2008.10.25
Leçon d'archéologie
« Le verbe le plus ancien qui ait signifié travailler est ouvrer (…) Il n’a pas dépassé le XVIe siècle et ne subsiste plus que dans l’expression fer ouvré, « fer façonné à la forge ». (…) Cette disparition est d’autant plus remarquable qu’ouvrer était soutenu par toute une série de noms indiquant le travail et son résultat (…) : œuvre, ouvrage, ouvrier… (…) Mais ouvrer n’a pu se dégager de l’homonymie avec ouvrir. Des formes telles que nous ouvrons, vous ouvrez, étaient communes aux deux verbes… (…).
Le verbe qui, en fait, a succédé à ouvrer, est travailler.
Pour l’expliquer, il faut partir d’un mot latin d’époque mérovingienne, tripalium, qui se trouve dans les décisions du concile d’Auxerre (578). Ce mot qui, par son étymologie, signifie « machine faite de trois pieux », désigne dans ce texte un instrument de torture. (…)
La notion de « travailler », essentielle à la civilisation moderne, s’exprime par un verbe qui évoquait à l’origine l’idée de « tourment ». Mais il ne faudrait pas tirer de ce fait des conclusions excessives : travailler ne s’est imposé que parce que l’ancien verbe ouvrer s’est trouvé défaillant. »
Georges Gougenheim, Les mots français dans l’histoire et dans la vie, Omnibus, 2008
Comme on l’aura compris à travers cet extrait, le grammairien se fait explorateur, archéologue, et analyse le langage avec une justesse remarquable - quitte à revenir sur quelques idées reçues.
15:03 Publié dans Essais & non-fiction, Langages | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : georges gougenheim, linguistique, travailler, tripalium
2008.10.20
Lugubre célébration
Hontes
Confessions impudiques mises en scène par les auteurs
anthologie composée par Robin Robertson, traduction de Catherine Richard - Ed. Joëlle Losfeld
Où l'on découvre que les écrivains sont parfois des êtres humains ...
Robin Robertson, poète écossais, a convaincu plusieurs dizaines d'écrivains anglophones d'avouer sur le papier quelques-uns des épisodes les plus humiliants de leur carrière… Ces confessions sont réunies dans un ouvrage atypique où l’on découvre que des auteurs en majorité célèbres ont tous connu (et connaîtront certainement à nouveau) des moments bien pénibles à vivre ; on compatit, certes (dans la majorité des cas, personne n’aimerait se retrouver à leur place…) mais on ne peut s’empêcher de se réjouir de ces mésaventures parfois douloureuses, en prenant conscience qu’après tout, la gloire littéraire est tout aussi éphémère que d’autres formes d’hommages. La force de l’ouvrage tient principalement au fait que c’est justement ce fantasme de l’écrivain intouchable qui, du début à la fin, est mis à mal, ce « culte de l’intellectuel littéraire » qui fait tant horreur à Louis de Bernières (en particulier en France, où il « atteint des sommets délirants ») ; cet individu imaginaire, à jamais enfermé dans un monde parallèle qui ne serait pas celui du commun des mortels, n’existe pas ; si ce n’est déjà fait, cette anthologie est là pour le prouver.
Il est bien évidemment impossible de résumer ici toutes les croustillantes déconvenues qui constituent ce recueil – narrées avec une bonne dose d'humilité – mais on peut s’arrêter sur quelques-uns de ces éprouvants incidents de parcours que les victimes regardent, a posteriori, avec humour. La plupart de ces épisodes s’inscrivent dans un contexte littéraire – lors de rencontres avec le public (parfois si clairsemé que ç’en est déjà une humiliation en soi), de salons, de tournées promotionnelles ou des éternelles séances de signatures (souvent un véritable pensum pour les écrivains, qu’on se le dise…). Ainsi, Margaret Atwood se souvient entre autres de sa toute première séance de dédicace, dans un grand magasin, quand on l’installe « dans le rayon des chaussettes et sous-vêtements pour homme », entourée d’une pile de son roman La femme comestible ; et de conclure, « Ce jour-là, j’ai vendu deux livres. » Rien à voir avec Chuck Palahniuk, qui raconte comment certaines séances se transforment presque en émeutes, tandis que Jonathan Coe évoque plusieurs souvenirs humiliants qui l’ont amené à « forger la même résolution (…) : ne plus aller me fourrer dans ce genre d’événements. Rester à la maison, assis à mon bureau, comme sont censés le faire les vrais écrivains. » - et pourtant, il continue. D’autres anecdotes à recommander : celle du poète Matthew Sweeney qui perd une dent en public, la bourde de jeunesse racontée par André Brink, la cuite d’Irvine Welsh, l’amusante erreur du poète Andrew Motion ou le cauchemardesque salon du livre de Bordeaux, tel que Paul Bailey l’a vécu…
