femme de Régis de Sa Moreira, Diable Vauvert, 2008

     

    Le postulat de départ intrigue d’emblée : un homme, dont le couple bat de l’aile, se réveille un matin dans le corps de sa femme… et vice-versa. D’abord terrifiés par leur nouvelle apparence, mari et femme, contraints et forcés, vont peu à peu découvrir le corps de l’autre, un univers à la fois connu et inconnu, puis s’accoutumer à cette nouvelle enveloppe en passant par différentes phases émotionnelles et situations sociales qui, peut-être, les amèneront à repenser leur relation et le sens à donner à leur vie. À partir d’une idée simple et déjà exploitée en littérature, l’auteur développe une trame construite et parfois imprévisible, qui va bien au-delà du désenchantement d’un homme (écrivain sans inspiration, de surcroît) en pleine crise existentielle et des clichés parfois associés aux protagonistes trentenaires. La causticité et la sécheresse de ton (alliées, par instants, à une certaine tendresse) confèrent à l’ensemble une épure qui esquive toute tentation mélodramatique et va de pair avec la concision des chapitres – succession d’épisodes ramassés où chaque mot est pesé. Le choix d’imposer un « tu » – auquel on s’habitue très vite – à la narration n’a rien de gratuit, ni ne répond à une approche accusatrice, mais permet justement de mettre le protagoniste face à lui-même et à son propre corps (désormais investi par sa femme) dont il devient l’observateur privilégié, et à cet autre, féminin, qu’il est devenu, tout en faisant écho aux jeux déstabilisant sur les pronoms qui parsèment le texte et permettent de lancer nombre de questions sur le regard que l’on pose sur autrui, sur la part de soi-même que l’on retrouve chez l’autre... et vice-versa.

    (B. Longre, août 2008)

     

     http://www.audiable.com/

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  • Dérives existentielles

    dpetres3.jpgTu vas me manquer de Danièle Pétrès - Denoël, 2008

     

     

    « La vie, ça n’est pas une maladie. »

     

    Un ton décalé, un brin acerbe, caractérise la plupart de ces courts récits, des novelettes qui observent avec acuité nos contemporains et décrivent avec finesse quelques-unes des maladies et des paradoxes qui les accablent : couples englués dans des histoires qui n’en finissent pas de s’achever, comme dans Tu vas me manquer ou dans Boulevard Suchet (« Il était parti, c’est ce qu’elle avait voulu. Puis elle n’avait plus voulu qu’il ne soit plus là. »), quand l’impossibilité du départ emplit l’existence et ne laisse pas de repos – ainsi, dans Le jour du saumon, où une femme est enchaînée au quotidien que son compagnon lui fait subir, un train-train culinaire si monotone qu’il en devient cercle vicieux ; femmes solitaires, dont les vies creuses, vides d’émotions, s’accélèrent parfois quand un événement jubilatoire vient leur procurer quelques sensations qui leur donnent l’impression d’être en vie (Le charme discret de la pauvreté, quand une bourgeoise se réjouit de la vente privée à laquelle elle a été conviée, qui va lui permettre de côtoyer, quelques heures durant, des « gens ordinaires »…) ; l’ennui du « temps qui s’étire et qui ne sert à rien », pour une correctrice dont la profession a contaminé la moindre pensée…

     

    Quelques textes plus longs rappellent aussi combien la vie en collectivité, incarnée par le monde de l’entreprise, est un univers sclérosé, synonyme d’enfermement (La cabine du papillon) à l’instar de toute situation où les individus se trouvent face aux aspects les plus terrifiants du monde du travail (Dommages collatéraux) et aux tragédies individuelles qui glissent sur les autres, eux-mêmes enfermés dans leur bulle. Parfois décapantes et subversives, certaines nouvelles portent pourtant en elles quelques regains d’espoir ; ainsi, dans La preuve par la chaussure, une femme retrouve enfin sa vraie nature et recouvre, après de multiples tergiversations, une liberté qui lui manquait. Ailleurs, un autre personnage finit par renoncer à une quête qui, des années durant, l’a obligée à ressembler à une amie dont « l’image parfaite » la hantait (La petite robe noire) : une autre libération, après une aliénation qui montre comment chacun se forge des masques et des accoutrements qui sont comme de pathétiques béquilles, pour tenter d’exister… 

     

    La liberté reconquise n’est cependant pas donnée à tous les protagonistes, pris aux piège des entraves de la vie moderne et de la société de consommation : la séance de thérapie de groupe relatée dans Autodafé expose l’inadaptation maladive de certains – après les obsessions liées aux chaussures, ce sont d’autres achats compulsifs qui traduisent un mal-être insurmontable : « l’addiction empêche de voir le monde extérieur. Il isole l’objet du désir du monde réel, cet objet prend alors toute la place et l’on ne voit plus que lui », précise le psychothérapeute, dont les conseils, sans qu’il en ait conscience, vont bientôt engendrer une petite tragédie… Les bizarreries, les petites manies et les idiosyncrasies de personnages pris au piège de leur propre existence se succèdent ainsi, sous nos yeux amusés ; des personnages jusqu’au-boutistes qui cherchent parfois à concrétiser leurs obsessions, quitte à se trouver désemparés une fois que le réel s’impose de nouveau à eux, dans toute sa matérialité. Des Je féminins, parfois masculins, des « elle » et quelques « nous » s’accumulent au fil de ces trente récits qui forment un recueil d’intrigues banales, mais seulement en apparence, parmi lesquelles chaque lecteur retrouvera assurément une part de lui-même.

     

    (B. Longre, août 2008)

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  • Au voleur !

    9782211089395.gifJe suis la fille du voleur de Jean-François Chabas, Neuf de l’école des loisirs

     

    Ce roman relate, sous la forme d’un journal intime, quelques mois de la vie d’une fillette de onze ans, seule face aux « autres » (la police, la prison, les institutions…) qui lui ont enlevé son père en détention provisoire, en attente de son procès. Il a beau être un voleur, les « autres » ont beau dire qu’il ne serait qu’un inadapté, il n’en demeure pas moins l’unique repère de la narratrice, un homme doux et gentil dont elle a hérité l’esprit subversif qui transparaît dans les émotions successives confiées à son journal – à défaut de pouvoir se faire comprendre et entendre par l’oncle et la tante mesquins qui l’hébergent. Malgré quelques situations un peu stéréotypées, on s’attache à la jeune diariste qui manie bien l’ironie, et l’on suit avec plaisir son parcours, émaillé de questionnements sociologiques essentiels : comment vivre la pauvreté au quotidien, comment faire la part des choses entre l’être et l’avoir, entre la solidarité et la pitié, et faire en sorte de ne jamais baisser les bras face aux injustices.

    (B. Longre, août 2008)

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  • Re-naissance

    shapeimage_1.jpgMonsieur Truc
    de Thierry Cazals et Julia Chausson
    - Editions de la renarde Rouge, 2008

     

    Thierry Cazals a déjà de nombreux ouvrages derrière lui, dont quelques-uns publiés par les éditions Motus (dans la collection Mouchoir de poche, ainsi que Le petit cul tout blanc du lièvre, recueil de haïkus) – sans oublier Olga et les masques, bel album illustré par Maurizio A.C. Quarello (Editions Sarbacane). Il signe là un conte initiatique, album de belle facture accompagné des gravures sur bois épurées et soignées de Julia Chausson : le périple mouvementé d’un certain Monsieur Truc, bien obligé de laisser de côté son « train-train » le jour où il croise brutalement la route d’un oiseau noir et rouge et que, soudain, des ailes lui poussent… littéralement. Devenu homme-oiseau, il dérive, se laisse emporter loin de chez lui et atterrit dans un volcan en éruption ; là, il prendra conscience de l’absurdité de sa condition solitaire :

     

     « Si tout est vivant,

    si tout est peuplé et habité,

    se demanda Monsieur Truc,

    comment se fait-il que je me sente

    si seul ? »

     

    Cette épreuve par le feu (là encore littérale et symbolique) est incarnée par l’oiseau flamboyant qui a fait de lui un être hybride, en éveil, prêt à accepter que sa vie puisse basculer. Cette histoire d’une renaissance au monde et aux autres, narrée en vers libres, donne à voir ce qui se dissimule derrière la réalité : elle ouvre les portes d’un univers poétique singulier, peuplé de créatures imaginaires et habité par un personnage en marge, qui apprend à se réconcilier avec l’existence.

    (B. Longre, août 2008)

     

     

    www.thierrycazals.fr

     

    www.juliachausson.com

     

    Fondées en 1994 par Joëlle Brière, les éditions La Renarde Rouge proposent des romans et de la poésie à destination des adultes et des enfants, « des textes courts, forts, de tout genres littéraires et pour tous ».

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  • Trouver sa langue

    ptesirene3.jpgLa petite sirène de Myriam Mallié, Illustrations Alexandra Duprez - éditions Esperluète

     

     

    « Ce conte a hanté, et enchanté, mon enfance. Mais le personnage de la sorcière qui arrache la langue de la petite sirène en échange de jambes de femmes m’a autant fascinée que terrifiée », écrit Myriam Mallié en introduction à ce texte dense et envoutant. Aussi, a-t-elle décidé de donner la parole à la « Mutilante », celle qui tranche la langue. D’un point de vue symbolique, cette mutilation peut faire l’objet de plusieurs interprétations, mais l’auteure part de l’idée qu’en devenant femme et en quittant son royaume marin natal, la mer maternelle, la jeune fille en exil sur terre perd sa « langue maternelle », qu’elle n’aura de cesse que de retrouver, à moins d’en inventer une autre, tiraillée entre deux mondes, entre l’enfance et l’amour éprouvé pour un homme ; un désir envahissant, qui s’impose à elle : « Le désir n’est pas la conscience. Le désir est un ordre issu brutalement du fond qui vous retient », lui dit la Mutilante, qui n’a rien de maléfique dans cette réinvention. Au contraire, malgré sa lucidité, la sorcière, figure de la mère, se fait très maternante, surveille sa protégée par la pensée, suit son parcours en s’identifiant à elle. Un parcours semé d’embûches, car la sirène a voulu « franchir la frontière » qui sépare l’enfance de l’âge adulte, coupure qui « veut s’inscrire dans la chair » par le biais des jambes ; en sacrifiant la queue de poisson qui la retenait en enfance, en recevant aussi un « sexe, lumineux et fendu », elle se met en route sur la voie de l’émancipation et de la jouissance possible, un affranchissement difficile à assumer, quand, étrangère aux yeux de tous, elle ne saura se faire entendre de celui qu’elle aime. Car où trouver les mots ? « Pour trouver sa place, d’abord s’occuper de trouver sa langue », lui conseille alors la Mutilante, pour qui « la parole est le territoire » - celui de la sirène, mais aussi de chacun de nous, du lecteur comme de l’auteure.

    À partir d’un conte d’Andersen qui, comme de nombreux autres, se voit souvent édulcoré et ainsi privé de sens, l’auteure substitue sa propre vision et tisse une variation entêtante, où les symboles et les métaphores textuelles, réinterprétés visuellement à travers les peintures en noir et blanc, presque surréalistes, d'Alexandra Duprez, s’entrelacent sans relâche : un écheveau entre poésie et conte moderne, cruel et émouvant, qui parle à notre inconscient et explore tous les paradoxes et les passages de l’existence, de la vie donnée à l’arrachement, de l’amour à la souffrance, quand les deux ne sont pas mêlés.

    (B. Longre, août 2008)

     

    http://users.swing.be/esperluete/

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  • Petites errances au féminin

    virginiejr3.jpgL’amour est un carburant propre, de Virginie Jouannet Roussel

    Les 400 coups, 2008

     

     

    « Les gens ne sont pas toujours tels qu’on les imagine », pense l’une des narratrices imaginées par Virginie Jouannet Roussel, en découvrant qu’un homme, amant d’un soir, possède quelques aspects touchants qu’elle n’aurait pas soupçonnés (Juste avant l’amour). La réalité n’est en effet pas toujours aussi prévisible qu’on croit et la vie peut jouer des tours ou réserver des surprises là où on s’attendait au pire – l’inverse est vrai. Ainsi, Hécate (dans la nouvelle du même nom) pense-t-elle avoir à faire à un violeur alors qu’il se passera entre eux tout autre chose, une « étreinte étrange » qui dévoile à quel point rien n’est jamais tranché ou figé, ni les émotions, fluctuantes, ni les sentiments, ambivalents, ni même les jugements que l’on peut porter sur autrui.

     

    Tout au long de ces nouvelles, l’auteure décline le féminin (et, en creux, le masculin, pas toujours reluisant, même si le manichéisme n’est pas de mise ici) avec un sens de la formule réjouissant, sans jamais se départir d’une acidité bienvenue (mais non dénuée de tendre drôlerie), ni d’une étonnante lucidité, à l’instar de ses personnages : toutes, quel que soit leur statut social ou leur situation professionnelle, prennent conscience de leur condition au fil d’épisodes révélateurs, déclencheurs, pour certaines, de fuites et de prises de décisions qui bouleversent leur vie – comme Fanny (L’ange en plastique) qui instaure un dialogue imaginaire (et savoureux) avec un homme différent de ceux qu’elle a connus, un personnage qu’elle côtoie pourtant au quotidien.... Un féminin en perpétuel cheminement, parcouru de petites révoltes et de sursauts de liberté, jamais acquise si l’on ne s’en donne pas la peine ; des événements intimes qui viennent perturber le déterminisme social obligeant certaines à jouer des rôles éculés qui s’accompagnent de symptômes physiques et psychologiques (« Le corps mou, la tête vide, la fatigue, l’ennui. »).

