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littérature, traduction

  • La fin de l’épreuve de l’homme - Paul Stubbs

    The End of the Trial of Man

    after ‘Blood on the Floor’ 1986, by Francis Bacon

     

    Upon these floorboards, amid the blood and

    the death-throes of gods, the ‘rough beast’ has

    eaten its last, has eaten and spat out man’s rib;

     

                  eaten and spat and stamped

    down its feet onto the now crushed and un-

    recognizable face-mask of Yeats:

     

                  one mile outside

                  of Bethlehem…

     

    (© Paul Stubbs, 2015)

     

    ***

    La fin de l’épreuve de l’homme

    d’après Du sang sur le sol, 1986, de Francis Bacon

     

    Sur ce plancher, parmi le sang

    et les affres de la mort des dieux, la « bête brute » a dévoré

    son dernier repas, a dévoré et recraché la côte de l’homme ;

     

                  dévoré et recraché et piétiné

    le masque du visage de Yeats, à présent

    broyé, méconnaissable :

     

                  à un mille des murs

                  de Bethléem…

     

    trad. de l'anglais: B. Longre.
    Première publication : The Black Herald, n°5, printemps 2015

    Le site du poète: http://paulstubbspoet.wordpress.com/

    Son dernier recueil:
    http://paulstubbspoet.wordpress.com/2014/12/20/the-end-of-the-trial-of-man/

     

    Bacon.jpg

     

    Blood on the Floor, 1986
    Francis Bacon
    Oil and pastel on canvas

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  • L'Insaisissable - Anne Roiphe (extrait 7)

    anne roiphe,blandine longre,l'insaisissable,mission pasteur,choléra,alexandrie,louis thuillier,an imperfect lens« Enfin, le rivage : les charrettes, sur lesquelles s’empilaient les marchandises, roulant bruyamment sur les planches étroites des docks, la voix insolite du muezzin appelant les fidèles à la prière, la couleur sable doré des bâtiments, le poste de douane avec ses soldats en uniforme, galons et boutons luisants dans la chaleur, les ânes aux longues oreilles plaquées vers l’arrière et les enfants aux mains tendues, accroupis sur le seuil des maisons, des mouches collées à leurs yeux chassieux. Les odeurs étaient étranges : crottin, safran, gingembre, banane, transpiration, poissons dans des tonneaux, attendant d’être portés au marché. On voyait des turbans et des pagnes, des sandales faites de papier et de bois. Des cloches tintaient, des hommes lançaient des chiffres en arabe, en français et en anglais, et des marins ferlaient les voiles. Un baril de clous s’était déversé sur le sol, à ses pieds – Louis avait la tête qui tournait. Marcus posa sur un chariot la grosse boîte en carton qu’ils avaient apportée ; Louis sauta sur le siège avant, Roux et Nocard s’installèrent derrière lui. Marcus resta à l’arrière, debout sur une barre de métal. Ils se dirigèrent vers l’hôtel Khedivial, à l’angle de la rue Chérif Pacha et de la rue Rosette, où ils avaient réservé une suite pour la semaine à venir. » (extrait du chapitre 3)

    L'Insaisissable, Anne Roiphe 
    traduction de l’anglais (États-Unis) Blandine Longre
    (traduit avec le concours du CNL), avril 2015, les Editions du Sonneur.

    http://www.editionsdusonneur.com/livre/linsaisissable-anne-roiphe/

    (tous les posts : http://blongre.hautetfort.com/tag/l%27insaisissable)

     

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  • "L'inconciliable dans un poème..."

    Hamlet contre Shakespeare

    L'autre mot derrière le mot.

    Derrière le meurtre l'autre mort.

    L'inconciliable dans un poème :

    L'ordre. Et, le brisant, la brèche.

     

    Hamlet Gegen Shakespeare

    Das andere Wort hinter dem Wort.

    Der andere Tod hinter dem Mord.

    Das Unvereinbare in ein Gedicht:

    Die Ordnung. Und der Riß, der sie zerbricht.

     

    Thomas Brasch, Belles sont les rimes, Les rimes te mentent
    édition bilingue, traduction de l’allemand par Bernard Banoun et Aurélie Maurin
    Editions Hochroth Paris, 2015

    Poète, dramaturge, prosateur, cinéaste, traducteur, Thomas Brasch (1945-2001) peut être considéré comme l’héritier et successeur méconnu de Brecht.

    http://www.paris.hochroth.eu/fr/3286/belles-sont-les-rimes-les-rimes-te-mentent/

     

    hochroth, Thomas Bracht, Bernard Banoun, Aurélie Maurin, poésie, traduction

     

     

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  • L'Insaisissable - Anne Roiphe (extrait 6)

    "C’était le docteur Koch, pressé de regagner son laboratoire. Désireux d’étudier une lamelle préparée la veille, il ne pouvait attendre le lever du soleil. Il avait prélevé un peu de tissu de l’intestin d’une victime du choléra qu’il avait examiné avec soin, aux côtés de celui d’une femme morte en couches. Il avait obtenu ces échantillons à force d’insister, de distribuer des pots-de-vin, d’envoyer son assistant, Gaffkey, à l’entreprise de pompes funèbres du quartier. Il comparerait les deux spécimens. S’il faisait une trouvaille digne d’intérêt dans le tissu du cholérique, il la dessinerait dans son carnet. Il la conserverait, au cas où celle-ci pût être observée de nouveau. Si un élément devait apparaître sous son microscope, qui ne fût pas présent dans l’intestin de la femme, sans doute aurait-il obtenu quelque chose. Mais rien n’était moins sûr. Le corps d’une femme en couches sécrétait peut-être des substances différentes de celles d’un homme. Il ne tirerait pas de conclusions hâtives. Il se contenterait de consigner ses observations. Il faisait confiance à sa vue. À sa main, habile au dessin. À son cerveau."