On rit aussi beaucoup du texte concocté par Simon Armitage, poète et romancier, qui a l’habitude de sillonner les routes et qui a choisi de proposer un « medley » de ses pires moments… Une synthèse hilarante et fantaisiste, où tout est pourtant vraisemblable, et qui se rapproche de nombreuses autres expériences d’auteurs invités çà et là à venir lire des extraits de leurs écrits. Des expériences mortifiantes, dégrisantes, qui font de cet ouvrage une somme chaleureuse de moments de bravoure uniques en leur genre, incitant pourtant à souscrire au point de vue d’A.L. Kennedy (« Les rassemblements littéraires sont à éviter »). Seul regret, que les auteures soient sous-représentées (une petite dizaine seulement) ; mais ceci n’est pas dû à l’anthologiste, ainsi qu’il s’en explique en postface ; d'après lui, «le mâle de l’espèce humaine est plus enclin à l’indignité »…
(B. Longre)
10:13 Publié dans Critiques, Essais & non-fiction, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littératures, auteurs, hontes, confessions, robin robertson, joëlle losfeld, anthologie
2008.10.14
Un « mieux vivre ensemble »
La transformation de l'intimité d'Anthony Giddens
Sexualité, amour et érotisme dans les sociétés modernes
traduit de l'anglais par Jean Mouchard
Le Rouergue / Chambon, 2004 - Hachette Littératures, Pluriel, 2006
Esquisse d'une carte de l’intime : de l'inéluctable disparition du patriarcat phallocentrique à l'émergence d'une relation pure, débarrassée de toute binarité.
À une époque où certaines publications profondément pernicieuses racontent tout et n'importe quoi et font du neuf avec du vieux (en véhiculant les perpétuels schémas sclérosés d'un patriarcat hétérosexuel confortable et d'un différentialisme rétrograde, en prétendant dévoiler les prétendues "énigmes" de la binarité masculin/féminin), l'ouvrage du sociologue britannique Anthony Giddens, professeur à Cambridge, mérite d'être présenté, ne serait-ce que parce qu'il ouvre des champs de réflexion (dont on n'entend pas suffisamment parler en France) et qu'il s'inscrit dans un mouvement sociologique qui prône réciprocité et égalité entre les individus, quel que soit leur sexe biologique, leur genre ou leur orientation sexuelle. Giddens, rationaliste et visionnaire, classique et post-moderniste, réconcilie les contraires.
Les analyses (synchroniques et diachroniques) de l'auteur vont bien au-delà de la simple dénonciation des intolérables disparités qui subsistent dans nos sociétés occidentales, et l'angle de vue pour lequel il opte dépasse l'impuissance du constat. Chacun sait qu’en apparence, peu de choses ont changé, il n'en demeure pas moins que des évolutions sociales profondes ont vu le jour ; que l'on assiste à une modification des rapports de force et des rapports tout court (amoureux et érotiques) au sein des couples qui se font et se défont, au rythme des désirs et/ou des sentiments. Si le statut des femmes dans la vie publique n’a pas évolué de manière significative, il en est autrement dans le domaine des rapports amoureux et des pratiques sexuelles ; ces dernières, tout particulièrement, se sont multipliées et diversifiées et on a vu naître, dans la deuxième moitié du XXe siècle, un phénomène égalitariste nouveau.
Quand le phallus devient pénis
Mais le sociologue se démarque d'autres chercheurs en insistant sur le rôle d’avant-garde joué par les femmes, sans qui ces transformations n'auraient vu le jour : "Aujourd’hui, pour la première fois dans l'histoire, les femmes revendiquent leur pleine et entière égalité avec les hommes." Une révolution générée par des femmes désirant s'émanciper, mais aussi par des minorités sexuelles en mal de reconnaissance ("l'émergence de l'homosexualité dans la sphère publique" a eu "des conséquences capitales sur la vie sexuelle en général.", et a permis l'éclosion de nouvelles libertés, la diversification de pratiques qui ne sont plus considérées comme des perversions - du moins par la majorité) ; si la sexualité de tous est aujourd'hui "affranchie des exigences de la reproduction", libérée des contraintes de la biologie et de la morale, c'est bien parce que des femmes ont combattu, entre autres, pour le droit à la contraception et à l'avortement et, dans la sphère privée, pour une répartition démocratique des rôles. Ces transformations entraînent nécessairement une redéfinition de la virilité et de la fonction du masculin et c'est ainsi que le phallus, en tant qu'objet symbolique, se voit dépossédé de ses prérogatives d'antan : "L'idée voulant que telle ou telle croyance et action conviennent à un homme et non à une femme, ou inversement, est inéluctablement vouée à disparaître au fur et à mesure que le phallus, si l'on me passe l'expression, se rétrécit en pénis."