     

    Les vies basculent, ne tiennent parfois qu’à un fil, un lien ténu qui raccroche les héroïnes au réel et les met soudain face à ce qu’elles veulent en faire : « Je suis fière de tenir debout. Sauf qu’aujourd’hui… Deux heures en compagnie d’une femme ont suffi à me retourner comme un gant… », pense la narratrice de Miss Cabas, récit qui se termine en suspens, sur une indécision, même si l’on sent que le virage a déjà été pris. Mais ainsi que l’énonce très judicieusement une autre protagoniste (Le grain de sable) : « Connaître la réponse, c’est comme refermer la porte et limiter l’horizon à une rature. »

     

    (B. Longre, août 2008)

     

     

    http://virginiejouannetroussel.wordpress.com/

     

    http://www.myspace.com/les400coupsfrance

     

    http://www.editions400coups.ca/

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  • Kaléidoscope

    Far West / Extrême-Orient, de Philippe Testa, éditions Navarino

     

    « Les aéroports sont des sas d’accès au monde, les points de départ des routes aériennes. C’est là que le voyage commence et que l’attention s’éveille. »

     

    Ces quelques mots ouvrent un carnet de voyage atypique et fragmenté, des USA au Vietnam en passant par le Japon, mais les saynètes à la fois dépaysantes et triviales qui le composent pourraient se dérouler, semble-t-il, dans une multitude d’endroits différents. L’auteur s’empare ici d’un matériau vivant (on rencontre en effet peu de passages sans présence humaine en leur centre) mais la plupart du temps, il s’efface devant les scènes décrites sur un ton laconique, minutieusement, cédant la place aux personnages, à des parcelles d’humanité qui, accumulées, forment un kaléidoscope déroutant et d’une grande justesse, des instantanés de la banalité ordinaire qui ne durent parfois que quelques secondes et possèdent une qualité quasiment cinématographique.

    Les impressions fugaces se succèdent, de motels en fast-foods, d’hôtels-capsules en autoroutes, de gares routières aux trottoirs des villes, fresque presque irréelle, à l’image de ces « collines passées à la couleur artificielle, le ciel trop profond pour être vrai ». Tout se déroule dans des cadres à la topographie clairement établie pour chaque texte, des décors qui varient peu, envers de cartes postales destinées aux touristes, tableaux que la plupart des voyageurs remarquent rarement et retiennent encore moins une fois de retour. D’où l’importance essentielle accordée au regard en éveil : œil impassible (en accord avec le ton adopté) mais acéré du voyageur que plus rien ne semble étonner, qui parcourt des kilomètres, de Santa Barbara au Mississippi, de la Caroline du Nord à Kyoto, de Saigon à Hô Chi Minh-Ville et observe ce qui l’entoure, comme des débuts d’histoires à imaginer.

    (B. Longre, août 2008)

     

    http://www.navarino.ch

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  • La vie derrière soi.

    apontier3.jpgLe fruit du silence d'Arnauld Pontier - Actes Sud, 2008

    Au départ, l’histoire peut sembler simple : un ancien déporté, Gert, et son fils, André, séparés par la guerre ; entre eux, un seul homme qui puisse faire le lien, Jurij, opiomane, écrivain, qui a veillé de loin sur l’enfance d’André, lequel a grandi à l’Assistance publique.
    Pourtant, hormis un pan de passé, André et Jurij n’ont pas grand-chose en commun quand, en cette année 1967, le premier, devenu jeune homme, retrouve celui qui pourrait faire figure de père et se met à l’écoute de sa désespérance, dont on ne sait exactement (du moins pas encore) ce qui a pu l’engendrer, à l’écoute de ses tentatives pour échapper à une réalité qui toujours le rattrape, comme le passé dont il ne parle jamais. À cette trame première, vient s’entrelacer une histoire d’amour teintée d’irréalité, quand André croise une jeune femme dans un bar : une figure fascinante, « trop parfaite pour lui », dont il se met à guetter les apparitions sans pouvoir l’approcher, comme « dépouillé » quand il voit d’autres hommes s’intéresser à elle. Toutefois, c’est elle, Flora, qui va permettre à André d’afficher une audace nouvelle, de se découvrir et de mettre des mots sur son identité, car il espère ne pas être seulement un orphelin sans racines, «embourbé dans cette béance de n’être personne et de devoir devenir quelqu’un. »

    Le roman débute en 1967 mais c’est quatre années plus tôt, à Venise, que l’on fait la connaissance d’un homme « seul et désespéré » : Gert, ancien déporté, cheminot devenu vagabond depuis qu’il a décidé de partir à la recherche du fils à peine connu ; il a quelques pistes fragiles, dont le nom d’un médecin qui aurait soigné Jurij après la guerre — Jurij, celui qui avait accepté de sauver son fils né en camp de concentration. Jurij et Gert se connaissaient à peine mais chacun, à sa façon et pas forcément dans le même camp, a connu l’amour impossible, le chaos de la guerre et de l’après-guerre ; une période où Jurij est hospitalisé en compagnie d’autres survivants et qu’il tente de taire son passé et de dissimuler sa véritable identité, tout en essayant, déjà, de combattre ses démons intérieurs.

    Traversant de bout en bout le récit, l’idée d’incommunicabilité entre les êtres revient sans cesse, comme inhérente à leur condition : « Tout vrai langage est incompréhensible » dit Jurij, qui opte pour l’écriture, car « écrire est ma langue maternelle », un acte qui permet de conjurer la mort mais qui peut néanmoins « vous replonger dans l’horreur, la souffrance, vous replonger dans le passé, vous tuer, même, parfois. » Alors, au langage, certains préfèrent parfois le silence : un silence salvateur, quand des vies sont en jeu, ou apaisant (comme celui qui unit André et Flora), mais qui porte aussi des fruits bien amers, quand il se fait non-dit, se substitue à la vérité et empêche d’avoir prise sur son propre destin.

    Le fruit du silence est un roman poignant, dont le fatalisme ambiant lui confère des traits assurément tragiques : le dénouement a d'indéniables accents d’ironie dramatique, certains personnages demeurent ambivalents et parfois aveugles ; comme André, impuissant, qui ne sait rien, ne voit rien au-delà de son amour nouveau pour Flora, ne se doute de rien — ni du passé de Jurij, ni de celui de ses parents, ni de qui a pu être sa mère, surtout, ni du tour que l’Histoire se prépare à lui jouer. Car comme le sait Jurij quand il tente de fuir son passé : « La liberté qu’il avait prise en s’enfuyant n’existait pas, elle n’était qu’un leurre ; seul existait le destin. Tout est écrit. » Même si rien n’a été dit.
    Quant à Gert, lui connaîtra la vérité, celle de Rachel, rencontrée à Bruges en 1964 ; ancienne déportée elle aussi, Rachel veut déciller Gert qu’elle n’a pas croisé par hasard, tandis que lui ne se doute de rien. Même si la candeur d’André (d’une certaine façon, il ressemble à son père Gert) fait frémir, c’est plutôt Jurij, pivot du récit, qui exerce une véritable fascination sur l’esprit du lecteur, au-delà des notions de bien et de mal, ou encore Rachel, pourtant d’une autre trempe que le précédent, possédant la sérénité de la victime déterminée à se venger, plus énigmatique aussi, et que l’on aurait presque aimé connaître davantage.

    Comme dans Le Cimetière des anges, l’Histoire demeure inséparable de l’histoire singulière, et le sinistre tourbillon de la seconde guerre mondiale plane sans cesse sur chacune des histoires individuelles, révèlant les abominations et la noirceur d'âme de certains, sans pour autant gommer leur humanité. Une Histoire que l’on croit loin derrière, mais qui se transmet, en silence, et poursuit son avance inéluctable, contaminant le présent de la génération suivante, celle d’André et de Flora.
    On l’aura compris : il est presque impossible de raconter les intrigues qui s’entrecroisent, au risque de trop en dire et d'ainsi dévoiler des éléments et des enchaînements qui permettent au lecteur de reconstruire à loisir le puzzle foisonnant de vies abîmées et de s’investir dans un récit où tout fait sens peu à peu. Un récit dont la construction impeccable va de pair avec une langue minutieuse, à l’instar des romans précédents de l’auteur, qui transcrit finement les complexités émotionnelles et les paradoxes d’existences en mouvement, pour former un bel entrelacement narratif et humain, entre d'une part la joie et l’émoi que peut procurer un nouvel amour et d'autre part les terreurs inscrites dans l’esprit de ceux qui ont connu le pire, indélébiles.

     (B. Longre, juillet 2008)

    http://www.arnauld-pontier.com/

    http://www.actes-sud.fr/index.htm

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  • La vie derrière soi.

    apontier3.jpgLe fruit du silence d'Arnauld Pontier - Actes Sud, 2008

    Au départ, l’histoire peut sembler simple : un ancien déporté, Gert, et son fils, André, séparés par la guerre ; entre eux, un seul homme qui puisse faire le lien, Jurij, opiomane, écrivain, qui a veillé de loin sur l’enfance d’André, lequel a grandi à l’Assistance publique.
    Pourtant, hormis un pan de passé, André et Jurij n’ont pas grand-chose en commun quand, en cette année 1967, le premier, devenu jeune homme, retrouve celui qui pourrait faire figure de père et se met à l’écoute de sa désespérance, dont on ne sait exactement (du moins pas encore) ce qui a pu l’engendrer, à l’écoute de ses tentatives pour échapper à une réalité qui toujours le rattrape, comme le passé dont il ne parle jamais. À cette trame première, vient s’entrelacer une histoire d’amour teintée d’irréalité, quand André croise une jeune femme dans un bar : une figure fascinante, « trop parfaite pour lui », dont il se met à guetter les apparitions sans pouvoir l’approcher, comme « dépouillé » quand il voit d’autres hommes s’intéresser à elle. Toutefois, c’est elle, Flora, qui va permettre à André d’afficher une audace nouvelle, de se découvrir et de mettre des mots sur son identité, car il espère ne pas être seulement un orphelin sans racines, «embourbé dans cette béance de n’être personne et de devoir devenir quelqu’un. »

    Le roman débute en 1967 mais c’est quatre années plus tôt, à Venise, que l’on fait la connaissance d’un homme « seul et désespéré » : Gert, ancien déporté, cheminot devenu vagabond depuis qu’il a décidé de partir à la recherche du fils à peine connu ; il a quelques pistes fragiles, dont le nom d’un médecin qui aurait soigné Jurij après la guerre — Jurij, celui qui avait accepté de sauver son fils né en camp de concentration. Jurij et Gert se connaissaient à peine mais chacun, à sa façon et pas forcément dans le même camp, a connu l’amour impossible, le chaos de la guerre et de l’après-guerre ; une période où Jurij est hospitalisé en compagnie d’autres survivants et qu’il tente de taire son passé et de dissimuler sa véritable identité, tout en essayant, déjà, de combattre ses démons intérieurs.

    Traversant de bout en bout le récit, l’idée d’incommunicabilité entre les êtres revient sans cesse, comme inhérente à leur condition : « Tout vrai langage est incompréhensible » dit Jurij, qui opte pour l’écriture, car « écrire est ma langue maternelle », un acte qui permet de conjurer la mort mais qui peut néanmoins « vous replonger dans l’horreur, la souffrance, vous replonger dans le passé, vous tuer, même, parfois. » Alors, au langage, certains préfèrent parfois le silence : un silence salvateur, quand des vies sont en jeu, ou apaisant (comme celui qui unit André et Flora), mais qui porte aussi des fruits bien amers, quand il se fait non-dit, se substitue à la vérité et empêche d’avoir prise sur son propre destin.

    Le fruit du silence est un roman poignant, dont le fatalisme ambiant lui confère des traits assurément tragiques : le dénouement a d'indéniables accents d’ironie dramatique, certains personnages demeurent ambivalents et parfois aveugles ; comme André, impuissant, qui ne sait rien, ne voit rien au-delà de son amour nouveau pour Flora, ne se doute de rien — ni du passé de Jurij, ni de celui de ses parents, ni de qui a pu être sa mère, surtout, ni du tour que l’Histoire se prépare à lui jouer. Car comme le sait Jurij quand il tente de fuir son passé : « La liberté qu’il avait prise en s’enfuyant n’existait pas, elle n’était qu’un leurre ; seul existait le destin. Tout est écrit. » Même si rien n’a été dit.
    Quant à Gert, lui connaîtra la vérité, celle de Rachel, rencontrée à Bruges en 1964 ; ancienne déportée elle aussi, Rachel veut déciller Gert qu’elle n’a pas croisé par hasard, tandis que lui ne se doute de rien. Même si la candeur d’André (d’une certaine façon, il ressemble à son père Gert) fait frémir, c’est plutôt Jurij, pivot du récit, qui exerce une véritable fascination sur l’esprit du lecteur, au-delà des notions de bien et de mal, ou encore Rachel, pourtant d’une autre trempe que le précédent, possédant la sérénité de la victime déterminée à se venger, plus énigmatique aussi, et que l’on aurait presque aimé connaître davantage.