    (extrait du chapitre 4)

    L'Insaisissable, Anne Roiphe 
    Traduction de l’anglais (États-Unis) de Blandine Longre
    (traduit avec le concours du CNL), avril 2015, les Editions du Sonneur.

    http://www.editionsdusonneur.com/livre/linsaisissable-anne-roiphe/

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    Robert Koch dans son laboratoire à Berlin. Dessin Marold. Gravure Dochy, 1890 (Musée Pasteur).

     

     

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  • "Le maestro cassa alors sa baguette..."

     

    Toscanini_HD-FICHE-2.jpgLe nouveau Premier ministre, cependant, souhaitait être considéré comme un homme de culture. Quant à la Scala, elle avait besoin, pour des raisons économiques, de rester dans les bonnes grâces du gouvernement. Lorsqu’en avril 1923 Mussolini se rendit à Milan, il se fit photographier avec toute la troupe de l’opéra, y compris Toscanini. Et ce, en dépit du fait que ce dernier avait eu, quelques mois plus tôt, sa première passe d’armes avec les partisans du nouveau régime. En décembre 1922, pendant une représentation de Falstaff, une poignée de fascistes avait accueilli le retour du chef dans la fosse, au début du dernier acte, par des hurlements. Que Toscanini interprète d’abord l’hymne du parti, Giovinezza ! Toscanini fit signe à l’orchestre de poursuivre Falstaff, ce qui ne réduisit pas les perturbateurs au silence. Le maestro cassa alors sa baguette et quitta la fosse, écumant et rageant. Après une longue interruption, un employé des services administratifs vint annoncer que l’hymne serait joué à la fin de l’opéra. Toscanini revint alors au pupitre. Maria Labia, qui chantait le rôle d’Alice Ford, raconta ainsi la suite des événements : « A la fin de la représentation, le directeur nous dit : “Attendez, vous allez chanter l’hymne accompagnés au piano.” Toscanini arrive : “Ils ne chanteront rien du tout, les artistes de la Scala ne sont pas des chanteurs de variétés. Retournez dans vos loges. ” On s’en va. L’hymne a été joué au piano [seul], car l’orchestre, disait-il, ne savait pas le jouer… » Mais le pire était à venir…

    Harvey Sachs, Réflexions sur Toscanini, musique et politique
    Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne-Sylvie Homassel et Laura Brignon pour les textes d'origine italienne.
    Editions Notes de Nuit, 2014

    ***

    Auteur de nombreux ouvrages sur Toscanini, dont il est considéré comme « le » biographe, Harvey Sachs livre ici l’essentiel de la vie et de la carrière du légendaire chef d’orchestre, mais dévoile aussi des documents inédits sur les rapports que Toscanini, antifasciste de la première heure, entretint avec Mussolini et Hitler.

    http://www.notesdenuit-editions.net/ouvrage/reflexions-sur-toscanini-de-harvey-sachs/

    http://www.notesdenuit-editions.net/

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  • L'Insaisissable - Anne Roiphe (extrait 5)

    anne roiphe,blandine longre,l'insaisissable,mission pasteur,choléra,alexandrie,louis thuillier,an imperfect lens"De grands palais bordaient la large avenue qui suivait la courbe du rivage, tandis que des demeures plus humbles se dressaient au centre de la ville. Les mosquées blanches, coiffées de dômes, s’élevaient au-dessus des ruelles. La coupole de l’église orthodoxe brillait comme une moitié de citron, dominant les arbres qui flanquaient les rues. Sur les pavés du bazar, les noyaux d’olive et les éclaboussures de vin et de fruits trop mûrs se mêlaient au sang des animaux égorgés. Les bruits de la ville, le clic-clac des souliers aux semelles de bois, le tintement des cloches, les cris des marchands, le claquement des sabots des baudets sur les pierres, la course des petits âniers qui lançaient des « promenade à dos d’âne, promenade à dos d’âne » en italien, anglais, arabe, français, les aboiements des chiens, les piaillements des oiseaux en cage, la chaleur lourde et humide qui régnait ce jour-là, la poussière dans laquelle toutes ces choses remuaient et soupiraient, se déplaçaient et changeaient de position – tout cela fatiguait le mousse. (…)
    Plus tard, le garçon s’endormit sur le banc d’une taverne. Il se réveilla en sursaut. Il avait mal au ventre. Il se précipita dans la rue et, aux premières heures, à la lueur du million d’étoiles pâles qui baissaient au-dessus de lui, le contenu de son estomac se répandit dans la fange du trottoir en pierre. Quand le soleil se leva, que les animaux et les hommes commencèrent à s’agiter et que par les fenêtres cintrées, ouvertures sans vitres, filtrèrent les rayons innocents d’un jour nouveau, ce fut dans le caniveau que le mousse s’allongea, tremblant de tous ses membres, couvert de saleté – la sienne et celle qu’il avait récoltée dans la rue. (…)
    On était en 1883. Le choléra était arrivé à Alexandrie."

    (extrait du chapitre 1)

    L'Insaisissable, Anne Roiphe 
    Traduction de l’anglais (États-Unis) de Blandine Longre
    (traduit avec le concours du CNL), avril 2015, les Editions du Sonneur.

    http://www.editionsdusonneur.com/livre/linsaisissable-anne-roiphe/

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  • Le Rêve du mouvement perpétuel / Dexter Palmer

    "Si tant est que je parvienne encore à mesurer le temps, je commence ce journal le jour du premier anniversaire de mon emprisonnement à bord du vaillant Chrysalide, zeppelin de très grande altitude conçu par le plus prodigieux et le plus doué des inventeurs du xxe siècle, Prospero Taligent. Un an qui s’est écoulé sans que je prononce un seul mot. À l’attention de qui que ce soit. À ma geôlière moins qu’à quiconque. Si je refuse de lui adresser la parole, c’est précisément parce qu’elle ne souhaite rien d’autre ; je ne peux protester que par mon silence.
    Écrire, ce n’est pas du tout la même chose. Le mot sur la page a d’autres qualités, d’autres pouvoirs. Si le monde d’avant mon incarcération m’a appris quelque chose, c’est bien cela.
    Excepté moi, il n’y a sur le Chrysalide que Miranda, la fille adoptive de Prospero Taligent. Durant l’année qui vient de s’écouler, la voix de Miranda m’a constamment harcelé. Elle me suit sans relâche dans les couloirs de l’immense habitacle du zeppelin tandis que j’essaie de trouver sa cachette, où j’espère l’affronter en personne. Sa voix ne s’interrompt jamais : même quand je dors, elle s’insinue dans la plupart de mes rêves et dans tous mes cauchemars, scintillant fil d’argent qui chuchote, supplie, menace..." (Prologue)