La relation "pure"
Anthony Giddens interroge la sexualité moderne en s'intéressant d'abord aux rapports entre les individus et aux liens entre sexualité et amour (se démarquant ainsi de la pensée foucaldienne, qui ignore le concept amoureux) : il ne cesse de développer, tout au long de ce passionnant ouvrage, l'idée d'un contrat intime négocié au quotidien, un pacte qu'il nomme "relation pure", rendu possible à la fois par la dissociation de la sexualité et de la procréation ("une séparation aujourd'hui entièrement achevée") et par la démocratisation des relations dans la sphère privée. L'assimilation amour / mariage / maternité / éternité n'est plus un carcan dans le cadre de cette relation pure, mais peut en découler, selon les désirs partagés des partenaires, et cette réciprocité transcende la binarité masculin / féminin. L'auteur revient en particulier sur les absurdes clichés qui font de la femme un être d'émotion et de l'homme un être d'action, qui associent la première au sentiment amoureux et l'autre au désir sexuel, en montrant que chaque individu, masculin ou féminin, a une vulnérabilité émotionnelle et des capacités pour agir. Tout n’est donc qu’affaire de culture et d’éducation… Une pensée qui rejoint celle d’Elisabeth Badinter ou les éclairantes analyses de Georges-Claude Guibert.
Conscient du long chemin qui reste à parcourir pour que "l'amour convergent" s'enracine socialement (la démocratie "ne suffit pas en tant que telle"), tout en acceptant les entre-deux et les variantes, l'auteur ose aller plus loin encore en esquissant la silhouette d’un être humain idéal, proche de l'androgyne, dans une société transgénérique débarrassée de sa dualité, autre que biologique : "plus s'accroît égalité entre les deux sexes, plus les formes préexistantes de masculinité et de féminité ont des chances d'évoluer vers une sorte de modèle androgyne." – on remarquera que là encore, ce sont les femmes qui sont pionnières en la matière.
L’interdépendance : une notion récurrente.
Il reste que la démocratisation de la sphère intime n'influence pas nécessairement la sphère collective et les retombées dans les domaines politiques ou professionnels sont paradoxalement minimes : l'auteur fait montre d'un optimisme à toute épreuve et s'avance peut-être en décrivant l'interdépendance des deux domaines ; il insiste sur l'idée que l'émancipation individuelle, "dans le contexte des relations pures, est riche d'implication pour la pratique démocratique au sein de la communauté tout entière." Mais on peut se permettre d’en douter. Anthony Giddens étaye sa thèse d’une analogie inattendue entre les conflits internationaux et les conflits personnels et la façon dont ils se règlent (entre pression et oppression), montrant comment les négociations internationales pourraient prendre exemple sur ce qui se passe dans le champ individuel, quand les négociations sont menées sur des bases égalitaires, démocratiques et de respect mutuel… Tout ceci demeure pourtant un vœu pieux, mais i’interdépendance macrocosme/microcosme est l’un des thèmes de prédilection de ce chercheur pour qui l’homme est avant tout un être de culture : en passant d’un microcosme à un macrocosme, le sociologue démontre la flexibilité du phénomène démocratique.
Une troisième voie...
Anthony Giddens, ancien directeur de la London School of Economics, est célèbre pour l’influence politique qu’il a exercée sur Tony Blair, lui soufflant les principes de la «troisième voie» (the Third Way) si chère au New Labour (nouveau parti travailliste) ; en dépit des dérives sociales et politiques que ces théories ont fait naître en Grande-Bretagne, il demeure qu’avec cet ouvrage (où il n’est nullement question du premier ministre britannique), le sociologue élabore les bases d’une authentique « troisième voie » des liens amoureux et érotiques dans les sociétés occidentales, en insistant sur la résolution modérée et nuancée des conflits intimes et en reléguant loin derrière nous les vieilles querelles simplistes qu’impose une division dualiste des groupes d’individus : en s’opposant à la domination de l’un ou de l’autre de ces groupes (extrémistes de tous bords, que ce soient les hommes encore persuadés de leur supériorité « naturelle » ou les féministes essentialistes – pour qui l’hymne à la nature est le plus fort, prônant une séparation totale des sexes), il nous propose tout simplement d'apprendre à vivre en bonne intelligence.
(Blandine Longre)
Quand certains élèvent le débat, d'autres abusent de la crédulité ambiante en proposant de soi-disant "manuels" permettant de mieux vivre... Parmi les ouvrages que nous ne conseillons pas citons ceux-ci (dont les titres affligeants résument d'eux-mêmes leur ambition différentialiste et toute leur portée scientifique...) :
Pourquoi les hommes n'écoutent jamais rien. Pourquoi les femmes ne savent pas lire les cartes routières (Allan et Barbara Pease) et, des mêmes, Pourquoi les hommes mentent. Pourquoi les femmes pleurent. Pourquoi les hommes se grattent l'oreille...et les femmes tournent leur alliance ? : Comment le langage du corps révèle vos émotions. Du même acabit : Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus de J. Gray.