    Comme dans Le Cimetière des anges, l’Histoire demeure inséparable de l’histoire singulière, et le sinistre tourbillon de la seconde guerre mondiale plane sans cesse sur chacune des histoires individuelles, révèlant les abominations et la noirceur d'âme de certains, sans pour autant gommer leur humanité. Une Histoire que l’on croit loin derrière, mais qui se transmet, en silence, et poursuit son avance inéluctable, contaminant le présent de la génération suivante, celle d’André et de Flora.
    On l’aura compris : il est presque impossible de raconter les intrigues qui s’entrecroisent, au risque de trop en dire et d'ainsi dévoiler des éléments et des enchaînements qui permettent au lecteur de reconstruire à loisir le puzzle foisonnant de vies abîmées et de s’investir dans un récit où tout fait sens peu à peu. Un récit dont la construction impeccable va de pair avec une langue minutieuse, à l’instar des romans précédents de l’auteur, qui transcrit finement les complexités émotionnelles et les paradoxes d’existences en mouvement, pour former un bel entrelacement narratif et humain, entre d'une part la joie et l’émoi que peut procurer un nouvel amour et d'autre part les terreurs inscrites dans l’esprit de ceux qui ont connu le pire, indélébiles.

     (B. Longre, juillet 2008)

    http://www.arnauld-pontier.com/

    http://www.actes-sud.fr/index.htm

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  • Louÿs le voluptueux

    small-volupte.gifUne volupté nouvelle et autres contes de Pierre Louÿs - L’Arbre vengeur, 2008

    « L’important est d’avoir toujours une cigarette à la main ; il faut envelopper les objets d’une nuée céleste et fine qui baigne les lumières et les ombres, efface les angles matériels, et, par un sortilège parfumé, impose à l’esprit qui s’agite un équilibre variable d’où il puisse tomber dans le songe. »

    Ainsi s’exprime (n’en déplaise à nos contemporains hygiénistes) un écrivain en mal d’inspiration, narrateur de la nouvelle éponyme de ce recueil, qui voit un soir débarquer chez lui une inconnue prétendant être une certaine Callistô, venue de la Grèce Antique. L’écrivain pense d’abord avoir à faire à une affabulatrice mais les propos de la belle l’intriguent : elle soutient en effet que rien n’a vraiment changé depuis son époque lointaine, et elle s’en voit fort déçue. Puis, en parfaite conférencière, elle énumère avec force exemples tous les domaines dans lesquels les Grecs excellaient déjà, déplorant qu’en près de deux mille ans, l’espèce humaine n’ait pas su inventer davantage et renouveler les arts, les ornements, la philosophie, l’architecture, ou encore les plaisirs charnels. « Vois-tu, le monde est un jeune homme qui donnait des espérances et qui est en train de rater sa vie », lui dit-elle…  En quête d’une volupté « nouvelle », la femme fantôme (pourtant dotée de tous les attraits nécessaires) séduit l’écrivain, qui ne se fait pas prier. Ce texte (conte ou nouvelle, c’est selon) à la fois érudit et cocasse est un bel hommage à l’Antiquité, thème cher à Pierre Louÿs, qui se montre ici fort inventif en télescopant deux époques et deux visions de l’Histoire et de ses mouvements.

    Dans le même recueil, on retrouve l’antiquité dans La nuit de printemps, sorte de vaudeville tragique (comme si la tragédie ne pouvait appartenir qu’à cette époque), où le grotesque le dispute à l’effroi. Ailleurs, c’est Vénus qui est invoquée (Une ascension au Venusberg), dans un texte où un vieil homme tourmenté, pour ne jamais avoir goûté à l’amour charnel (« je me suis damné par ma faute en mentant chaque jour à la loi de la vie »), se confie au narrateur. Un désespoir que l’on rencontre sous une autre forme dans L’In-plano, Conte de Pâques, où la petite Cécile, en l’absence de ses parents, explore la bibliothèque qui lui est interdite, un lieu qui lui offre un aperçu de la suite de malheurs que la vie lui réserve ; une fable désespérante et faussement édifiante, où l’hypocrisie adulte (causée par le désir de surprotéger l’enfant en lui dissimulant la vérité de la condition humaine) est dévoilée, quand le père dit à la fillette : « Voilà ce qui arrive aux petites filles qui vont dans les bibliothèques. Elles lisent sur la vie certaines choses qu’elles n’ont pas besoin de savoir… » D’autres, pour échapper à certains tourments existentiels, se réfugient dans le célibat, telle la narratrice de La persienne, traumatisée par un drame sanglant auquel elle a assisté à l’âge de 17 ans, qui lui « a tout appris », par procuration, des « réalités (…), tous les secrets de la vie, de l’amour et de la mort… ». Si l’auteur ne juge pas ouvertement ses personnages, il ne semble pas non plus éprouver d’affection démesurée pour eux, préférant les manipuler, épingler leurs travers ou leurs postures morales, et les observer avec un sourire que l’on imagine tout aussi narquois que celui du lecteur, complice, qui découvrira avec délectation ce petit recueil.

    (B. Longre, juillet 2008)

     

    http://www.arbre-vengeur.fr/

     

    Sur l'auteur, on ira aussi lire cet article de Tang Loaëc : Pierre Louÿs et les 12 princesses 

     

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  • De la critique - mise au point.

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    J'ai laissé passer un peu de temps, mais tiens à revenir sur ce qui est survenu suite à mon billet intitulé : De la critique - entre censure et ouverture, entre fiction et réalité..." qui a, à l'évidence, déplu à la rédaction de Citrouille, de même que mes brèves interventions sur le forum que la même revue avait ouvert sur son site  - pour le fermer quelques jours plus tard, en annonçant que les échanges "s'étaient envenimés ici et là", sans préciser davantage. Envenimés ? Il n'était question que de débattre d'idées et de livres, en toute franchise, sans pour autant cesser d'être courtois, sans déverser un quelconque "venin" et surtout, sans faire d'amalgames entre livres et individus.

    Difficile de saisir, même avec du recul, ce qui a pu ébranler certains libraires, car je me suis contentée de critiquer un article précis, qui m’a profondément choquée, intitulé « Femme fantasme en pâture » (et non le dossier dans son intégralité) et d'émettre des réflexions sur ce que la lecture faussée d'un roman (qu'on l'aime ou pas), à partir de critères subjectifs et moraux, sans proposer d'analyse littéraire, pouvait entraîner. Mon billet se situait sur le terrain des idées et n'avait nullement pour objectif d'attaquer des individus ou, comme on a pu me le reprocher à demi-mot, de lancer une polémique qui aurait eu des « conséquences douloureuses » (franchement, relativisons, il ne s’agit "que" de livres !), de discréditer les libraires de l'association en question, voire l'ensemble de la profession ! C'est dire jusqu'où les généralisations (à défaut de proposer des contre-arguments solides) peuvent entraîner.
    De même, on m'a vertement rabrouée sur le forum de Citrouille suite à des commentaires plus constructifs qu'agressifs, et certainement pas "venimeux" ; chacun pourra en juger ci-dessous. Voici l'échange en question :

    [ Carole - Olivier ] Peut-être faut-il admettre que les adolescents veulent encore qu'on leur raconte des histoires "amples", dans lesquelles l'imaginaire peut se déployer, dans lesquelles l'auteur laisse une place à son lecteur et ne pas seulement les enfermer dans des livres corsetés hyper-réalistes. "

    Mon commentaire : Des livres de fiction hyper-réalistes ? Qu'entend-on par là exactement ? J'ai toujours du mal à mettre des étiquettes sur les livres... Une fiction peut être en lien avec la réalité, mais reste toutefois de la fiction, donc de l'ordre de l'imaginaire... et le "roman-miroir" (j'entends par là des livres dans lesquels un lecteur pourra éventuellement retrouver des éléments de sa propre existence mais pas seulement, vu la diversité des expériences humaines) n'empêche pas une histoire "ample", une amplitude des émotions et des propos... Aussi, quand on parle d'enfermer le lecteur, j'avoue avoir du mal à comprendre, surtout que la plupart de ces romans (comme Point de côté d'Anne Percin, ou tant d'autres - en vrac : La fille du papillon d'Anne Mulpas, Entre dieu et moi c'est fini de Katarina Mazetti, ou Qui suis-je ? de Thomas Gornet , etc. etc.) sont loin d'être formatés ou de présenter des intrigues prévisibles. Au lecteur de se faire sa place ou non, d'aimer ou non et de prendre la parole s'il le souhaite, en essayant cependant d'argumenter et de ne pas se contenter de parler de la "thématique" - car entre différentes histoires qui peuvent se ressembler ( la littérature a toujours traité de thèmes récurrents...), c'est le traitement poétique (je parle de poétique et non de poésie) et narratif qui fait la différence.

    et ma seconde intervention :

    [ Carole - Olivier ] "Nous sommes extrêmement choqués des propos relatifs à la prétendue "intolérance" des libraires de l'ALSJ. Je suis d'accord avec Thierry, il y a des propos que l'on ne peut pas aujourd'hui tenir sans être aussitôt taxée de "réac", c'est cette étroitesse d'esprit là qui prédomine à l'heure actuelle. "

    Mon commentaire : Ce qui me choque, ce sont les généralités et les jugements à l'emporte-pièce de certains articles de ce dossier - ensuite, chacun est en droit de faire des choix, d'aimer ou non un roman et de le dire, mais encore faut-il que ce soit argumenté sans que des jugements moraux et moralisateurs (donc réac...) prennent le pas sur l'analyse littéraire, éventuellement nuancée et pas livrée brutalement comme c'est parfois le cas... Ce point de vue n'engage que moi, ce qui ne m'empêche pas d'apprécier et de reconnaître dans l'ensemble le travail des libraires indépendants.

    amulpas3.jpgSuite à cette intervention, somme toute cohérente et très inoffensive, que je continue d'assumer, la rédaction de Citrouille m'a adressé en ligne une missive sous forme d'avertissement, (qui s'achevait sur un "nous l'actons", un terme généralement réservé au domaine juridique), signalant en gros que le débat était clos ; une mise au point qui a choqué nombre de gens, et dans laquelle on me comparait à "une vigie parano qui veillerait à la moindre dérive morale des Librairie s Jeunesse et de leur revue" et/ou, à "une prof de lettres qui noterait la pertinence argumentaire de ses élèves". A défaut de me répondre sur le même terrain, celui du fond et des idées, on me « réprimandait » sur la forme. J'ai cessé depuis d'intervenir sur le blog de Citrouille, où la contradiction n'était apparemment plus de mise : une première, fort regrettable, étant donné que j'ai toujours considéré cette revue comme un espace de liberté généralement accueillant, malgré les avis divergents qui y circulent souvent, du moins jusqu’à récemment.

    D’après ce que j’ai cru comprendre, ce serait le terme « CENSURE » qui aurait froissé la rédaction de Citrouille. Je l’explicitais ainsi dans les commentaires : « La censure peut prendre divers visages, souvent insidieux - car une revue comme Citrouille, certes libre de publier ce qu'elle veut (mais cela ne m'ôte pas la liberté de commenter), a cependant de l’impact : elle sera lue et certains (libraires, bibliothécaires, lecteurs lambdas) s’en serviront comme guide d’achat. Les jugements moraux portés sur ce livre sont proches du discours de certains censeurs. De même, le fait que dès les premières lignes, l’une des clés essentielles de l’intrigue du roman soit dévoilée, montre qu’on entend, consciemment ou non, dérober au lecteur potentiel le plaisir de la découverte de la construction narrative. La censure peut se faire diabolisation ou bien mise à l’index (« attention : misogynie. Propos malsains. Ecartez-vous de ce roman » - je schématise, mais c’est bien cela qui est dit au fond), en particulier en s’appuyant sur des jugements moraux. (…) Ce livre ne serait pas choisi par la librairie Comptines à cause de sa prétendue misogynie (…) : ce sont les raisons de refuser ce livre qui me semblent erronées - et non le fait de ne pas le proposer en soi, bien évidemment - les libraires font des choix, quelle question ! Mais si l'on refuse ce livre pour misogynie autant expurger une bonne partie de la littérature classique et moderne... (…) On exagère l’impact des livres, tout comme ceux des films ou de la musique (voir la façon dont on diabolise Marilyn Manson et consorts). Si les créations littéraires aident à vivre, à penser, à s’interroger, tant mieux, en même temps, là n’est pas leur fonction à l’origine. L’article en question parle de livre « malsain ». C'est-à-dire « nuisible », « pervers », ou bien pour reprendre le dictionnaire : « QUI CORROMPT L'ESPRIT», «immoral et pernicieux » (Petit Robert) Si ce ne sont pas des termes de censeurs, dites-moi dans ce cas ce qu’ils signifient dans un article qui se veut critique littéraire ? »

    Par ailleurs, j'ai appris récemment que la revue avait refusé de publier le droit de réponse (suite à l'article de Citrouille portant sur Je Reviens de mourir) demandé par Tibo Bérard, directeur de la collection Exprim et par les éditeurs de Sarbacane, Frédérique Lavabre et Emmanuelle Beulque. Même chose pour une "tribune" que ceux-ci ont ensuite proposée. Des refus dont je ne connais pas les raisons et que je ne commenterai pas, mais un constat, fort regrettable, paraît s'imposer : le rejet du débat d'idées semble bel et bien confirmé. Car quelle autre conclusion pourrait-on tirer de cette position fermée ?