    Dexter Palmer, Le rêve du mouvement perpétuel
    traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne-Sylvie Homassel et Blandine Longre
    (traduit avec le concours du CNL)
    Passage du Nord-Ouest, 2014
     

     

    Le site de l'auteur
    http://dexterpalmer.com/

    Anne-Sylvie Homassel
    http://ashomassel.wordpress.com/

    L'éditeur sur Lekti
    http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/Le-reve-du-mouvement-perpetuel.html

     

    Quelques articles :

    http://jplongre.hautetfort.com/tag/dexter+palmer

    http://addict-culture.com/dexter-palmer/

    http://www.undernierlivre.net/blog/reve-du-mouvement-perpetuel-dexter-palmer/

    http://laccoudoir.com/romans/le-reve-du-mouvement-perpetuel-dexter-palmer-6367/

    et cet article, paru dans Les Inrocks en octobre 2014

    rdmp.jpg

     

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  • Le collectionneur d’oreilles - Esteban Bedoya

    LCO.png« La forêt de l’Yvytúruzu s’éveilla sous la pluie. Le manteau de neige argenté qui recouvrait l’épaisse végétation ne résista pas longtemps à la bruine hivernale. Il faisait froid. La vapeur s’échappait des naseaux des bêtes qui arrachaient les herbes fraîches, les orchidées, les mousses, les broméliacées perchées sur d’autres plantes. Ici, seuls les êtres habitués à la pénombre éternelle pouvaient s’aventurer sans craindre les prédateurs.
    Chaque matin, sur ce sol humide où la matière organique se décomposait, un enfant albinos cherchait sa nourriture. Né dans une tribu mbya, il avait été banni dès son plus jeune âge à cause de sa peau couleur de lait, suspecte, et de ses yeux translucides. Sa mère était l’une des filles du village. Quant à son père, nul ne savait qui il était. Seule, dans la forêt, la jeune fille l’avait mis au monde, puis l’avait offert à la communauté. Mais les villageois ne tardèrent pas à suspecter chez le nouveau-né quelque chose d’étrange. Quand le chaman l’examina, il conclut que le follet démoniaque avait trompé la vigilance des gardiens avant d’engendrer cet enfant qui finirait par les asservir.
    Sombre époque pour la tribu. Les villageois ne pouvaient plus se fier aux êtres surnaturels, ni même aux chrétiens. Une telle méfiance n’avait rien d’étonnant : depuis plusieurs décennies déjà, les étrangers pillaient le cœur de la forêt, dévastaient la faune, séquestraient les quelques Mbyas qu’ils rencontraient sur leur chemin. »

    Le collectionneur d’oreilles, Esteban Bedoya 
    Traduit de l'espagnol (Paraguay) par Frédéric Gross-Quelen
    La Dernière Goutte, 2014

    http://www.ladernieregoutte.fr/livres/le-collectionneur-doreilles/

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  • L'Insaisissable - Anne Roiphe (extrait 4)

    anne roiphe,blandine longre,l'insaisissable,mission pasteur,choléra,alexandrie,louis thuillier,an imperfect lens"Louis Pasteur alla chercher un lourd volume sur ses étagères. C’était L’Histoire du choléra asiatique de Macnamara ; publié quelque douze années plus tôt à Londres, le livre était déjà un classique. (…)
    Il y avait dans un temple du Gujarat, en Inde occidentale, un monolithe datant de l’époque d’Alexandre le Grand et sur lequel était inscrit : « Les lèvres bleues, le visage hagard, les yeux caves, l’estomac affaissé, les membres contractés et ratatinés, comme par le feu : tels sont les symptômes de la grande maladie qui est invoquée par une malédiction des prêtres et s’abat sur les braves pour les occire. » Hippocrate décrivit cette diarrhée mortelle. Il l’avait vue à l’œuvre à bord des navires qui entraient dans les ports grecs. Il avait examiné les suintements liquides qui s’écoulaient des corps des victimes et les grumeaux de mucus dans leurs intestins. (…)
    Anonyme, invisible, cet organisme minuscule, recourbé et muni d’une queue mobile, flottait dans les fleuves où les grands dieux avaient plongé, dérivait près des rochers sur lesquels les femmes battaient leurs draps, effaçant les souillures laissées par l’amour et la procréation, par le sang et la salive, par les mucosités, le pus, les taches fécales, les caillots des bronches. Ces êtres n’avaient pas de poésie propre, aucun mythe ne les soutenait en chemin, et pourtant ils prospéraient sur les panses des poissons, se cachaient dans les carapaces des crabes – à la jointure des pattes et des pinces –, et là, se multipliaient au cœur des bouquets d’algues qui filaient dans les courants, vers la mer. Quel était l’objectif de ce vibrion, quelle place tenait-il dans le grand dessein, si grand dessein il y avait ? Ses errances servaient-elles Satan, où était-il simplement une chose en soi, s’efforçant de survivre, ne contenant aucun souvenir, mais dotée d’une férocité plus grande que celle du tigre, que la puissance d’une chute d’eau, que le tonnerre dans le ciel, une férocité concentrée sur sa propre pérégrination ? Ce vibrion était-il seulement une autre manifestation de la colère de la nature contre l’humanité ?"