00:02 Publié dans Critiques, Essais & non-fiction, Luttes | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sociologie, anthony giddens, intimité et sexualité, féminisme, phallocentrisme
2008.10.05
Ce que je lis...
Hormis quelques manuscrits en cours de lecture, je tâche d'avancer (lentement, il faut l'avouer) dans des ouvrages pour la plupart bien entamés ou sur le point d'être achevés (soyons optimiste...). Voici donc, très vite et en vrac...
Remington, roman de Joseph Incardona (Fayard noir), dont j'aime beaucoup le ton désenchanté, et dont le titre fait référence à l'outil de travail du narrateur...
Plus sombre encore, dans une autre collection "noire" : Vendeur de cauchemars d'André Benchetrit (DoAdo... noir, Le Rouergue), qui oscille entre réalité et fantastique.
Dans un tout autre genre, j'apprécie le style fluide et la narration déstructurée de Fenêtre sur l'abîme de Sumana Sinha, qui signe là son premier roman (Editions de la différence). Myriam présente l'auteure ici .
Du côté des essais, hormis celui-ci, je me suis intéressée à un ouvrage que les éditions Métailié remettent en vente : Signes d'identité, Tatouages, Piercings et autres marques corporelles de David Le Breton, dans la collection Traversées - l'occasion de me plonger dans une étude passionnante, où l'auteur analyse et commente, sans porter aucun jugement moral (ce qui, entre nous, change un peu).
De même, un autre ouvrage mérite un (large) détour : Portraits du jour de Marc Kravetz (Editions du Sonneur), dans lequel l'auteur a posé par écrit 150 de ses chroniques radiophoniques pour France-Culture. Pour faire le tour du monde (plusieurs fois de suite) en restant chez soi et profiter de l'érudition d'un grand reporter.
Je ne me risque pas à énumérer les nombreux albums jeunesse lus ces temps, ni même les ouvrages en souffrance ou qui attendent d'être chroniqués, néanmoins, je recommande un livre important, dont je parlerai prochainement : un récit publié aux éditions L'escampette et signé Jacqueline Merville (l'auteure, entre autres, de Black Sunday), Juste une fin du monde, véritable "traversée de l'insensé", presque irracontable - alors qu'il faut bien trouver les mots pour en parler.
Pour finir, je découvre aussi peu à peu les derniers numéros de la revue Lecture Jeune, qui traite de la lecture chez les adolescents et que publie l'association Lecture Jeunesse.
Parmi eux, un numéro consacré au monde virtuel(n° 126, juin 2008), qui propose une réflexion sur la place des blogs dans le quotidien des jeunes, sur l'impact des pratiques virtuelles sur les adolescents, confrontés (comme nous tous, mais peut-être davantage encore) à une nouvelle forme de socialisation.
Le tout dernier numéro (127) se penche sur le travail de l'auteure Valérie Dayre et propose toujours de nombreuses notes de lecture, portant sur des romans dont certains ont été évoqués sur ce blog.
(On peut lire quelques articles en ligne une fois les revues archivées sur le site).
02:27 Publié dans Critiques, Essais & non-fiction, Lectures en cours..., Littérature étrangère, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, lectures, romans, essais, revues, en vrac
2008.10.01
Tour d’horizon
De nombreuses lectures achevées et peu de temps pour en parler ces jours… Je tiens néanmoins à en dire quelques mots.
Du côté des romans, j’ai lu Je n’ai plus 10 ans (Neuf de l’Ecole des loisirs), de Thomas Gornet, dont j’aime beaucoup le ton et le style minimaliste – entre naïveté et sagacité. Dans ce récit en apparence paisible, ancré dans le quotidien, la parole candide, souvent littérale, du jeune narrateur est constamment en décalage avec les tensions ténues qui affleurent ; sa grande solitude face au monde adulte (qui rejette, parfois par déni, parfois en pensant agir pour son bien, les amorces de dialogue que le garçon tente de mettre en place) est palpable tout au long du roman, tout comme son désarroi. On pourra lire sur Sitartmag l’article que Madeline Roth consacre à ce roman destiné à un large lectorat.
http://thomasgornet.blogspot.com/
http://www.ecoledesmax.com/portail/
Amoureux grave d’Élisabeth Brami et de Philippe Lopparelli (T. Magnier, collection Photoroman) met en scène, avec une grande finesse, une autre solitude : celle d’un jeune homme, le temps d’un week-end – une solitude soudain troublée par l’arrivée d’e-mails dont l’expéditeur reste anonyme. Paul est un personnage très vraisemblable, construit avec soin, et l’on se sent proche de lui dès les premières pages ; il souffre d’être « la honte de la famille » parce que littéraire dans une famille de scientifiques, de devoir cacher ses angoisses à sa mère envahissante et de supporter des pulsions, pourtant fort naturelles, qui le mettent mal à l’aise. À travers l'étrange dialogue qui s’instaure via l’écran, Paul retrouve un semblant d’espoir – ou du moins de quoi avancer, temporairement. La manière dont Élisabeth Brami a su intégrer les photographies de Philippe Lopparelli au cœur même du récit est très habile et permet de souligner davantage encore leur présence. J’invite à lire le point de vue de Joannic Arnoi, plus élaboré que le mien.