    Pour ma part, j’estime que la tribune des éditeurs de Sarbacane, intitulée « Smells Like Teen Spirit », en référence à la célèbre chanson de Nirvana (l’une des musiques de Charlie, dans Pas Raccord de S. Chbosky) apporte nombre de précisions sur la genèse et les objectifs de la collection Exprim et qu'il serait dommage de s'en priver. Les tentatives pour définir l’idée même de « jeunesse » en littérature et la notion de « distance » (le B.A.-BA de la fiction et de la critique littéraire, du moins à mon avis) sont marquées au coin du bon sens, en particulier l’idée qu’en fiction, « Le fait de montrer une situation de violence, d’humiliation ou de déchéance physique ou morale ne revient pas à la cautionner ». Chacun est en droit de commenter, d’émettre des réserves, de s’interroger, mais ne serait-ce que par principe (celui de la liberté d'expression), il me semble important de proposer ce texte, qu’on peut aussi lire depuis quelques heures sur http://bibliobs.nouvelobs.com/2008/07/09/smells-like-teen-spirit).

     

     
     

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    Smells Like Teen Spirit

    Que signifie le mot « jeunesse » ? C’est, selon nous, la question qui doit présider à toute démarche éditoriale effectuée dans ce secteur.
    À ce titre, il nous a semblé urgent et important, suite au débat amorcé sur les « romans ado » dans le numéro 50 de la revue Citrouille , de repréciser ici notre position, les idées et les convictions qui nous ont amenés à lancer la collection EXPRIM’, et à défendre tous les titres qui y sont parus.
    Le roman d’Antoine Dole, Je reviens de mourir, ayant fait l’objet d’une polémique particulièrement vive, nous tenons aussi à expliquer pourquoi nous sommes fiers de l’avoir publié, et convaincus qu’il mérite sa place sur les tables des librairies jeunesse. 

    Que signifie le mot « jeunesse » ? En fait, cette question s’est imposée à nous en même temps que les trois premiers romans de la collection EXPRIM’, dont nous avions jeté les bases au cours d’un passionnant débat d’idées sur la modernité de la littérature, l’explosion des cultures urbaines, la nécessité de remettre la question du langage au cœur des problématiques éditoriales, et l’ambition de proposer de nouvelles voix à ceux que nous allions appeler les « nouveaux lecteurs ».

    exprim.jpgNous venions de découvrir le manuscrit de Treizième Avenir, de Sébastien Joanniez, lors d’une réjouissante lecture scénique donnée devant un parterre de jeunes et d’adultes captivés ; un hasard providentiel nous avait permis, au détour d’un coup de fil passé au label Desh Music, de rencontrer Sarcelles-Dakar, d’Insa Sané. La fille du papillon d’Anne Mulpas nous était arrivé par la poste, épousant comme par magie toutes les problématiques que nous avions soulevées : rapport ludique et créatif au langage, refus des codes du roman-miroir, jeux d’écriture, de structure et de typographie… La collection EXPRIM’ naissait sur ces trois axes, conjuguant veine urbaine, héritage surréaliste et métissage truculent du genre romanesque, de la poésie, du théâtre, du slam, du cinéma, de la musique et de la BD.
    Il était clair que nous avions affaire à une nouvelle génération d’ auteurs, nés avec la culture multimédia et désireux de nourrir la littérature d ’autres modes d’expression artistique, tout en l’inscrivant dans son époque. À notre idée, il allait ainsi de soi que ces trois romans étaient animés d’une « jeunesse » littéraire et que, par conséquent, ils toucheraient en priorité les jeunes, lecteurs de demain, lecteurs curieux et désireux d’être déroutés. Et pourtant, ces romans n’avaient pas été écrits ni spécifiquement formatés « pour eux ».

    C’est alors que nous avons réfléchi à l’acception de ce mot : « jeunesse ». Pourquoi, lorsqu’il est accolé au mot « livre », dans l’expression «  livre jeunesse  », ce mot renvoie-t-il uniquement à l’âge du lectorat, alors que partout ailleurs il est synonyme de renouveau, d’énergie, de désir, de curiosité ? Par exemple dans la rue, où la jeunesse « emmerde le Front National » ; dans les concerts, où elle veille tard ; sous la plume d’écrivains comme Dos Passos, où elle est « un regard en alerte, des sens aux affûts, des oreilles aux aguets » ? 
    Peut-on se satisfaire du fait que les jeunes, passé l’âge du « roman ado » traditionnel, peinent à trouver des romans qui les excitent ou les remuent autant qu’un film, une série TV ou un CD ? Peut-être, avons-nous alors songé, faut-il prendre le problème par l’autre bout : au lieu de proposer des romans « pour jeunes », censés les séduire par le choix des thématiques abordées, osons ces romans dont la modernité et l’inventivité entrera en résonance avec la jeunesse, des romans rapides, pleins d’audace, détonants, subversifs. 

    Nous savons que cette nouvelle acception du mot jeunesse, ne se référant plus spécifiquement à l’âge du lectorat mais plutôt à un état d’esprit, vient chahuter les frontières actuelles de ce secteur : un adulte curieux de nouvelles formes littéraires sera tout aussi intéressé de découvrir les romans EXPRIM’ qu’un grand adolescent ou un jeune adulte. La loi 1949, au vu de cette acception du mot, devient du même coup hors cadre.
    Certains prescripteurs préféreraient nous envoyer dans le secteur adulte plutôt que de nous accueillir dans un secteur jeunesse repensé. À les entendre, nous aurions « peur » de nous risquer en adulte. D’ailleurs, ajoutent-ils, les adolescents qui le souhaitent pourront toujours trouver nos romans dans le secteur adulte.
    Mais ce constat n’est-il pas triste ? Le réseau jeunesse ne devrait-il pas être justement, plus que tout autre, le territoire des nouvelles générations ? Est-ce que ce n’est pas justement là que les choses devraient bouger ? Passé quinze ans, un lecteur n’a certes pas besoin d’être « tenu par la main », et il n’est pas question de « garder un œil » sur la jeunesse. En revanche, ne peut-on pas ouvrir un territoire, une zone libre où les jeunes pourront trouver tout un panorama de propositions romanesques excitantes ? 

    Si on pense le contraire, il faut accepter de reconnaître que les grands ados « ne vont pas en jeunesse », et se dire qu’ils iront se « débrouiller en adulte » tout en sachant que ce n’est pas le cas. Et qu’entre le dernier Nothomb et le prochain Angot, ils pourront bien avoir le sentiment que la littérature est un lieu rigide, sans lien avec le bouillonnement culturel de notre époque. De leur époque.
    Car enfin, cette nécessaire évolution du réseau jeunesse répond bien à une attente de la part des lecteurs ! Et d’ailleurs, elle correspond bien à un discours de plus en plus récurrent dans les salons, les bibliothèques et les librairies  : d’ autres  éditeurs, comme le Rouergue , Le Navire en pleine ville ou Thierry Magnier , l’appellent aussi de leurs vœux. Comme nous, ils plaident pour l’apparition de nouveaux rayons (« jeunes adultes », « passerelle », « nouvelles littératures ») qui, accueillant toutes formes de propositions romanesques innovantes, passionneront les jeunes.

    De livre en livre, au fil des salons et des rencontres en bibliothèque ou en lycée, notre vision de notre lectorat s’est affinée ; notre discours éditorial aussi. Si nous avons dû parfois – par souci d’être compris (et sans doute à tort !) – recourir à l’expression « 15-25 » pour définir ce lectorat qui souhaitait découvrir du nouveau en littérature, nous n’avons jamais perdu de vue l’idée selon laquelle la jeunesse à laquelle nous faisons référence ne se découpe pas en tranches d’âge, mais se pense comme l’état d’esprit d’un nouveau courant littéraire, celui de ses auteurs et ses lecteurs.
    Ainsi, quand le mot « jeunesse » – à ne pas confondre avec le mot « enfance » – signifiera dans la librairie ce qu’il signifie partout ailleurs, trouvera-t-on normal de découvrir, en jeunesse, un roman de Bret Easton Ellis aux côtés des opus d’Antoine Dole, Marcus Malte, Insa Sané ou Guillaume Guéraud. Alors, la littérature jeunesse ressemblera à la jeunesse  : elle sera déroutante, énergique, subversive. 

    C’est dans cet état d’esprit que nous avons publié Je reviens de mourir d’Antoine Dole. Un roman que nous avons choisi selon des critères littéraires. Un roman éblouissant du point de vue de l’écriture, les allitérations rugueuses venant, tout comme les ruptures de rythme et les déconstructions syntaxiques, forer une problématique contemporaine, celle de l’incommunicabilité et du dysfonctionnement des relations sociales, amoureuses, sexuelles. C’est d’ailleurs sur des critères littéraires, et non moraux, que nous aurions aimé voir critiquer ce roman.

    Reste qu’il nous faut répondre à la double accusation de « roman misogyne » et de « roman voyeur ».

    La misogynie d’abord. Est-ce que Je reviens de mourir, sous prétexte qu’il met en scène, à travers une histoire, une situation de violence entre les sexes, « véhicule » une vision misogyne ?
    En ce cas, allons jusqu’au bout des choses : lorsque Flaubert présente son Emma comme une inconséquente, incapable de faire la part entre le réel et la fiction – croyant tant aux romances des « mauvais livres » qu’elle veut les vivre à son tour –, l’écrivain abaisse-t-il l’image des femmes ? Et lorsqu’il la fait agoniser sur plusieurs dizaines de pages, prenant un malin plaisir à torturer son personnage, ne serait-il pas un brin misogyne et complaisant ?
    Réponse : NON. Un écrivain de roman fait parfois subir mille et une violences à ses personnages, soit pour dénoncer cette violence, soit simplement pour la décrire, soit pour avouer la fascination qu’elle lui inspire, soit pour d’autres raisons encore. Le fait de montrer une situation de violence, d’humiliation ou de déchéance physique ou morale ne revient pas à la cautionner.

    629-mme-bovary.jpgVient ensuite l’accusation de voyeurisme. Celle-ci est censée étayer la première : la différence entre Flaubert et Dole, ce serait le regard porté sur l’héroïne ; Antoine Dole serait voyeur, Flaubert non. Car Flaubert, lui, serait dans l’empathie, il s’identifierait à son héroïne. La preuve, il a écrit : Madame Bovary, c’est moi. LA citation. 
    Mais enfin, qui peut sincèrement croire Flaubert capable d’énoncer un poncif tel que « Je m’identifie à mon héroïne » ? En lisant ses correspondances, en relisant son œuvre de près, on verra que Flaubert marque sans cesse une immense distance avec Emma, et ce afin de condamner, non pas ses agissements moraux, mais son attitude de lectrice – celle qui l’amène à s’identifier aux héroïnes des « mauvais livres ». Cette distance est d’ailleurs l’argument qui épargna à Flaubert, en 1857… la censure.

    Distance. C’est la clef de voûte de cette question. Antoine Dole est écrivain et, de ce fait, tout comme Flaubert, il marque une distance avec son héroïne. À la différence du témoignage (ou récit, ou « document »), qui est fondé sur l’empathie, le roman se définit par la distance que met l’auteur entre son sujet et lui – la fameuse distance romanesque.
    Cette distance, ce n’est pas celle du voyeur – terme qui découle d’une vision moraliste de la littérature – mais celle du « voyant », au sens où l’entendait Rimbaud. En tant qu’écrivain, Antoine Dole se soucie surtout d’écrire et, via la fiction, de livrer une vision du réel. Devient « voyeur », alors, le lecteur qui ne peut voir… sans se donner l’impression de voir ce qu’il ne devrait pas.

    Nous pensons que lire le mot « Putain » ne revient pas à l’entendre ou à le prononcer ; que lire une scène de viol, ce n’est pas la même chose que la vivre. Il nous semble que la magie de la lecture tient justement à ce que, exigeant du lecteur un effort intellectuel, elle lui permet de ressentir les situations tout en conservant une distance. Celle qui est inhérente à la fiction.
    Dès lors, si la violence entre les sexes existe – et n’est donc pas « fantasmagorique » –, nous ne comprenons pas pourquoi la littérature ne pourrait pas s’en emparer ; les jeunes, que cette violence concerne, nous semblent capables de faire la part entre fiction et réel. Nous ne pensons pas non plus qu’un livre puisse « donner aux lecteurs l’horizon du suicide ». Ou alors, il faudrait croire qu’un adolescent lisant L’étranger d’Albert Camus risquerait de tuer le premier Arabe qu’il croiserait… l’auteur n’ayant pas ajouté la mention Don’t do it at home.