    (extrait du chapitre 2)

    L'Insaisissable, Anne Roiphe 
    Traduction de l’anglais (États-Unis) de Blandine Longre
    (traduit avec le concours du CNL), avril 2015, les Editions du Sonneur.

    http://www.editionsdusonneur.com/livre/linsaisissable-anne-roiphe/

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    A young Venetian woman, aged 23, depicted before and after contracting cholera.
    Coloured stipple engraving. Courtesy of Wellcome Library, London Iconographic Collections, Library reference no.: ICV No 10741. source: 
    http://www.branchcollective.org/?attachment_id=1297

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    Albert Edelfelt: Louis Pasteur en 1885, huile sur toile (source: Musée d'Orsay)

     

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    Le choléra en France. Paris - mesures de désinfection prises à la gare de Lyon, à l'égard des voyageurs arrivant de Toulon et de Marseille, L'Illustration Edition Paris, 1884

     Source : http://www2.biusante.parisdescartes.fr/img/?refphot=CISC0238x1

     

     

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  • Cigogne - Jean-Luc A. d’Asciano

    Cigogne
    Jean-Luc A. d'Asciano
    Serge Safran éditeur, 2015

    « Mon frère vient de sombrer dans le coma, à moins qu’il ne me faille le considérer comme mort. Si c’est le cas, alors nous accomplissons un miracle de plus, une obscénité nouvelle, celle d’être à la fois mort et vivant. Car plus que le gardien de mon frère, je suis mon frère, son jumeau, sa chair, son double perpétuel : nous sommes siamois. Vu de l’extérieur, nous possédons trois jambes, deux sexes, deux bras, deux têtes. Nos organes internes, eux, sont d’une complexité telle que les décrire, les comprendre ou simplement les énumérer conduirait au plus étrange blasphème. Mon frère, mon éternel gaucher, me semble mort. Je ne vais pas tarder à le rejoindre. Sofia nous veille, Sofia nous pleure, notre sœur, notre mère, notre dévouée, si incroyablement maigre et chaste, si incroyablement nécessaire. Puisse notre mort la délivrer. J’aimerais chanter.
    Nous sommes nés monstrueux et notre vie fut belle. Nous sommes nés au plein milieu d’un été admirablement chaud. Nuls signes mystérieux – pluie de crapaud, migrations de rates, passages de comètes à la ponctualité détériorée, naissances d’agnelles à six pattes ou tournée de saltimbanques – n’annoncèrent notre venue. Juste le cri de douleur de notre mère lorsqu’elle accoucha, et son silence obstiné lorsqu’elle nous vit. »

    (extrait de Siamois, première nouvelle du recueil)

      

    cigogne_couverture.jpg

     

    L'auteur est par ailleurs éditeur:
    http://loeildor.free.fr/

    L'auteur présente son recueil :
    http://youtu.be/Aqo3VJEYOs4

    Quelques articles:

    http://leblogduvisagevert.wordpress.com/2015/04/06/des-hommes-et-des-betes/

    http://addict-culture.com/cigogne-livre/

    http://www.la-croix.com/Culture/Livres-Idees/Livres/Le-monde-au-bout-de-l-impasse-2015-04-08-1300044

    http://blog.paludes.fr/post/2015/04/17/Paludes-757-du-vendredi-17-avril-2015

    L'éditeur

    http://www.sergesafranediteur.fr/

    http://www.sergesafranediteur.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=564:cigogne-jean-luc-a-dasciano&catid=37:deja-paru

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  • 33e Marché de la poésie, Paris - du 10 au 14 juin 2015

    Le 33e Marché de la poésie se déroulera place Saint-Sulpice, Paris VIe, du mercredi 10 à partir de 14h au dimanche 14 juin 2015. Black Herald Press sera sur le stand 710, en compagnie de la Dernière Goutte et des Carnets d'Eucharis.

    couv_33_marche_poesie-ef024.jpg

    http://www.poesie.evous.fr/

    http://poesie.evous.fr/Liste-des-participants-au-33e-Marche-de-la-Poesie.html

     

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     Marché de la poésie 2014

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  • L'Insaisissable - Anne Roiphe (extrait 3)

    "Louis  ne se faisait pas d’illusions. Les intuitions, les suggestions, les convictions elles-mêmes pouvaient s’avérer inutiles. Toutes les hypothèses antérieures pouvaient se révéler fausses. Ce qui était vrai de la fièvre charbonneuse, de ce qui avait provoqué la maladie des betteraves, de ce qui gardait la levure en vie ou la tuait, de ce qui décimait les vers à soie n’avait sans doute rien à voir avec les causes du choléra. Un scientifique se devait d’être son propre hérétique.

    « Nous sommes fous, dit Edmond, un soir que les trois hommes finissaient leur dîner dans la cabine du capitaine.

    — Que voulez-vous dire ? s’enquit Louis. Pour ma part, je suis parfaitement sain d’esprit.

    — Mais alors, reprit Edmond tout en plongeant sa cuiller dans les restes du pudding au pain d’Émile, pourquoi naviguez-vous vers une ville où sévit le choléra ? La plupart des gens normaux voyageraient dans la direction opposée.

    — Vous n’avez pas tort, répondit Roux en riant. Nous devrions immédiatement rentrer en France.

    — Si je meurs, dit Nocard, mes chiens seront inconsolables. Et mon frère cupide héritera de ma maison et de mes terres.

    — Dans ce cas, fit Roux, veillez à ne pas mourir. »

    (extrait du chapitre 2, mettant en scène Louis Thuillier, Edmond Nocard et Emile Roux).

    L'Insaisissable, Anne Roiphe 
    traduction de l’anglais (États-Unis) de Blandine Longre
    (traduit avec le concours du CNL), avril 2015, les Editions du Sonneur.

    http://www.editionsdusonneur.com/livre/linsaisissable-anne-roiphe/

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    Portrait d'Edmond Nocard, vers 1890. Vétérinaire. Collaborateur de Pasteur, puis de Roux.