Dans la même collection, on peut lire Les Giètes de Fabrice Vigne (qui se « réjouissait » ici de ce que certains « critiques » avaient pu en dire…), avec des photos d’Anne Rehbinder, ou encore Derrière le rideau de pluie de Guillaume Le Touze, photographies Michel Séméniako.
Dans un tout autre genre, j’ai lu le premier tome de la série Atlantis, L’Héritière, écrit à quatre mains par Christine et Madeleine Féret-Fleury (Hachette romans). L’écriture est d’une grande précision et l’histoire de la jeune Adel, qui s’enfuit de l’orphelinat où elle est maltraitée, est bien menée, ponctuée de multiples références à la littérature d’aventure, entre autres à Jules Verne. On apprécie le suspense, toujours ménagé, et la narration alternée – le parcours d’Adèle, entre deux mondes (le réel et un univers parallèle qui intrigue d'emblée), et la quête d’un inconnu prêt à tout pour mettre la main sur la fillette. Des énigmes, de multiples rebondissements, beaucoup d'inventivité, et une héroïne dont la naïveté première n'amenuise en rien ses côtés batailleurs.
On peut lire un extrait en ligne.
Quant à Une petite chance, de Marjolijn Hof (traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron, Seuil jeunesse, collection Chapitre), cela faisait un moment que je souhaitais en parler. Un roman à la fois grave et léger, très audacieux dans son propos. On y découvre une petite fille aux prises avec des angoisses qu’elle tente d’apaiser en échafaudant des stratégies déroutantes, qui témoignent pourtant d’un sens logique étonnant. Une façon comme une autre de conjurer la mort possible de son père médecin, porté disparu. D’aucuns verront là une morbidité qui ne devrait pas avoir sa place en en littérature jeunesse… Est-il utile de répéter que la mort et son lot d’angoisses sont communs à tous ? Rien de malsain, en tout cas, dans ce court roman dont la justesse de ton est fort appréciable, car au-delà de la « thématique », l’auteure a donné vie à un personnage complexe, loin de tout stéréotype, que l’on découvre intimement à travers de nombreux dialogues bien menés et de menues anecdotes d’un quotidien qui se voit soudain bouleversé.
Justement, j’ai sous les yeux un ouvrage qui a retenu mon attention : Ces livres qui font grandir les enfants, de Joëlle Turin (Didier jeunesse, collection Passeurs d’histoires). L’auteure développe nombre d’analyses pointues à partir d’un matériau d’une grande richesse : l’album jeunesse. Contrairement à ce que le titre pourrait laisser entendre, il n’est nullement question d’ouvrages didactiques ou formatés, mais de livres qui « ne s’embarrassent pas d’intentions pédagogiques explicites, de principes éducatifs affirmés et trop évidents, de propos lénifiants censés protéger le jeune lecteur de tout traumatisme. » Des albums dont les niveaux de lecture multiples font qu’ils sont pétris d’implicite : tout en donnant du plaisir au lecteur (enfant ou plus grand…), ils sont susceptibles de susciter nombre d’émotions et de questionnements, en lien direct avec le quotidien, mais aussi de participer au développement de la vie psychique et de l’imaginaire de chacun. L’auteure a choisi quelques grands thèmes (le jeu, les peurs, les « grandes questions » - la vie, la mort, les origines - les relations avec autrui, les chagrins) autour desquels elle bâtit ses analyses, toujours à l’aune d’albums représentatifs et tous différents les uns des autres (de Claude Ponti à Anaïs Vaugelade, en passant par Beatrix Potter ou Quentin Blake), nécessairement singuliers, sans jamais instrumentaliser son objet d’étude : les livres, écrit-elle entre autres, ne sont pas « des outils thérapeutiques », mais des « œuvres artistiques ». Et on lui en sait gré.