     À nos yeux, Camus n’apprend pas à son lecteur à tuer, pas plus qu’Antoine Dole ne lui apprend à se suicider. En tant qu’écrivains, leurs questionnements ne sont pas moraux, mais littéraires. Lire n’apprend pas « à vivre » – pas dans ce sens-là.

    Frédéric Lavabre directeur des Editions Sarbacane, Emmanuelle Beulque , directrice éditoriale, Tibo Bérard, directeur de collection eXprim’.

     

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  • Limpide

    aressy3.jpgProfil perdu, de Line Aressy - Editions MLD, collection Brèche

     

    De la limpidité

    En quelques textes économes, Line Aressy bâtit un univers narratif singulier, à la fois ténu et très émouvant, loin des modes et d’un certain brouhaha (littéraire, vraiment ?) ambiant — une prose limpide mais exigeante, où les blancs, calculés, prennent parfois autant d’importance que les mots, à l’image de certains silences finement captés ; comme pour cette femme croisée dans Le Présent : « elle parlait le moins possible. Si elle s’aventurait dans les rues, elle hochait simplement la tête pour dire bonjour. Il semblait qu’elle connaissait intimement le silence, qu’elle le buvait comme de l’eau. » Un silence fluide et fluctuant, qui peut traduire une profonde souffrance et contre lequel on se « cogne le front », puis s’apparenter à une harmonie retrouvée, lors d’une épiphanie qui marque un retour à la vie, quand tout semble à nouveau faire sens (Le Cerisier). Le silence, encore, dans Profil perdu, où la narratrice, confrontée au mutisme obstiné d’une vieille dame qui s’éteint peu à peu (comme déjà perdue, « absorbée entre le passé et le présent »), dit « se taire de toutes ses forces ».
    Pourtant, se dégage souvent un sentiment de plénitude, comme s’il suffisait d’accéder à un état d’esprit qui permettrait de « goûter à grands traits le don du monde » (Sursaut), malgré les blessures ou la marginalité de quelques personnages, telle cette « Anna la folle », dont l’aspect repoussant n’est rien au regard de la totale liberté qu’elle renvoie au monde, à ceux qui la méprisent et qu’elle effraye (Cantique d’Anna).

    Tout est question de vision, du regard que l’on choisit de porter sur les autres et sur leurs différences, voire leurs imperfections, une idée parfaitement exprimée dans La Fêlure, l’un des textes les plus réussis de ce court recueil, où la jeune narratrice accompagne sa mère chez un sculpteur ami ; à l’occasion d’une de ces visites, la fillette découvre un cimetière particulier, un fossé où le maître se débarrasse de ses œuvres ratées. Prise de vertige, elle demande à garder la sculpture au visage fissuré qu’elle était venue jeter : « je voulais seulement la voir à la lumière du jour, apprécier l’imperfection de sa forme, lui donner un peu de mon regard. » Donner un peu de son regard au monde environnant, à des choses proches et des êtres ordinaires, imparfaits, faillibles et fragiles, parfois silencieux et qu'il faut deviner à défaut de pouvoir décrypter, des êtres dont la beauté peut échapper de prime abord : tel est peut-être l’un des secrets que dévoile ce recueil lumineux.

    (B. Longre, juillet 2008)

    http://editions-mld.com

    http://line.aressy.club.fr/index.html

    Prochaine parution en automne 2008, aux éditions MLD : Chat blanc, récit suspendu.

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  • De l'attachement au détachement

    cgutman3.jpgLes inséparables de Colas Gutman
    Neuf de l’école des loisirs

    Simon et Delphine, les inséparables du titre, ont bien du mal à accepter que leurs parents se… séparent, que leur mère se retrouve seule, que leur père aille vivre chez Pierrette, qu’on leur impose les enfants de cette dernière, « Porcinet l’infâme » et « Marie-Neige tête à claques » qui, comble de malchance, fréquentent la même école… Pierrette devenue l’ennemie à abattre, le garçon et sa sœur mettent alors en place de multiples stratégies visant à déstabiliser la recomposition familiale - tour à tour la douceur, la rébellion, l’espionnage… Les adultes, qui en font trop peu ou pas assez, ne se doutent de rien, ou à peine, mais en prennent assurément pour leur grade ; d'ailleurs, les enfants aussi, que ce soit ceux de la « grosse vache » ou Delphine quand, peu à peu, elle semble se détacher elle aussi de Simon, qui ne comprend plus rien et se sent trahi. Inséparables, Simon et Delphine ? C’est du moins ce que croit le premier, qui fait aveuglément confiance à sa grande sœur, jusqu’au jour où l’impensable se produit et qu’un gouffre vient les… séparer, car Delphine se met à grandir, à mûrir, à pactiser avec l’ennemi, bref, à tout simplement s'accommoder de situations qu’elle trouvait intolérables quelque temps plus tôt. Déboussolé, le garçon ne sait plus vers qui se tourner, puis apprend peu à peu à faire avec, sans pourtant se départir de sa verve et de son esprit critique.

    Le regard acide et souvent lucide du jeune narrateur (qui n'est pas dupe des manoeuvres de séduction parfois hypocrites des adultes) est un pur régal, oscillant entre drôlerie et cruauté, tandis que lui se forge les armes qu’il peut (du cynisme à l’indifférence affichée, de la mauvaise foi à la révolte) afin d’occulter à sa façon la souffrance psychologique qui accompagne toute séparation. Des séparations, justement, qui se succèdent et se superposent, engendrant frustrations et questionnements, mais qui permettent aussi d’avancer et de grandir un peu plus à chaque fois, même contre son gré, et malgré les adultes dont les maladresses n’arrangent rien. Simon, qui cherche sa place dans ce cadre familial chamboulé, est un peu le double et le petit frère romanesque du narrateur du Journal d’un garçon, et l’on retrouve dans chacun des romans, malgré la différence d’âge des deux protagonistes, des préoccupations similaires et une acidité de ton réjouissante.
    (B. Longre)

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  • Déclinaisons du silence

    L’enfant silence, de Cécile Roumiguière et Benjamin Lacombe
    Seuil jeunesse, 2008

    Litli Soliquiétude, de Catherine Leblanc et Séverine Thevenet
    Editions Où sont les enfants ? 2008

    enfantsilence3.jpgUne enfant choisit de se taire afin de protéger ceux dont elle craint d’être séparée : ses géniteurs, parfois doux, souvent féroces, qu’elle associe à des loups et qu’elle retrouve le soir après l’école dans une tanière tantôt chaleureuse, tantôt hostile. Un silence choisi, à défaut de pouvoir trouver d’autres armes. Un silence refuge assumé et entêté, pour ne pas avoir à trahir ceux qui la maltraitent et la privent en partie d’enfance. Un silence prison (tel qu’il s’incarne dans la cage qui revient dans certaines illustrations) qui, paradoxalement, attire l’attention sur la fillette et sur ce qu’elle tait, et qui inquiète la maîtresse - « alors le matin, parfois, on l’assoit devant une dame qui sent bon la banane et le pain grillé. » Mais là encore, elle ne sait que dire, ni comment. Le mutisme de la petite fille (qui, sous les pinceaux de Benjamin Lacombe, apparaît le visage grave, tandis que ses grands yeux tristes et fatigués « boivent le monde ») est mis en mots avec simplicité par Cécile Roumiguière, une simplicité qui n’exclut pas la poésie et la complexité des émotions qui traversent ce récit poignant. Les illustrations, d’une grande finesse, s’accordent aux mots sans les singer, les interprétant et les complétant avec originalité, enrichissant le texte touffu - malgré son apparente limpidité.

    Car cet album raconte un dilemme difficile à résoudre, même vu de l’extérieur, une histoire de résilience et d’étouffement, d’une souffrance qui demeurerait invisible si l’on n’acceptait pas de s’y pencher. Le mérite de l'ouvrage est de proposer un regard suffisamment détaché - qui n’empêche par l’empathie - sur le parcours de l’enfant, permettant ainsi d’en saisir toutes les facettes : il y a certes une victime, identifiable, mais ses bourreaux ne sont pas rejetés en bloc et l’on comprend, à travers quelques phrases seulement, que ces derniers ne sont pas les monstres qu’on pourrait penser. Et si l’enfant n’a que son silence à offrir au départ, c’est pour dire aussi combien elle a peur pour eux.

    litli3.jpgLe silence de Litli, petite marionnette qui explore le monde en solitaire, à sa manière, est d’une tout autre nature - un silence paisible en apparence, même si Litli (son nom signifie « petit » en islandais) se réveille d’abord dans un univers terne et gris, en noir et blanc. Elle se lève malgré tout et part à la recherche d’autre chose, d’un ailleurs en couleurs. Un voyage initiatique parsemé de dangers, de fissures, voire de gouffres, que la petite parvient cependant à franchir, comme si une petite voix intérieure la soutenait régulièrement dans sa quête. Car l’histoire de Litli est d’abord silencieuse, une succession de photographies lumineuses de Séverine Thevenet, que la marionnette Litli a accompagnée jusqu’en Islande. Les mots économes de Catherine Leblanc, qui apparaissent de temps à autre en surbrillance sur quelques-unes des pages - des mots qui guident et incitent le petit personnage à aller de l’avant, à ouvrir les yeux sur le monde - sont venus se superposer plus tard, non pas pour troubler le silence d’un récit en images qui aurait presque pu se suffire à lui-même, mais pour lui donner une résonance nouvelle.

    « Seuls les mots de Catherine Leblanc ont su faire leur place : ils ouvraient de nouvelles portes dans mes images et dans l’histoire », explique celle qui se dit « mariographe », refusant de choisir entre la photographie et les marionnettes, deux passions qu’elle est parvenue à conjuguer dans ce beau livre. Des mots qui se font leur place mais savent aussi se taire quand il le faut. La « soliquiétude », sous-titre de l’album ? Un néologisme qui sonne juste, un terme qui combine solitude et quiétude, « la tranquillité douce de celui qui marche et fait naître le monde en chemin. » Le mutisme pour mieux dire les choses, un texte réduit au minimum afin de laisser parler le silence et de ne pas empiéter sur le territoire des photographies qui se succèdent.

    Dans chacun de ces deux albums dont la démarche esthétique est fort différente l'une de l'autre, les parcours respectifs de l’enfant et de Litli ne sont pas similaires au prime abord, mais le silence (apaisant ou étouffant) et la place des mots (libérateurs ou alliés) sont au cœur de chacun d’eux, en lien avec une renaissance au monde et à la vie (« Viens au monde », disent les mots à Litli, qui redécouvre enfin les couleurs). Une vie devenue grise et sans éclats pour la marionnette, une vie qui n’en était plus une pour l’enfant silence, qui se contentait de murmurer quelques lettres, à l’image des petits pas indécis de Litli au tout début de son aventure. Des albums qui disent l’indicible avec délicatesse, et qui rappellent que tous nous tendons peut-être, en fin de compte, à la quiétude.

    (B. Longre)

    http://www.cecileroumiguiere.com

    http://www.benjaminlacombe.com

    http://ousontlesenfants.hautetfort.com

    http://catherineleblanc.blogspot.com

    http://shashi.club.fr/index.html

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  • De la Chine à la France et vice-versa...

    shanghai.jpgLa Revue littéraire de Shanghai, animée par Tang Loaëc (fondateur de La Vénus littéraire, qui signe aussi la rubrique L’Enfer sur Bibliobs), Cécile Oberlin (la webmistress) et Fabienne Trunyo (qui partage son temps entre France et Chine) a pour objectif avoué d' « ouvrir un espace propice à la réinvention d’une vie littéraire mettant en résonance la langue française et une réalité chinoise mithridatisée par le creuset Shanghaien. » Une belle passerelle, donc, qui permet des échanges fructueux et promet de belles choses : des articles critiques consacrés principalement à la littérature chinoise et à ses interactions avec la culture française, des nouvelles, des dossiers. On ira lire, entre autres, Mingong, un texte émouvant de Tang Yi-Long (nom chinois et de plume de T. Loaëc), ou Les pyjamas de Shanghai, jolie chronique de Fabienne Trunyo - des suggestions non exhaustives...

    http://www.shanghai-litterature.com

    « Les références à la France abondent à Shanghai, qui revendique de nouveau son rang de Paris de l’Orient. Le cœur de la ville est hanté par les fantômes de la concession française, qui mettent tant de grâce à raviver ses souvenirs et à inspirer parfois son avenir.
    Les mondes de l’art, de l’architecture, de l’économie aussi portent les marques renaissantes d’une passion française pour Shanghai, faite de fascination et d’affinité. Dans une ville dont la puissance tellurique et le tourbillon humain sont d’une brutalité qui peut inspirer ou éteindre le mouvement de l’écriture, la renaissance d’une réalité littéraire nourrie à la confluence de la langue française et de la Chine ne se décrète pas.
    Cette réalité littéraire existe parce que des gens écrivent en français, à Shanghai ou sur Shanghai. Elle existe aussi parce que des écrivains chinois encouragent à la traduction de leur œuvre et à sa diffusion en français, dont nous voulons aussi nous faire écho. Elle existe enfin parce que des départements de littérature française dans les universités chinoises portent encore un regard sur une littérature française qu’il nous appartient collectivement de continuer de faire vivre. »
    (Les fondateurs)

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  • Revue Incognita, Bruno Doucey

    incognita.jpgParaît ce mois le troisième numéro de la revue Incognita (avec, à sa tête, Luc Vidal, directeur de la publication et Pierrick Hamelin, rédacteur en chef), publiée par les éditions du Petit Véhicule, un numéro consacré, entre autres choses, au travail et à l'oeuvre de Bruno Doucey, poète, écrivain, éditeur. Le dossier approfondi débute sur un entretien, dans lequel le poète retrace son parcours, parle de son rapport à l'écriture et à la poésie, de résistance, liée à la lutte de Victor Jara (à propos duquel il a signé cette année un roman dans la collection "Ceux qui ont dit Non" - Actes Sud Junior), et aborde son activité d'éditeur chez Seghers, en continuité avec l'écriture poétique telle qu'il la conçoit : "Ecrire, publier de la poésie : un même acte de résistance, une même réponde apportée à la détresse humaine (...) Changer le monde ou changer le regard que nous portons sur le monde : dans les deux cas, j'assigne à la littérature le rôle de faire bouger les choses."