     

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    Emile Roux dans son laboratoire travaillant sur la toxine diphtérique, vers 1890

     

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    Louis Thuillier, vers 1880

    Source :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b32000224
    [Pasteuriens et personnalités du monde médical, 1868- 1970] 

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  • Le Visage vert 25 (février 2015)

    "C’était en hiver, dans la dernière région un peu mouvementée, onduleuse et chargée de forêts, que le vieux père Rhin traverse avant de se lancer dans les terres basses de Hollande, où il s'attardera, se divisera et subdivisera en plusieurs bras , se croisant et s'entrecroisant ; le Waal, le Nider-Ryjn, le Lets, le Rhin Tordu, la Vieille Coulée, la Coulée de la Potence, etc.

    C'était en hiver et la neige tourbillonnait, recouvrant toutes choses, champs et forêts, villages aux toits frileusement serrés qui déroulaient de longues fumées dans le ciel noir ; en haut d'un dernier mamelon baigné par le fleuve, le burg s'élevait, noir et farouche sous la couche blanche qui dessinait la ligne de ses crénelages et les pointus de ses tours, des ses tourelles et de son gros donjon carré.

    Le châtelain de ce burg avait gagné dans les batailles une renommée de rude chevalier, corps, tête et bras de fer, durs à tous et à lui-même. Il n'était pourtant qu'un petit garçon timide devant madame son épouse, châtelaine impérieuse et hautaine, qu'un chagrin rongeait au fond de son burg et qui devenait d'un caractère de plus en plus difficile, les années passant, en se voyant seule dans la grande salle peinturlurée des armoiries de la famille et des alliances, sans le moindre enfantelet à qui sourire aujourd'hui, et à qui transmettre plus tard le burg, les vassaux et les terres et les lions de l'écusson. 

    Son âme en sombrait dans l'amertume et le rude chevalier eût, pour s'étourdir, souhaité guerres et batailles perpétuelles.

    Voilà qu'en ces jours de frimas et de neige où la triste humeur des châtelains s'assombrissait encore, une malheureuse bohémienne assez légèrement vêtue de haillons multicolores vint frapper à la porte du castel. Elle serrait dans ses bras un enfant bleu de froid et en traînait un autre par la main, une lamentable petite fille à peine couverte de quelques lambeaux de toile."

    extrait de La Châtelaine aux 365 enfants
    Légende du Vieux Rhin
    , d'Albert Robida (1848-1926)
    Visage Vert n° 25, février 2015.

     

    Depuis sa naissance en octobre 1995, le Visage Vert a publié 25 numéros. Sous l’appellation générique de « Revue de littérature » (il s'intéresse au fantastique, mais aussi à l’anticipation ancienne, au bizarre, à l’absurde ou au mystère), le Visage Vert se présente comme une revue de découvertes, de traductions (ou de retraductions), d’essais et d’illustrations. Tel un archéologue dévoué aux marges de la littérature, le Visage Vert arpente les genres et les mouvements esthétiques liés à l’imaginaire. 

    le visage vert, revue de littérature, imaginaire, fantastique,

    Sommaire de ce numéro
    http://www.levisagevert.com/Revues/visagevert/visagevert/vv25.html

    pour commander la revue : http://www.levisagevert.com/edition/commande.html

    Le blog du Visage Vert, revue et éditeurhttp://leblogduvisagevert.wordpress.com/

     

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  • « Pays d’êtres humains et non d’individus » (Cioran)

    Capture d’écran 2015-05-23 à 16.18.04.png"En 1941, installé à Paris, Cioran se transforme. Séduit un temps par le brutal apparat de la « Garde de fer » roumaine et par la force nazie, il se transforme et opte plus ou moins implicitement et très heureusement pour le camp adverse. Cette « métamorphose » se laisse entrevoir dans De la France, petit livre écrit au crayon, exhumé, traduit à un moment où, vieux de 68 ans, il reste d’une singulière actualité. « Livre charnière », « ode à la France », comme l’écrit Alain Paruit dans sa présentation, l’ouvrage marque une frontière : entre totalitarisme et libéralisme (au sens politique), entre roumain et français (la langue roumaine est parsemée d’expressions françaises), entre hymne à la grandeur et éloge de la décadence…
    Car Cioran, opérant des comparaisons avec d’autres pays, développe le paradoxe suivant : la France est grande, et la preuve en est sa décadence immuable. Selon le processus d’écriture qui lui est cher, les fragments de pensées s’agglutinent, s’additionnent, entraînant le doute et la conviction. Chaque lecteur y trouve son compte, s’arrêtant à son gré sur des termes récurrents (« ennui, cafard, décadence, XVIIIe siècle, goût, sociabilité, raison, expérience, progrès, mesure »…) définissant la France selon Cioran, cette France de l’esprit contre le cœur, où le culte du repas tient lieu de liturgie quotidienne, et dont la perfection tient à des « riens ». « Pays d’êtres humains et non d’individus », « la France est une occasion éclatante de vérifier les expériences négatives ».
    À l’heure où quelques politiciens en mal de popularité cherchent à définir une identité « nationale », il est bon de lire cet hymne à la France étrangère écrit par un de ces immigrés à qui nous devons de magnifiques pages de notre patrimoine littéraire. Écoutons rêver le petit Roumain : « Y a-t-il au monde un pays ayant eu autant de patriotes issus d’un autre sang et d’autres coutumes ? […] N’avons-nous pas aimé la France avec plus d’ardeur que ses fils, ne nous sommes-nous pas élevés ou humiliés dans une passion compréhensible et toutefois inexplicable ? N’avons-nous pas été nombreux, en provenance d’autres espaces, à l’embrasser comme le seul rêve terrestre de notre désir ? Pour nous qui arrivions de toutes sortes de pays, de pays malchanceux, la rencontre d’une humanité aboutie nous séduisait en nous offrant l’image d’un foyer idéal. » L’illusion opère toujours." 

    extrait de Une belle voyageuse, Regard sur la littérature française d’origine roumaine, de Jean-Pierre Longre (éditions Calliopées, 2013). Cet extrait concerne l'ouvrage De la France, de Cioran (Traduction du roumain revue et corrigée par Alain Paruit. Éditions de l’Herne, 2009.)