À propos d’album, et pour finir en beauté, un grand format que je recommande tout particulièrement : le dernier-né de Claudine Desmarteau, Mes années 70 (Panama), qui donne sacrément envie de (re)descendre dans la rue, de clamer « peace and love » ou d’écouter du Janis Joplin… L’impertinence salutaire et l’humour vivifiant de ce revival se goûtent sans modération et l’auteure, qui parle d’expérience, a l’habileté de mêler souvenirs personnels (sa garde-robe, ses lectures, ses goûts et ses activités, etc.) et thèmes plus vastes (libération de la femme, interdits et progrès sociaux, mode et musique, politique, etc.) ; une façon d’offrir une fresque variée, entre documentaire très subjectif et album de famille, qui met en avant la culture, au sens large du terme, caractéristique de l’époque. La drôlerie de l’ensemble permet de toucher un vaste lectorat - certains pourront revivre leur enfance en partie, d’autres (plus jeunes), n’en reviendront pas de découvrir qu’il est possible de survivre sans mangas ni mp3, affublés de sous-pulls synthétiques et entourés d’affreux papiers peints orange… c’est à eux que l’album, (où l’auteure ne craint pas de représenter des corps nus ou des hippies le joint au bec) s’adresse avant tout (« Quand j’avais ton âge, c’était les années 70 »).
http://www.desmarteau.fr/index.html
01:15 Publié dans Critiques, Essais & non-fiction, Lectures en cours..., Littérature étrangère, Littérature francophone, Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, albums, jeunesse, thomas gornet, elisabeth brami, marjolijn hof, christine et madeleine féret-fleury
2008.09.15
Grand traité d'esthétique mathématique
Compter le monde, la naissance des nombres de Nouchka Cauwet, ill. de Patricia Reznikov - éditions Belize, 2008
Après Ecrire le monde et Parler le Monde, Nouchka Cauwet offre un autre ouvrage tout aussi réussi que les précédents, qui se penche cette fois sur l’histoire des chiffres et de leurs combinatoires ; un ouvrage ludique, vivant et encyclopédique qui passionnera même les plus réticents des écoliers…
Tout débute par un petit conte astucieux qui dévoile comment l'humanité en est venue, au fil des siècles, à devoir inventer un moyen pour dénombrer les objets sans perdre trop de temps. D’abord très concrètement, à l’aide de cailloux (d’où le terme « calcul », tout droit descendu du latin « calculus », « le petit caillou »), d’encoches gravées dans des os, de cordelettes ou de petits cônes d’argile, puis, selon les régions du monde, à l’aide d’idéogrammes, de pictogrammes ou de hiéroglyphes, des codes qui permettent de simplifier les calculs. Après nous avoir appris que c’est aux savants indiens que l’on doit l’invention des chiffres actuels (ainsi que le zéro et l’idée de la position du chiffre dans le nombre), un système arrivé en occident par l’intermédiaire des Arabes, l’auteure entreprend de raconter avec précision la genèse de chaque chiffre, du 0 au 10. L’agencement de chaque double page reprend celle qui avait été adoptée pour les lettres de l’alphabet : des éclaircissements étymologiques, historiques et scientifiques et, en regard, ou en accompagnement, une approche artistique, à travers diverses reproductions picturales – le Zéro de Jasper Johns, les Trois personnages d’Aurélie Nemours, L’Autoportrait aux sept doigts de Marc Chagall ou encore les Ten Lizes de Warhol – et des extraits poétiques – Desnos, De Vigny, Baudelaire, etc.
Plus loin, le lecteur pourra « jongler avec les nombres » et, sur près d’une vingtaine de pages, s’amuser avec les peintres ou résoudre de petites énigmes mathématiques. La mise en page aérée, la variété des décors (illustrations, photographies, schémas, peintures, etc.) conjuguée à une typographie qui se fait parfois mouvante et s’échappe de la ligne, les jeux et les problèmes proposés au lecteur, la grande clarté des textes et des explications… Faut-il en dire davantage pour convaincre de l’excellence de cet ouvrage unique en son genre, qui s’efforce, à chaque instant, d’impliquer son lecteur et de le rendre actif, tout en éduquant son regard et éveillant sa sensibilité à l’art ?
(B. Longre)
Cet ouvrage est publié dans la collection "Pour comprendre le monde", dirigée par Sophie Comte-Surcin. à paraître : Regarder le monde, la naissance d'une image. Il avait fait l'objet d'une première édition aux éditions Belem.
21:44 Publié dans Critiques, Essais & non-fiction, Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, nombres, bélize, nouchka cauwet
2008.09.05
Mai 68, creuset pour les sciences de l’homme ?
Du 10 au 12 septembre, se tiendra à Paris un colloque d’histoire des sciences - organisé par Olivier Orain (Chargé de recherches au CNRS, UMR Géographie-cités), Bertrand Müller (Chargé de cours, université de Genève) et la Société française pour l’histoire des sciences de l’homme (SFHSH).
"au-delà des dithyrambes et des procès, il est temps désormais d'examiner plus froidement, avec le recul de 40 années, la place de Mai-1968 par rapport aux transformations des sciences de l'homme dans les années 1960-1970."
Programme détaillé (entrée gratuite, dans la limite des places disponibles)
Mai 68 : quelques ouvrages chroniqués dans Sitartmag.