    A propos de l'écriture elle-même, plus précisément du processus qui mène à la création, il répond : "Avant de prendre la plume, une même attitude s'impose : il faut donner du temps à l'impression d'arriver et d'entrer, ouvrir son esprit aux effets qu'elle produit et s'en laisser pénétrer." Les textes qui suivent rendent hommage à l'oeuvre, par le biais de témoignages, de poèmes et d'analyses fouillées qui dévoilent les différentes facettes (et il y en a !) du créateur.

    D'autres richesses composent ce numéro, que l'on recommande vivement (est-il besoin de le préciser ?), dont un entretien avec Jean-Pierre Engelbach, directeur des éditions Théâtrales depuis leur création en 1981, un texte d'Alain Kewes, responsable des éditions Rhubarbe, dans la rubrique "Un éditeur à son auteur" ou encore un article portant sur le travail de Pascal Bouchet, collagiste.

    Incognita n° 3, juin 2008
    ISBN : 9782842736620
    nombre de pages : 152

    La Revue
    www.petit-vehicule.asso.fr/revues_02.php?id_revue_titre=58

    La maison d'édition
    http://www.petit-vehicule.asso.fr/
    que l'on peut aussi retrouver ici
    myspace.com/editionsdupetitvehicule  

    Les éditions du Petit Véhicule publient aussi les Cahiers d'Etudes Léo Ferré, dont Jocelyne Sauvard parle ici www.sitartmag.com/leoferrevidal.htm

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  • Tentatives & projets...

    1881847722.jpg

    Je redécouvre Thibault de Vivies par le biais d'un de ses textes publié sur Publie.net : Tentative de pourquoi j'ai toujours si mal à la tête, un monologue percutant composé de tirades plus ou moins longues, une ponctuation économe, des phrases saccadées qui se déroulent et se percutent dans l'esprit d'un narrateur déboussolé, pour rebondir dans l'esprit du lecteur. L'auteur crée une voix déstabilisante, celle d'un individu dont il est difficile de cerner la personnalité et la nature, et qui tâche de mettre de l'ordre dans sa vie et ses pensées, d'appréhender le monde qui l'entoure et d'y survivre - des tentatives au prime abord déstructurées et tâtonnantes et qui font pourtant peu à peu sens et s'inscrivent dans une démarche introspective cohérente, que chaque lecteur reconstruira comme il l’entend. On se laisse porter par la succession et l'enchevêtrement de mots, à la découverte d'un univers intérieur atypique et d'un parcours bouleversant. Un texte étonnant que je recommande vivement.

     

    Présentation, extrait et achat en ligne http://www.publie.net/tnc/spip.php?article84

     

    Le site de l'auteur http://www.tentatives-lesite.net/ 

    Son premier roman, Me suis fait tout seul, publié en 2002 par les éditions Pétrelle, est réédité par les éditions Jets d’encre. Je l'avais lu lors de la première édition.

    931843450.jpgMe suis fait tout seul est là encore un monologue, ou plutôt un dialogue entre un homme brisé, "une sale gueule", et un monde sourd à ses appels, le dialogue entre le désespoir et l'indifférence. Cet homme que la société a mis en marge se raconte avec lucidité, en sachant qu'au fond, il ne s'en sortira pas, que ses tares psychologiques et ses déviances ne lui laisseront pas de repos. Il commet un crime sexuel et se retrouve pour quelques années en prison, sans que ses troubles psychiques soient un instant pris en compte, ou tout du moins, qu'une tentative de traitement se mette en place. Il en ressort tout aussi désaxé, convaincu que sa réintégration sociale est impossible. Ainsi, il traîne sa liberté toute neuve comme un boulet, et, désemparé, il la reçoit comme une autre forme d'enfermement.
    Son errance l'entraîne à devenir l'homme à tout faire dans un sinistre bordel, où il se sent bien un temps, mais qu'il quitte un jour, "vers de nouvelles aventures". En réalité, son existence sans but est motivée par un déphasage psychologique constant, routinier, et les pérégrinations qu'il nous conte là sont poignantes d'ironie dramatique : l'on y ressent une pointe de sarcasme, qui vise surtout les autres hommes et leur "monde terrible" et une bonne dose de dégoût, que le narrateur retourne le plus souvent contre lui-même.
    Thibault De Vivies a d'abord écrit pour le théâtre et publiait là son premier roman, mais on y ressent à chaque instant les influences de l'écriture dramatique : chaque chapitre semble fonctionner comme un tableau et le style spontané, où une certaine poésie perce par endroits, est totalement oralisé, sans tabous ni pudeur ; un texte brut qui paraît destiné à être lu à haute voix, voire joué sur scène, même si là n'était pas l'intention de l'auteur, qui disait : "J''essaie de mettre de côté, pour un temps du moins, le théâtre, et de me recentrer sur ce que j'ai à exprimer en utilisant l'écriture romanesque où je me sens pour le moment plus libre".
    (B. Longre)

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  • Genèse du personnage, entre histoire et fiction.

    Tu signais Ernst K. de Françoise Houdart
    Ed. Luce Wilquin

    Que sont véritablement Juliette, Laura, Emma et (surtout) Ernst, quelques-uns des protagonistes de cet admirable récit romanesque ? Quel rôle ont-ils réellement joués dans les drames que dépeint, en les réinventant souvent, l’écriture riche et sonore, aux nombreuses embellies métaphoriques, de Françoise Houdart ? Des personnages de papier, c’est une certitude, mais leur statut n’en reste pas moins indéfini, car rarement on aura vu des créations littéraires prendre corps et se faire chair à ce point ; tout particulièrement Ernst K., jeune recrue de l’armée allemande qui logea chez l’habitant (en l’occurrence dans la maison de Juliette et de sa fille Laura) durant près de dix-huit mois, entre 1917 et 1918, comme tous ces soldats pour lesquels l’armée réquisitionnait des logements en Belgique occupée.

    1871238979.jpgLa romancière avoue ses incertitudes dès le début, s’adressant au personnage éponyme, qui fut aussi un homme dont il ne reste que peu de traces : « A ce stade de ma recherche, j’ignore encore pourquoi je te poursuis ; pourquoi j’instruis ton procès d’existence en te supposant tel qu’il faudra que tu sois en mes hypothèses d’auteur et mes propres conviction. (…) Tu as laissé derrière toi un message crypté dont j’ai entrepris de pénétrer le mystère. » La fascination que la romancière éprouve, et réitère tout au long du roman, pour Ernst K., rappelle en partie une autre vaste entreprise littéraire entre imagination, réinvention et réalité historique – celle que Bernado Carvalho relate dans Neuf nuits. Les deux récits, de même que les deux hommes qui les ont inspirés (Ernst K. et Buell Quain, anthropologue américain), n'ont que très peu de choses en commun, hormis l’obsession qui s’est emparée de deux écrivains (l’une belge, l’autre argentin) et qui les a incités à composer des romans fiévreux, tenant autant de la fiction que de la quête personnelle. Tandis que Bernado Carvalho avait en main quelques photos, des lettres, des archives et des témoignages (incertains), Françoise Houdart, pour creuser le cas « Ernst K.» a dû se contenter d’un petit carnet de dessins et des souvenirs éparpillés d’une vielle dame – Laura, la petite qui avait huit ans en 1917, quand le jeune Allemand pénétra pour la première fois dans la maison de Juliette.

    Indices ou mirages ? Peu d’éléments en tout cas pour mener l’enquête, à la fois dans la réalité historique de la première guerre mondiale (des événements à grande échelle) et dans une reconstruction semi imaginaire qui s’intéresse de tout près à l’humain et aux souffrances endurées individuellement en ces temps de tourmente – les pénuries, les arrestations, la tyrannie et l’arbitraire qu’un commandant fait régner dans le village (comme c’était la règle), la peur et le froid qui s’insinuent au plus profond des êtres. Il y a aussi Eduard, l’ami d’Ernst, qui écrit à sa femme Emma : « La guerre, elle pourrit l’âme en dedans. » ; Emma, la femme ennemie, que l’on apprend à connaître lors d’une permission accordée à Ernst, et qui subit des épreuves similaires à celles de Juliette, la logeuse belge d’Ernst – des destinées étrangères l’une à l’autre et pourtant parallèles, qui se rejoignent implicitement quand toutes deux perdent leur mari et qu’Ernst prend soin des deux femmes, avec discrétion et compassion.

    On retient l’ardeur avec laquelle la romancière construit son enquête, retraçant les déplacements d’Ernst (probablement chauffeur du commandant) en s’appuyant sur les dessins du carnet – qui représentent des châteaux, des demeures anciennes ou des paysages des alentours – un travail topographique de taille, qui va de pair avec la documentation historique. Cette ardeur, on la retrouve dans la précision stylistique, qui ne souffre aucun défaut, et dans la volonté de la romancière de mettre en mots ses doutes – pour ensuite les chasser afin de poursuivre son œuvre de reconstruction fictive.

    Il reste au lecteur de démêler les fils d’un récit hybride et palpitant, génériquement inclassable, entre Histoire, mémoire et imaginaire - l’histoire, principalement, de la micro guerre de Juliette et de son époux barbier, de l’« occupant » qui leur a été imposé jusque dans l'intimité de leur propre maison – ce jeune homme qui refuse pourtant d’être assimilé à l’armée allemande et à ses exactions. Tu signais Ernst K. est une œuvre imposante qui s’attache, paradoxalement, au quotidien d’un petit nombre de gens ordinaires – une vieille femme qui meurt d’épuisement, un vicaire résistant, agent secret, un barbier maladroit, des enfants qui travaillent sans relâche pour faciliter le quotidien de leurs parents, une cuisinière généreuse, quelques notables pris au piège de l’occupation ennemie, des délateurs (encouragés par les occupants) et des foyers détruits par les déportations de travailleurs vers les mines ; et aussi un soldat « à la périphérie de l’horreur », que ses supérieurs n’ont pas encore envoyé au front, et une romancière fascinée, qui crée ce personnage pivot et fuyant tout à la fois, qu’elle utilise pour explorer le processus créatif tout en prenant conscience de l’emprise qu’il a sur elle, et de ses difficultés à le maintenir dans un cadre fixe et programmé : « Ainsi es-tu devenu un être doué d’existence. J’écris ces mots (…) et ceci me paraît pléonastique. Existeraient-ils des êtres qui ne possèdent pas le don d’exister ? Mais à la réflexion, es-tu un « être », toi ? (…) De toi, Ernst, j’ai la profonde certitude que cette potentialité d’exister hors de ton contexte romanesque émane de ta seule volonté. (…) Tu n’étais qu’un nom écrit au crayon sur la première page d’un carnet de dessins (…) Je l’ai lu, je l’ai dit, et tu es devenu quelqu’un. »
    (B. Longre)

    http://www.wilquin.com/

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  • Du nouveau sur Jibrile

    1587524871.jpgJibrile, revue de critique littéraire et politique, est dirigée par Frédéric DUFOING (philosophe et politologue) et Frédéric SAENEN (Agrégé en langues et littératures romanes, auteur et critique - entre autres pour Sitartmag... quelle chance !), depuis mai 2003, à Liège. Au sommaire, "analyses de fond et parole pamphlétaire, argumentation cohérente et implication personnelle".

    http://www.revuejibrile.com/

    On pourra lire deux ajouts récents : une rencontre avec Célia Izoard, à propos de l'ouvrage collectif "La Tyrannie technologique" (Éditions L’Échappée) et une série de "kinochroniques" signées Frédéric Dufoing.

    Pour découvrir plus avant la revue, on se reportera à cet article.