     

    Pour commander l'ouvrage :
    http://www.calliopees.fr/e-librairie/fr/essai/71-une-belle-voyageuse-jean-pierre-longre-9782916608303.html

    à lire également, dans le n°5 du Black Herald, un entretien inédit avec Emil Cioran (entretien accordé en 1986 au philosophe et écrivain Bensalem Himmich)
    http://blackheraldpress.wordpress.com/2015/04/14/entretien-avec-emil-cioran-interview-with-emil-cioran-bensalem-himmich/

     

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  • L'Insaisissable - Anne Roiphe (extrait 2)

    anne roiphe,blandine longre,l'insaisissable,mission pasteur,choléra,alexandrie,louis thuillier,an imperfect lens"Il est des organismes faits pour la chaleur du désert et d’autres pour le froid arctique, tel ce ver minuscule absorbant les bactéries plus petites qui survivent tout au long du sombre hiver, sous la neige, dans un état de quasi-congélation, à l’intérieur des glaces turquoise des pics polaires. Certains organismes s’installent volontiers sur la peau chaude et velue des daims, des écureuils et des chauves-souris. D’autres survivent dans les profondeurs du sol, se nourrissant de l’humidité des gouttelettes de pluie qui s’infiltrent vers le centre ardent de la Terre. D’autres encore subsistent dans le ventre des moustiques ou bien dans le sang chaud des êtres humains. Les gens sont si fiers de leur âme, de son aptitude tant vantée à distinguer le bien du mal, à vénérer Dieu, à servir le roi ou la patrie, à se montrer charitable envers les mendiants ; mais l’âme est en réalité facilement broyée, pulvérisée, éliminée par les microbes minuscules qui tourbillonnent çà et là, indifférents au David de Michel-Ange, au Dix Commandements, aux nobles pyramides ou à la voûte gothique, tout autant qu’ils le sont aux frémissements insignifiants des cœurs libidineux ou aimants des hommes." (extrait du chapitre 1)

    L'Insaisissable, Anne Roiphe 
    Traduction de l’anglais (États-Unis) de Blandine Longre
    (traduit avec le concours du CNL), avril 2015, les Editions du Sonneur.

    http://www.editionsdusonneur.com/livre/linsaisissable-anne-roiphe/

     

    anne roiphe,blandine longre,l'insaisissable,mission pasteur,choléra,alexandrie,louis thuillier,an imperfect lens

    Vibrions septiques, microphotographie illustrant les travaux de Louis Pasteur sur les maladies infectieuses. 

    Source : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b3200016d
    [Microphotographies du laboratoire de Louis Pasteur, 1870-1890]

    (tous les posts : http://blongre.hautetfort.com/tag/l%27insaisissable)

     

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  • Black Herald Press au Berkeley Books of Paris

    On trouvera le dernier numéro du Black Herald au Berkeley Books of Paris, librairie incontournable du VIe arrondissement de Paris. 

    Berkeley Books of Paris
    8, rue Casimir Delavigne
    75006 Paris
    (métro Odéon)

    http://www.facebook.com/BBoParis

    Et pour en apprendre davantage sur la librairie (et sa libraire !)
    http://disappearingparis.weebly.com/blog/phyllis-cohen-of-berkeley-books-on-literary-culture-finding-books-and-how-there-is-still-hope-for-bookstores-in-paris

    Et pour ceux qui souhaiteraient soutenir la librairie :
    https://www.indiegogo.com/projects/berkeley-books-of-paris#/story

     

    black herald press,berkeley books of paris

     

    ouvrages en vitrine

    The Black Herald #5

    The Black Herald #3

    Ex Nihilo, Paul Stubbs (Black Herald Press, 2010)

    Flesh, Paul Stubbs (Black Herald Press, 2013)

    The End of the Trial of Man, Paul Stubbs (Arc Publications, 2015)

     

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  • The Black Herald #5

    Vient de paraître : le 5e numéro de la revue bilingue & internationale The Black Herald, que je coédite avec le poète Paul Stubbs.

    160 pages – 15€  – ISBN 978-2-919582-12-9 (ISSN 2266-1913)

    Capture d’écran 2015-05-15 à 16.44.39.png


    Au sommaire : David Gascoyne (traduction en français du tout premier poème surréaliste anglais), Olive Moore (grande inconnue des lettres anglaises, qu'Anne-Sylvie Homassel nous permet de découvrir en français), Egon Bondy (traduit du tchèque par Eurydice Antolin), Pierre Cendors (un extrait de son prochain recueil), Andrew Fentham, Peter Oswald (dramaturge et poète, dont nous présentons ici une courte pièce et des poèmes), Charles Nodier (traduit par Alistair Ian Blyth, qui signe également une nouvelle sur la bibliotaphie), Paul Stubbs (deux poèmes extraits de son dernier recueil, paru en février en Grande-Bretagne), Afonso Cruz (traduit par Cécile Lombard), Heller Levinson (dont le dernier recueil, Wrack Lariat, vient de paraître chez Black Widow press) Philippe Annocque (traduit par Rosemary Lloyd), David Spittle,  Jos Roy (dont nous avons publié le recueil De suc & d'espoir l'an passé), Michael Lee Rattigan (des poèmes et ses traductions de César Vallejo), Yves et Ada Rémy (un extrait des Soldats de la mer traduit par Edward Gauvin), Victor Segalen & Anthony Seidman, ainsi qu'un entretien inédit avec Emil Cioran (accordé en 1986 au philosophe Bensalem Himmich), et traduit du français par Rosemary Lloyd.