Mon Mai 68 d'Alain Geismar (Perrin)
Mai 68, photos de Göksin Sipahioglu (Scali)
Et un entretien avec Antoinette Fouque, par Jocelyne Sauvard : "de Mai 68 à Octobre 2008 et prolongations"
11:24 Publié dans Essais & non-fiction, Salons, prix, rencontres | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mai 68, colloque, olivier orain, sitartmag
2008.07.15
Lointaine rentrée & lectures

Êtes-vous traditionaliste et lisez-vous tout ou partie de ce que certains médias littéraires annoncent comme des lectures quasi obligatoires ? Ou bien la rentrée de septembre, idiosyncrasie franco-française, ne vous intéresse-t-elle que de loin ? Il est vrai qu'on se noie si vite dans la masse des parutions (plus de 600 romans cette année) qu'on rate souvent d'excellents ouvrages qui seraient passés moins inaperçus en temps habituel. Rester en retrait, en continuant de lire ce qu'on a prévu et envie de découvrir, sans s'agiter si on rate les supposés incontournables dont on nous rebat les oreilles (et dont on se passera) et sans aucun regret, paraît plus raisonnable. Les romans ci-dessous paraîtront fin août ou début septembre et même si je ne peux les lire tous avant la date fatidique (et même si je ne les lis que plus tard) je les mets de côté, soit par curiosité, soit parce que j'apprécie déjà le travail des auteur(e)s en question.
Le petit Gus de Claudine Desmarteau - Panama.
Le second roman de l'auteure, après Trouilleland, sans oublier Salpote et Cie.
L'âge d'ange d'Anne Percin - L'école des loisirs
Après Né sur X, Point de côté ou Servais des Collines...
Fenêtre sur l'abîme de Sumana Sinha - La Différence
On retrouve l'auteure sur auteurstv.
Mari et femme de Régis de Sa Moreira - Diable Vauvert
Le postulat de départ : un homme se réveille dans le corps de sa femme et vice-versa.
Laver les ombres de Jeanne Benameur - Actes Sud
Après Présent ?
Je n'en oublie pas les autres pour autant, qui attendent, non pas mon bon vouloir, mais quelques-unes de mes heures de liberté, et suite à des choix drastiques, je vais tâcher de lire ces quelques ouvrages dans les semaines/mois (?) à venir (je ne dresse pas la liste des albums et des textes de théâtre, deux autres piles distinctes).
Cinq vivants pour un seul mort de Catherine Lovey, dont j'avais apprécié le premier roman, L'Homme interdit, a paru aux éditions Zoé.
Candelaria ne reviendra pas de Mercedes Deambrosis, vu par Marko Velk, est l'une des nouvelles publications des éditions du Chemin de fer (lien ci-contre, à droite) dont je suis le travail depuis les débuts, une maison qui propose une belle interaction texte-images.
Bientôt l'été de Frédérique Bertrand, sorti chez Esperluète, un ouvrage graphique inclassable.
Far west / extrême-orient de Philippe Testa est sorti il y a près de 4 ans, mais je découvre les éditions Navarino et leur petit catalogue.
Caprices de Chine, de Stéphane Fière (auteur de l'excellent La Promesse de Shanghai - éditions Bleu de Chine), paru récemment aux éditions de l'Aube, propose des vues de la Chine entre nouvelles et reportages.
Les Portraits du jour de Marc Kravetz, 150 histoires pour un tour du monde, sont sorties aux éditions du Sonneur, en partenariat avec France Culture, où l'auteur officie toujours, dans l'émission Les Matins.
Rêver, grandir et coincer des malheureuses de Frédéric Recrosio, sous-titré "biographie sexuelle d'un garçon moyen" (Intervista, collection Les Mues) fera l'objet de quelques instants de détente (je l'ai déjà entamé et le tout est bien observé et très drôle).
Plus sérieux mais pas moins palpitant, A Coney Island of the Mind et autre poèmes de Lawrence Ferlinghetti, vient de paraître aux éditions Maelstrom, suite à la publication d'un précédent recueil bilingue de ce célèbre poète-éditeur (fondateur de la librairie indépendante City Lights de San Francisco), Blind Poet.
Amoureux grave d'Elisabeth Brami est sorti dans la collection Photoroman des éditions T. Magnier, accompagné des photos de Philippe Lopparelli. Joannic en parle ici.
Rendez-vous sur le lac, de Cathy Ytak, est réédité par La Cabane sur le chien, avec une jolie couverture de Corinne Salvi (l'auteure en parle ici).
Le visage retrouvé d'Erik Poulet-Reney (Seuil jeunesse, collection Karactère(s)), un roman intergénérationel, entre présent et passé. Du même auteur, j'avais aimé Les Roses de cendre.
Toujours dans une collection jeunesse, Apocalypse Maya de Frédérique Lorient, l'un des premiers titres de la nouvelle collection d'anticipation Soon, dirigée par Denis Guiot chez Syros.