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  • Ange ou démon...

    1775849530.jpgLes ogres pupuces
    de Guillaume Le Touze, illustrations Julien Rancoule
    Actes Sud-Papiers, collection Hekoya jeunesse, 2008

    Les ogres pupuces, petites boules de poils imprévisibles découvertes par le Professeur Sebastianovitch, vont enfin quitter leur incubateur afin d’être adoptés par des enfants (les jeunes spectateurs en personne). Mais leur nature véritable (angélique ou diabolique – d’où l’oxymore que l’on décèle dans leur appellation) reste incertaine… On sait seulement qu’ils ont besoin d’un bon dosage d’amour et de rire pour ne pas se transformer en créatures sanguinaires ! Les personnages pittoresques (une interprète amoureuse, une chercheuse vouée corps et âme à la science, un nain capable d’apprivoiser les ogres pupuces, sans parler de Sebastianovitch, quelque peu paranoïaque) présentent tour à tour les créatures aux futurs adoptants, quand une erreur de manipulation provoque la fuite des petites peluches.
    L’interaction entre le public potentiel et les protagonistes fonctionne parfaitement, même sur la page, et on appréciera l’inventivité débordante du texte, aventure scientifico-fantaisiste décalée qui rejoint d’autres quêtes imaginaires, les illustrations (crayonnés, esquisses en couleur, parfois destinés à accompagner les délires scientifiques de Sebastianovitch) jouant un rôle essentiel dans la mise en place de cet univers. Comme les autres ouvrages de la collection Hekoya jeunesse, un soin particulier a été apporté à la mise en page, une façon d’inciter les jeunes lecteurs à lire la pièce seuls, comme ils iraient ouvrir un roman. (B. Longre)

    Cet article a paru en compagnie de quelques autres dans le numéro 240 de La Revue des livres pour enfants (La Joie par les livres / BNF, avril 2008).

    http://www.actes-sud.fr/

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  • Quand tombent les masques

    1502748721.jpgMascarade de Sacha et Nancy Huston 
    Actes Sud Junior, collection poche théâtre, 2008

    Un loup, une chèvre… jusqu’ici, on se trouve en terrain connu. Mais quand s’engage le dialogue (véritable quiproquo dû à des confusions lexicales et phonétiques), que tombent les masques et qu’apparaissent successivement d’autres protagonistes (dont un rappeur et un psychanalyste…), on comprend qu’aux mains des auteurs (mère et fils), la base du conte risque de subir quelques détournements. La scène initiale devient scène de ménage puis scène de séduction, et ainsi de suite. Ludique (autant au niveau langagier que scéniquement), Mascarade propose des dialogues vifs, des altercations rythmées, au fil des transformations parfois surprenantes. Par le biais de références que seuls les adultes reconnaîtront, sans pour autant devenir des obstacles de lecture pour les plus jeunes (pas avant le collège, semble-t-il, contrairement à ce qui est proposé par l’éditeur), le texte présente plusieurs niveaux de lecture qui enrichissent le propos, évoquant en filigrane l’idée d’une quête identitaire sans fin – en écho avec les mots du loup (« où vais-je ? D’où viens-je ? Qui sois-je ? »…) – et la notion que les masques métaphoriques que nous revêtons et les méprises qui s’ensuivent sont le lot commun. (B. Longre)

    Cet article a paru en compagnie de quelques autres dans le numéro 240 de  La Revue des livres pour enfants (La Joie par les livres / BNF, avril 2008).

    http://www.actes-sud-junior.fr/

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  • Les auteurs s'expriment...

    Deux nouveaux blogs d'auteurs découverts ces temps...

    D'abord, celui d'Anca Visdei, dont le dernier roman, L’exil d’Alexandra, vient de paraître chez Actes Sud (un article en ligne ici). Anca est écrivain, dramaturge et metteur (metteuse ?) en scène - une trentaine de pièces à son actif, publiées et jouées en France et à l’étranger.

    http://ancavisdei.blogspot.com/

    Vient ensuite Fabrice Vigne (que l'on ne présente plus - du moins sur ce blog...!) qui a ouvert Le Fond du Tiroir : autre ton, autres livres, autres projets mais toujours une finesse d'esprit appréciable. On ira lire entre autres la page intitulée "Ecrire d’une main, allaiter de l’autre" (deux actes nullement incompatibles selon lui) et on découvrira quels livres "déforment ses poches".

    http://www.fonddutiroir.com/blog/

    D'autre blogs, d'autres univers...

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  • Rester soi

    311272372.jpgAlice pour le moment de Sylvain Levey
    Ed. Théâtrales jeunesse, 2008

    Toute jeune fille fantasque, discrète et rêveuse, Alice, « observatrice du monde », sait glaner un peu de bonheur dans d’infimes détails – malgré sa solitude, son sentiment d’exclusion, les « garçons » anonymes (et interchangeables) qui la raillent ou sa difficulté à accepter le nomadisme de ses parents immigrés. Elle affirme être « une solitaire heureuse et volontaire » et se plie, sans aigreur, aux changements de décor successifs, dans un monde où l’important est de « rester soi ». À peine s’est-elle fait une amie que la famille part s’installer plus loin, au gré des petits boulots du père saisonnier. Et quand elle rencontre Gabin et commence à s’habituer à ses baisers, il faut repartir, encore. Le transitoire, le provisoire et l’instabilité sont ici source d’inspiration et les premiers émois adolescents s’inscrivent dans une poésie limpide, dont la simplicité de surface est à l’image de la jeune Alice, narratrice, récitante et fil conducteur du récit rétrospectif : «transparente » pour les autres mais riche et dense vue de l’intérieur. (B. Longre)

    http://www.editionstheatrales.fr

    Cet article a paru en compagnie de quelques autres dans le numéro 240 de  La Revue des livres pour enfants (La Joie par les livres / BNF, avril 2008).

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  • Publie.net, comment ça marche ?

    731420051.jpgSe passer du livre papier ? Inconcevable... (ce qui n'engage que moi) pour diverses raisons déjà évoquées ; en revanche, il m’arrive de lire des pdf sur écran (de plus en plus souvent), dont certains ouvrages diffusés sur publie.net.

    Publie-net ? Une nouvelle façon de publier qui se met peu à peu en place, rassemblant édition, diffusion, distribution dans un seul et même espace… Une initiative éditoriale née sur une idée de François Bon, qui orchestre le tout (avec l’aide de quelques bonnes volontés) et qu’il nomme « une coopérative d’auteurs pour le texte numérique contemporain ». Ces derniers se regroupent afin de proposer certains de leurs textes (des inédits, des épuisés, des parutions parfois éparpillées dans différentes revues, etc.) à télécharger pour des sommes modiques (de 1,30 à 5,5 €), dont 50% leur est reversée – une « juste rémunération » (une fois n’est pas coutume). Un projet dont on se réjouit et qui mérite le soutien du monde littéraire... en tout cas de la "communauté virtuelle ".

    849361591.jpgFrançois Bon précise qu'il n'est pas question de s'opposer à l'édition classique, mais de proposer une démarche complémentaire qui permette "d'investir directement, en tant qu’auteurs, un nouveau champ de partage. D’installer dans l’univers numérique non seulement l’instance critique qu’est dès à présent, via quelques sites et blogs d’exigence, la communauté virtuelle, mais notre travail de création lui-même. S’approprier la mutation actuelle des outils et supports pour que la littérature contemporaine – simplement – y conserve sa place de laboratoire, de repère."

    1589950451.jpgDans ce laboratoire en pleine éclosion et en constante évolution, on trouvera des récits, des fictions et de la poésie, des essais critiques et de recherches texte-images, aux côtés de quelques textes fétiches de la bibliothèque numérique, choisis et mis en page par publie.net. Une belle variété, donc. Dans l'atelier des écrivains, on lira des textes signés Eric Chevillard, Régine Detambel, ou encore Jacques Roubaud, tandis qu'une autre rubrique, Voix critiques, offre des essais (dont Violence et traduction de Claro, ou bien Seul, comme on ne peut pas le dire d'Arnaud Maïsetti, une monographie consacrée à une pièce de Koltès).
    La zone risque, de son côté, accueille des "auteurs inédits, des démarches d'exploration, des tentatives d'écriture surprenantes, qui ne sauraient rentrer dans le cadre de l'édition graphique". La coopérative propose en outre quelques collections destinées à s’enrichir au fil du temps, dont la collection Grèce - une série de traductions inédites ou épuisées du domaine grec contemporain proposées par Michel Volkovitch et la rubrique formes brèves, qui regroupe des textes contemporains, choisis par François Bon.

     

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  • Middlesex...

    Mes souvenirs - Histoire d’Alexina / Abel B.
    Herculine Barbin
    La cause des livres, 2008

    Middlesex…

    1578386622.jpgEn 1874, le Docteur Ambroise Tardieu publiait un ouvrage scientifique intitulé "Question médico-légale de l'identité dans ses rapports avec les vices de conformation des organes sexuels", qui comprenait un manuscrit découvert en 1868, dans "une des plus pauvres mansardes du Quartier Latin". Auprès de ce manuscrit, un corps : celui d'Abel Barbin, âgé de vingt-huit ans, qui venait de se suicider. Abel, certes, pourtant né(e) Adélaïde Herculine Barbin (surnommée Alexina par ses proches) et rebaptisé(e) à vingt et un ans, après qu'un tribunal la/le déclare de sexe masculin. Une décision administrative qui tient compte de la « prédominance évidente du sexe masculin » d’Abel d’un point de vue physiologique, néanmoins insuffisante à résoudre les états d’âme de cet hermaphrodite et d’offrir de réponse à ses incessants questionnements identitaires.

     

    Abel fait le récit de sa courte existence sans aucune prétention littéraire ("Ma plume ne peut se mesurer à celle de ces géants du drame", écrit-il en mentionnant Alexandre Dumas et Paul Féval) ; il se raconte avec pudeur et dignité – une tournure d’esprit engendrée selon toute vraisemblance par la honte qui l’habite, mais aussi par une éducation religieuse « parfaite », tout au long des années durant lesquelles il fut « fille » puis « femme». En effet, jusqu'à quinze ans, Herculine est confiée au "calme délicieux des maisons religieuses". Les "études sérieuses" comblent la jeune fille, ainsi que diverses amitiés avec certaines de ses camarades, à qui elle voue parfois des passions démesurées ; des comportements qui ne sont pas sans inquiéter les religieuses. Ces dernières ne lui inspirent qu'un profond amour, respectueux, et le soutien moral qu'elles lui apportent sera essentiel. Aussi, de retour chez sa mère, Herculine se voit proposer une carrière dans l'enseignement ; elle accepte, malgré "une antipathie non raisonnée mais profonde pour le métier". Deux ans d'école normale, où elle vit de nouveau entourée de jeunes filles, lui font prendre conscience de sa nature trouble ; ses sens en éveil ne cessent de la harceler dans un lieu qu’elle décrit pourtant comme un "sanctuaire de la virginité", et seule l'étude semble la protéger temporairement des pulsions qui la tiraillent mais qu’elle ne comprend pas. Ses études terminées, elle est affectée à l'école privée d'une petite ville et tombe amoureuse de Sara, une autre institutrice qui deviendra sa maîtresse, avec toutes les complications que ce statut provoque.

    Rien de rocambolesque, ni de grivois, car l'humour n'a pas sa place ici ; à défaut, l’auteur exprime une lucidité désespérée et morbide. Si érotisme il y a, il n'est nullement prémédité ou gratuit, mais uniquement dicté par un profond désir d'authenticité de la part d'Abel Barbin ; un désir pourtant étouffé par la douleur qui nourrit ce récit : une souffrance infinie se dégage de ce témoignage, une souffrance morale, surtout, qu'il/elle ne cesse de clamer et de renvoyer à la face d'une société en marge de laquelle il se situe ; car sa nature hybride fait naître des réactions cruelles chez certains avides de scandale (en particulier la presse, qui multiplie les « insinuations perfides » quand il est déclaré « homme » par l’état civil) et même si d'autres le soutiennent (sa mère, les médecins, son amie Sara, ou encore l'évêque qui tranchera pour lui), il sait que les voies vers un bonheur simple lui sont fermées, comme à jamais voué à la marginalité ; pour preuve, devenu officiellement un homme, il admet que sa "connaissance intime, profonde de toutes les aptitudes, de tous les secrets du caractère de la femme" ferait de lui "un détestable mari". Une souffrance née d’une ambivalence inscrite au cœur du texte (oscillant sans cesse entre le masculin et le féminin pour parler de lui), que lui/elle-même est incapable d’apaiser et qui le mènera au suicide.

     

     Tout comme leur auteur, ces mémoires très particuliers, écrits d'une plume élégante, ont une histoire : nous devons à Michel Foucault d'avoir retrouvé le texte dans les archives du Département de l'Hygiène publique, de l'avoir publié en 1978, accompagné de documents d'époque et d'avoir ainsi fait connaître Abel/Herculine Barbin, mi-homme, mi-femme, incapable de définir sa véritable identité sexuelle, qu'elle soit biologique ou psychique. Tragédie identitaire, récit d'éducation, témoignage de l'histoire privée, ce récit frappant et sincère est aussi un appel à la compassion et au respect. « Il est difficile de lire une histoire plus navrante, racontée avec un accent plus vrai », disait Ambroise Tardieu en introduction de ces Souvenirs.