    Les contributeurs et le sommaire détaillé :
    http://blackheraldpress.wordpress.com/magazine/the-black-herald-5/

    Pour se procurer la revue (commande en ligne ou en librairie) :
    http://blackheraldpress.wordpress.com/buy-our-titles/

    Tous les numéros :
    http://blackheraldpress.wordpress.com/magazine/

    ***

    Black Herald Press sur Twitter
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    http://www.facebook.com/BlackHeraldPress

    ***

    À propos de la revue

    Publiée sous l’autorité de Paul Stubbs et Blandine Longre, cette très rigoureuse et élégante revue place la traduction au centre de son travail. L’anglais / anglo-américain, l’espagnol, le russe, le français jouent l’un vers l’autre, parfois l’un dans l’autre pour instruire le sens et la beauté de poèmes ou la précision d’essais critiques de haute qualité sous un thème sous-jacent : « Accept the Mystery », ou quand l’écrivain s’ouvre à l’antithèse de la réalité plutôt qu’au jeu naïf de l’éclaircissement d’un réel vécu comme opaque.
    — Yves Boudier, cahier critique de poésie n° 28, cipM, octobre 2014.

     

     

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  • L'Insaisissable - Anne Roiphe (extrait 1)

    anne roiphe,blandine longre,l'insaisissable,mission pasteur,choléra,alexandrie,louis thuillier, an imperfect lensAlexandrie, 1883

    "Après une nuit à l’ancre, l’Andromeda, un pilote des environs à la barre, contourna le petit phare qui se dressait au bout d’une longue jetée. Les boutres, les brigantins, les trois-mâts et les sloops qui entraient dans le nouveau port traversaient prudemment le canal rocheux de Boghaz.
    Une fois dans la rade, le navire croisa les masses noires des cuirassés rouillés, le pavillon rouge orné de l’étoile et du croissant flottant à leur poupe. L’endroit grouillait de marins coiffés de bonnets rouges. Des timoniers barbus, portant des tarbouches, avançaient à la rame entre les grands vaisseaux qui arboraient le drapeau des États-Unis d’Amérique ou l’Union Jack. Des bateaux à vapeur de compagnies françaises ou anglaises ne cessaient d’entrer et de sortir du port à vive allure, ou bien étaient au repos, momentanément amarrés dans les eaux saumâtres de la rade. Quelques felouques appartenant au pacha allaient et venaient ; une fioriture turque était peinte sur leur poupe et des caractères arabes dorés, aux hampes allongées, décoraient les casiers qui renfermaient leur roue à aubes. Des appels bruyants jaillissaient des sifflets à vapeur, tandis que les traînées grises des cheminées tachetaient le ciel et que des cloches retentissaient au-dessus du port." 

    L'Insaisissable, Anne Roiphe 
    Traduction de l’anglais (États-Unis) de Blandine Longre
    (traduit avec le concours du CNL), avril 2015, les Editions du Sonneur.

    http://www.editionsdusonneur.com/livre/linsaisissable-anne-roiphe/

     

    anne roiphe,blandine longre,l'insaisissable,mission pasteur,choléra,alexandrie,louis thuillier, an imperfect lens

     

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  • Dits des xhuxha'i - Anne-Sylvie Salzman

    Capture d’écran 2015-04-17 à 23.56.24.pngDITS DES XHUXHA’I
    ANNE-SYLVIE SALZMAN

    Tales of the xhuxha’i
    bilingual book (translated from the French by the author)

    recueil bilingue
    Black Herald Press, mai 2015

     

    « La femme (la xhuxha’i) se retire dans la hutte menstruelle.
    Médite le monde.
    Elle reviendra dans un corps fait de sang. »

    Au fil de contes, de chants, de témoignages mais aussi de quelques malédictions, Anne-Sylvie Salzman, en ethnologue de l’imaginaire, sonde les mœurs et les corps des femmes xhuxha’i – qui parlent aux bêtes, peignent les pierres de leurs menstrues et qui, selon les khyang, auraient pour déesse une matrice séchée. Dits des xhuxha’i esquisse entre les mots la fresque fabuleuse, atemporelle, d’une peuplade dont la chair mythique et immatérielle, à mesure que l’on pense en pénétrer le cœur et l’opaque nature, ne cesse de se dérober à nous ainsi qu’à toute interprétation raisonnée.

    http://blackheraldpress.wordpress.com/

    http://ashomassel.wordpress.com/fictions/

     

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  • L'Insaisissable - Anne Roiphe

    11162198_10205126295571088_617994737089473025_n.jpgL'Insaisissable
    Anne Roiphe
    Traduction de l’anglais (États-Unis) de Blandine Longre
    (traduit avec le concours du CNL) À paraître le 23 avril 2015
    Editions du Sonneur

    Alexandrie, 1883. Un navire marchand en provenance de Calcutta arrive dans le port de la cité égyptienne. Outre sa cargaison d’étoffes, il transporte un dangereux passager clandestin, invisible à l’œil nu : le microbe du choléra.
    Depuis Paris, Louis Pasteur dépêche sur place un groupe de jeunes scientifiques chargés de découvrir le microbe avant le Dr Robert Koch (le chercheur allemand qui a identifié l’année précédente le bacille de la tuberculose), lequel a également rejoint Alexandrie. Il en va de l’honneur de la France. L’équipe se compose de Louis Thuillier, d’Émile Roux et du vétérinaire Edmond Nocard, accompagnés de Marcus, leur assistant. Selon les instructions de Pasteur, ils installent leur laboratoire dans l’enceinte de l’hôpital européen et se mettent au travail...

    http://www.editionsdusonneur.com/livre/linsaisissable-anne-roiphe/

    (tous les posts : http://blongre.hautetfort.com/tag/l%27insaisissable)

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  • Le Joyeux Anniversaire de la mort / The Happy Birthday of Death - Gregory Corso

    Vient de paraître 

    LE JOYEUX ANNIVERSAIRE DE LA MORT
    GREGORY CORSO

    Poèmes choisis – recueil bilingue
    Traduit de l’anglais par Blandine Longre
    Introduction de Paul Stubbs / Postface de Kirby Olson

    The Happy Birthday of Death
    Selected poems – bilingual book

    Black Herald Press, novembre 2014
    100 pages – 14 € / ISBN  978-2-919582-09-9

    *

    « Magnifique et stupéfiant Gregory Corso, le seul & unique Gregory le Héraut. »
    Jack Kerouac.

    « Sans doute le plus grand poète américain. »
    Allen Ginsberg à propos de Gregory Corso.