Burquette de Francis Desharnais, une bande dessinée québécoise parue aux 400 coups, qui s'interroge sur la "mode" de la burqa...
Histoires maigres, paru aux éditions du Passage du Nord Ouest, est une compilation de nouvelles écossaises traduites de l'anglais par Catherine Richard - "une bonne introduction à l'Ecole de Glasgow", qui compte plusieurs auteurs engagés.
Dans un tout autre genre, Drôle de temps pour un mariage de Julia Strachey (Quai Voltaire / La table ronde, traduit par Anouk Neuhoff), publié en 1932 par The Hogarth Press, la petite maison d'édition de Virginia Woolf et de son époux Leonard, semble être un petit roman (ou une longue nouvelle...) plutôt cocasse.
Entre le chaperon rouge et le loup c'est fini, de Katarina Mazetti (traduit du suédois par Max Stadler et Lucie Clauss, éditions Gaïa) fait suite à Entre dieu et moi, c'est fini - l'un de mes incontournables...
00:05 Publié dans Critiques, Essais & non-fiction, Lectures en cours..., Littérature étrangère, Littérature francophone, Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, lectures, romans, rentrée littéraire
2008.07.09
De l'athéisme
Discours contre Dieu, Sade, préface d'Aymeric Monville, Ed. Aden 2008
Cette compilation d’extraits de l’œuvre sadienne regroupe les textes athées de l’auteur, tirés des romans - en particulier de La Nouvelle Justine - où la « chimère d’un dieu », dont l’existence est impossible à prouver, revient sans cesse, comme l’un des fondamentaux de la pensée de l’auteur : une philosophie rationnelle (l’athéisme étant un « combat pour la rationalité », comme le rappelle le préfacier) et matérialiste (la nature étant « matière en action », Discours de Dolmancé, dans La Philosophie dans le boudoir) que Sade construit avec cohérence au fil de ses écrits argumentés, de réfutations en virulentes démonstrations qui n’ont rien perdu de leur impact, comme en témoigne cette exhortation à la raison : « Faibles et absurdes mortels qu’aveuglent l’erreur et le fanatisme, revenez des dangereuses illusions où vous plongent la superstition tonsurée, réfléchissez au puissant intérêt qu’elle a de vous offrir un Dieu, au crédit puissant que de tels mensonges lui donnent sur vos biens et vos esprits, et vous verrez que de tels fripons ne devaient annoncer qu’une chimère… » (Fantômes). B. Longre
Dans la même collection, vient de paraître Jean Meslier, curé et fondateur de l’athéisme révolutionnaire, Introduction au mesliérisme - extraits de son œuvre présentés par Serge Deruette.
On ira aussi lire L'athéisme expliqué aux croyants de Paul Desalmand (Le navire en pleine ville, collection Avis de tempête).
18:35 Publié dans Critiques, Essais & non-fiction, Liberté d'expression, Livres de chevet | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, sade, discours contre dieu, athéisme, aden
2008.07.03
Création versus raison.
Les créationnismes
Une menace pour la société française ?
De Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau
Editions Syllepse, mai 2008
Un ouvrage que je n'aurai pas le temps de compulser, mais dont je tiens à signaler la publication, ne serait-ce que pour rappeler que les élucubrations des créationnistes américains ou canadiens gagnent du terrain - il m'est arrivé de lire certaines parutions (pseudo) scientifiques (parfois commises par des chercheurs et des neurologues...) dont l'objectif est de prouver "scientifiquement" l'existence d'un dieu, et de concilier esprit scientifique et obscurantisme (histoire de brouiller les pistes...) ; des positions rationnellement intenables, on l'aura compris, mais les fondamentalistes / intégristes ne sont pas à une contradiction près... soutenant que le livre de la Genèse serait un traité historique (mais si...), niant la théorie darwinienne de l’évolution, tout en s'opposant à son enseignement afin de formater les esprits à leur guise.
www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_379-Les-cre...
4e de couv : "Les récentes prises de position anti-évolutionnistes de plusieurs ministres européens de l’éducation ont poussé le Conseil de l’Europe à traiter de « cette question d’actualité politique », afin d’appeler les gouvernements « à s’opposer fermement à toutes les tentatives de présentation du créationnisme comme discipline scientifique ». (...) Sommes-nous véritablement à l’abri de ces mouvements ? Quelles sont les implications sociales et politiques de ces démarches obscurantistes ? En quoi la volonté affichée du président de la République Nicolas Sarkozy de redéfinir la loi de séparation des Églises et de l’État est-elle susceptible d’augmenter l’influence des structures créationnistes ?"
00:15 Publié dans Essais & non-fiction, Luttes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : essai, créationnisme, darwin, syllepse, parution








