    Blandine Longre

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    En annexe de cette publication soignée et fort agréable à parcourir, on trouvera divers éléments de documentation – dont un texte d’Antoinette Weill (qui retrace les lois scolaires qui se sont succédées au cours du XIXe), des données chronologiques et biographiques, le rapport précis de l’examen médical d’Herculine, à l’âge de 21 ans, ainsi que quelques photos d’un hermaphrodite inconnu, signées Nadar.

    Le titre de cet article fait référence au roman de Jeffrey Eugenides, Middlesex - critique en ligne.

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  • Non !

    981735859.jpgCeux qui ont dit NON, nouvelle collection aux éditions Actes Sud Junior, aurait tout aussi bien pu s'intituler "Non !" (sur le mode de J'accuse ! des éditions Syros), puisqu'on est là dans le registre de la révolte et de l'indignation. Une révolte toutefois pensée, structurée, qui sait ce qu'elle veut et s'engage avec intelligence dans des luttes pour des causes justes. Les quatre ouvrages qui inaugurent la collection, dirigée par Murielle Szac, mettent en scène des figures historiques dont l'engagement résonne encore aujourd'hui et peut servir d'exemple : Victor Hugo, Rosa Parks, Victor Jara et Lucie Aubrac. Quatre individus dont les actes et/ou les propos ont contribué à l'avancement de l'humanité.

    1118190198.jpgIci, plutôt que de proposer un documentaire, la directrice de collection a opté pour la forme romanesque ; chaque ouvrage comprend donc une fiction historique, complétée par un dossier qui permet d'établir de vrais liens entre les luttes du passé et celles du présent. Ainsi, le roman de Bruno Doucey (poète, romancier, essayiste et éditeur aux éditions Seghers), Victor Jara : non à la dictature, est suivi d'un texte qui relate le combat d'Aung San Suu Kyi, qui s'oppose à la junte militaire de son pays, la Birmanie, tout comme Jara (1932-1973) dénonçait la répression militaire au Chili. De même, le dossier qui suit Victor Hugo : non à la peine de mort, signé Murielle Szac, permet de découvrir d'autres opposants à la peine de mort, dont Cesare Beccaria, l'un des premiers à dénoncer l'assassinat "légal" pratiqué par le pouvoir en 1776, mais aussi Camus, Jaurès, Koestler, et Badinter. L'auteure explique aussi (pour ceux qui le sauraient pas...) qu'en Chine aujourd'hui, les stades servent aussi de lieux d'exécution ("de macabres mises en scène publiques").

    Rosa Parks : "Non à la discrimination raciale" de Numrod.
    Victor Hugo : "Non à la peine de mort" de Murielle Szac
    Lucie Aubrac : "Non au nazisme" de Maria Poblete
    Victor Jara : "Non à la dictature" de Bruno Doucey

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  • Condamnés au Paradis

    Au plus loin du tropique de Jean-Marie Dallet - Editions du Sonneur

    Condamnés au Paradis

    « Quand vous serez tous morts petits Blancs qui sentez le cadavre de vos possessions, l'île entière m'appartiendront, et le dernier d’entre vous je l’envelopperai dans le drap cloué au-dessus de mon comptoir, ce drap sur lequel j’ai peint "Rôtissez tous au fond de l’enfer" avec mes caractères hakka bien plus beaux que vos lettres en chiures de mouche, puis j’irai brûler le tout au fond de mon jardin – à cette pensée Ah You éclate d’un rire qui découvre trois chicots, multiplie les rides de son visage gris jaune alors que la lumière de l’aube filtre à travers les auvents entrouverts, il est là debout au milieu de son échoppe… »

     

    677775199.jpgParataito, « Paradis » en maori, un atoll perdu (« plat, petit et tout en rond (…) à peine un point noir entre Tuamotu et Gambier »), colonie pénitentiaire oubliée de tous, abrite encore une drôle de troupe qui tient à peine sur pied : cinq vieillards condamnés à l’exil, aussi disparates les uns des autres que leurs crimes respectifs – Ma Pouta, la vieille maquerelle, Trinité, le métis unijambiste, Pétino, le vieux militaire pétainiste, Corentin, le prêtre concupiscent, et Ah You, le Chinois qui tient boutique et qui n’attend que la disparition des quatre autres pour devenir le souverain des lieux… Il faut dire qu’au fil des années, ils ont déjà vu nombre des leurs s’éteindre et, survivants d’une longue liste de bagnards ayant échappés à la guillotine, ils s’accrochent tant bien que mal à ce qui leur reste de vie, au quotidien qui s’étire sans fin et aux quelques bribes de souvenirs à travers lesquels ils se définissent et se complaisent à revivre ce que le temps a définitivement effacé.

    En ce 1er janvier, tandis qu’ils attendent la goélette pénitentiaire qui les ravitaille deux fois l’an, ils s’apprêtent à se rendre à l’office religieux que Corentin s’obstine à célébrer, bien que ses compagnons ne manquent jamais de s’endormir avant la fin de son sermon, et que ces derniers connaissent d’avance les élucubrations que va leur servir le vieux pervers… quand un cyclone frappe l’île et ses alentours, provoquant deux événements qui vont temporairement bouleverser l’ordonnancement (certes déjà un peu bancal) du quotidien de ces prisonniers sans geôliers : la mort de l’un d’entre eux et l’arrivée de Kerlan, jeune naufragé semi amnésique échoué sur la plage, qui bien vite devient le protégé des quatre vieillards restants – ils entreprennent de le sauver in extremis des bernard-l'hermite, de panser ses plaies, de le soigner, de le nourrir, de le bichonner, bref, de l’accueillir dans leur univers déglingué et lui confier quelques-uns de leurs souvenirs.

    Dès les premières lignes, cette étonnante robinsonnade séduit le lecteur, qui se perd et se retrouve dans les monologues fluides et truculents de chacun des personnages, le narrateur intervenant régulièrement pour remettre un peu d’ordre dans le récit (l’absence de délimitation entre le « je » et le « il » impersonnel ne perturbe pas longtemps) ; les soliloques (ou dialogues avec ce qu'ils furent et ne sont plus) sont composés de lambeaux de mémoire, de plongées nostalgiques dans leurs passés respectifs (rarement idylliques, mais qu’ils ont néanmoins pris l’habitude de magnifier) : un épanchement de rancoeurs accumulées pour certains, une litanie des regrets pour d'autres, un éternel ressassement qui se traduit dans l’écriture elle-même, syntaxiquement décalée, à l’image des pensées qui se chevauchent dans l’esprit des narrateurs qui prennent la parole en alternance. L’auteur fait entendre la voix de rebuts, mis au banc d’une société rigoriste, des naufragés involontaires de l’existence dont l’humanité n’est toutefois pas à démontrer et dont le véritable Eden se trouve ailleurs que sur cet atoll, coin de paradis qu’ils maudissent (« enfer posé sur les flots », « atoll de désolation »). Des personnages qui forment un microcosme signifiant, reflet de la société qui les a rejetés mais à laquelle ils restent attachés, coûte que coûte, en reproduisant sur leur bout de terre un semblant d’organisation sociale ; soulignons cependant que ces figures certes emblématiques (le prêtre, le militaire, la putain, le commerçant et l’esclave) ne sont jamais monolithiques ou fonctionnelles, en dépit de la théâtralité qui émane de l’ensemble, mais restent très attachants malgré leurs tares ou leurs défaillances.

    Ce qui ressort de ces portraits nous concerne tous : donner un sens à une existence dérisoire (et parfois à un passé qui ne l’est pas moins), trouver une logique au chaos de la vie, dépasser l’horizon unique auquel chacun de nous a pu s’accoutumer… Qu’espèrent encore Ma Pouta, Trinité, Pétino, Corentin et Ah You ? Une rédemption possible pour les crimes commis (ou dont ils ont été injustement accusés) ? Un pardon ? Pas vraiment. Une délivrance, peut-être ? Un départ de l’atoll ? Un retour, en tout cas, à la « civilisation » qui les a abandonnés. En revanche, le naufragé Kerlan semble en quête de tout autre chose – d’une libération, mais qui se traduirait d’une autre manière, tant il aspire à la solitude que l’île, loin d’être déserte, ne pourra lui offrir qu’une fois les autres partis ou morts.

    Sur le mode de la robinsonnade (du naufrage à la délivrance – qui ne revêtent pas le même sens pour tous), Jean-Marie Dallet tisse un roman jubilatoire, où le huis clos n’a rien d’étouffant, où règne une atmosphère au contraire souvent joyeuse et cocasse – un récit hors normes, entre réalisme cru et allégorie poétique, qui s’achève sur une touche de sérénité, une échappatoire à l’enfer du monde et de la civilisation. Une oeuvre brève, dense, polyphonique et savoureuse, à laquelle on se hâtera d'aller goûter.

    (B. Longre, mai 2008)

    http://www.editionsdusonneur.com/

    Depuis Les Antipodes, édité au Seuil en 1968 et préfacé par Marguerite Duras, Jean-Marie Dallet a écrit une quinzaine de romans, dont Dieudonné Soleil, qui obtint la Bourse Goncourt du récit historique. Il a toujours « navigué » entre la Méditerranée, le Pacifique Sud et Paris. Encre de guerre est son deuxième roman publié aux Éditions du Sonneur.

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  • Les retourneurs d’idées

    1613920733.jpgRevue Brèves n°84, janvier 2008
    L'Atelier du Gué, revue trimestrielle

    Des auteurs libres, des lecteurs libres

    "Un livre n'est pas un évangile à prendre en entier ou à laisser. Il est une suggestion, une proposition - rien de plus. C'est à nous de réfléchir, de voir ce qu'il contient de bon et à rejeter ce que nous y trouverons d'erroné." (Kropotkine, 1909)

    Les livres relatant, commentant, louant, commémorant (etc.) Mai 68 pullulent dans les librairies (et pas seulement libertaires) et puisqu’on se trouve en plein revival rebelle, parlons aussi du numéro 84 de la revue Brèves (créée en 1976 par Martine et Daniel Delort - « doyenne des revues de nouvelles », comme l’écrit René Godenne dans La nouvelle de A à Z – éditions Rhubarbe), consacré aux « retourneurs d’idées » : les écrivains anarchistes de la fin du XIXe siècle. L’anarchie, un « mouvement qui va le mieux permettre aux écrivains de concilier engagement et liberté » (nous dit Caroline Granier dans sa lumineuse introduction), très loin de toute idéologie figée, du dogmatisme et de la langue de bois des politiciens (de droite ou de gauche), et les amener à transmettre et à s’engager par le biais de leurs écrits, prenant conscience du rôle « social » de l’écrivain mais aussi de son indépendance, vis-à-vis des pouvoirs en place ou de leurs pairs.

    Il ne s’agit pas, en effet, d’un « mouvement » littéraire unifié, même s’il est possible de « cerner un ensemble de tentatives, de réalisations, dont le projet vise à ne pas séparer la littérature des autres manifestations de la vie. » Littérature de réflexion et de lutte, donc (qui doit cependant éviter l’écueil de la propagande) mais aussi d’émotions (plus parlantes que les grandes théories), les écrits de ces « retourneurs » ou « stimulateurs d’idées » incitent les lecteurs à s’affranchir des « fictions sociales » et de la domination en général (celle du capital, de l’économie ou des arbitraires), en s’appuyant sur des histoires, des contes ou des fables, mais aussi des chansons, du théâtre, des romans et, bien évidemment, des nouvelles… dont un échantillonnage est proposé dans ce numéro, de Florentine, de Georges Darien, aux Vampires de Louise Michel (un récit où nécrophagie, faits divers et injustice sociale sont mêlés), sans omettre L’arrivée du colon d’Isabelle Eberhardt (une voyageuse dont on lira une autre nouvelle dans l’anthologie d’Eric Dussert, La littérature est mauvaise fille), Le Noyé de Victor Barrucand (un texte très moderne par sa forme oralisée), ou encore des auteurs plus connus, comme Octave Mirbaud ou Jules vallès.

    Eric Dussert, de son côté, s’est penché sur le cas de l’énigmatique Flor O’Squarr, qui relate, dans Sous la Commune, une histoire d’amour non moins énigmatique (où une jeune femme refuse de se donner à son amant à moins de se sentir en danger…) et dont le livre documentaire, les Coulisses de l’anarchie (1892), s’est vu d’emblée fermement critiqué par les vrais anarchistes. Pour clore ce numéro spécial, un hommage est rendu à la revue « d’art et d’humeur » Le Fou parle, créée en 1977 par Jacques Vallet, Albert Meister et Philippe Ferrand, et disparue en 1984, dans un dossier dédié à cette aventure collective en marge, forcément dérangeante, qui se revendiquait du courant libertaire.
    (B. Longre)

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    http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/-Atelier-du-Gue-.html

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