    *

    Plus d'informations: http://blackheraldpress.wordpress.com/books/gregorycorso/ 

    Pour se procurer l'ouvrage : http://blackheraldpress.wordpress.com/buy-our-titles/

     

    gregory corso, Blandine Longre, Le Joyeux Anniversaire de la mort, poésie, Beat generation, black herald press, Paul Stubbs, kirby olson

    *

    Gregory Corso (1930-2001), l’un des poètes majeurs de la Beat Generation aux côtés de Jack Kerouac, d’Allen Ginsberg et de William S. Burroughs, a voué son existence à la poésie. Bien qu’ancrée dans la modernité, l’écriture de Corso puise également dans des traditions plus anciennes (celles, entre autres, du poète Percy Bysshe Shelley, figure tutélaire, et de l’héritage antique), révélant une poésie de nature composite, erratique et visionnaire, entre élégance lyrique et audace syntaxique, archaïsme revendiqué et facétieuse vitalité. Cet ouvrage rassemble un choix de poèmes extraits d’un recueil d’une incontestable originalité, Le Joyeux Anniversaire de la mort (publié en 1960 par New Directions), recueil qui concourut à consolider la réputation du poète, « un alchimiste des plus insolites, un belliciste des mots opérant à l’usure, bataillant aveuglément, immensément, avec le langage », ainsi que le décrit Paul Stubbs dans l’introduction au présent ouvrage.

    *

     

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  • « Qu’est-ce que ça peut bien représenter ? »

    Victor SegalenNe cherchons pas à comprendre. Comprendre est le plus souvent en art un jeu puéril et naïf, l’aveu d’une sensibilité ralentie, la revanche intellectuelle du spectateur affligé d’anesthésie artistique. Celui qui ne comprend pas et s’obstine à comprendre est, à priori, celui qui ne sent pas. Le même, après lecture de Mystique, hochera la tête interrogativement et devant une toile imprévue cherchera, sur le bord du cadre, l’indication du « sujet » en murmurant : « Qu’est-ce que ça peut bien représenter ? » — Néanmoins, à défaut de légendes, d’explications, de clés, à défaut de symboles concrets et parlants, on est en droit de réclamer du peintre exposant son œuvre ou de l’écrivain donnant le bon à tirer, une certaine part de joie, un sursaut, une petite angoisse douce, un éveil d’énergie, une suggestion ou, plus simplement, une sensation.

    Victor Segalen, Le Double Rimbaud

    (Le Mercure de France, 15 avril 1906)

     

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  • "but a chirrup." (D.H. Lawrence)

    662942.jpg"Brute force crushes many plants. Yet the plants rise again. The Pyramids will not last a moment compared with the daisy. And before Buddha or Jesus spoke the nightingale sang, and long after the words of Jesus and Buddha are gone into oblivion the nightingale still will sing. Because it is neither preaching nor teaching nor commanding nor urging. It is just singing. And in the beginning was not a Word, but a chirrup."

    D.H. Lawrence
    Etruscan Places - first published 1932

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  • Tik-Tok of Oz, traduction en cours

    Tik-Tok of Oz

     

    Tik-Tok of Oz, L. Frank Baum, 1914 

    (Book 8 of the Oz series)

    https://archive.org/stream/tiktokofoz00baum#page/n1/mode/thumb

     

    Voir aussi

    http://blongre.hautetfort.com/archive/2013/02/26/le-cycle-d-oz-a-paraitre-en-mars.html

    (en cours de traduction)

     

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  • Paul B. Roth - Les guerres sont toujours intérieures

    Wars Are Always Within

    Your hands can’t breathe. They struggle when apart. One may try and separate itself from the other, say, to claw a bent nail from the wall, roll a young erect nipple between its supple fingers, or spoon hot soup through trembling blue lips, leaving the other to wait or assist unless, of course, both happen to belong to an accomplished percussionist or cirque de soleil-ist whose every limb’s movement is not only different from but in unison with every other.

    Your hands can’t breathe. Open or closed, in peace or at war, they bloody or are bloodied, inflict or are afflicted. At peace, the bread their fanning cools has, running through its center, an invisible thread of blood left behind for the lives of their future children now overrunning the Earth with starvation. In war, there’s no bread, no crust, no crumbs, just gunpowder’s tasty nitrates force-fed down the throats and smoking muzzles of even hungrier futures. 

    Your hands can’t breathe. They grip tight the bayonet affixed to each length of worn rifle stock. They hold on for dear life. At a full run, no longer at your sides, yet whipped by bare branch ends, they barely make a sound as they bleed, bruise or lose fingers to frost bite or the food scraps starving dogs beat them to every time.

    © Paul B. Roth

     

    Les guerres sont toujours intérieures

    Tes mains ne peuvent respirer. Elles luttent quand elles sont séparées. L’une tente parfois de se désengager de l’autre pour, disons, arracher un clou du mur, faire rouler sous ses doigts souples un jeune mamelon en érection ou porter aux lèvres bleues et tremblantes une cuillerée de soupe brûlante, laissant l’autre patienter ou l’assister, à moins que, évidemment, toutes deux appartiennent à un percussionniste chevronné ou à un acrobate du cirque du soleil dont le mouvement de chacun des membres n’est pas seulement distinct, mais en unisson avec tous les autres.

    Tes mains ne peuvent respirer. Ouvertes ou fermées, en paix ou en guerre, elles ensanglantent ou sont ensanglantées, infligent ou sont affligées. En temps de paix, le pain qu’elles refroidissent en l’éventant a en son centre évidé un invisible filet de sang pour les vies des enfants à naître infestant à présent la Terre de famine. En temps de guerre, il n’y a ni pain, ni croûte, ni miettes, seuls les nitrates savoureux de la poudre dont on gave les gorges, et les canons fumants d’avenirs plus affamés encore.

    Tes mains ne peuvent respirer. Elles empoignent la baïonnette fixée au bout de chaque vieux fusil. Elles se cramponnent à la vie. En pleine course, pourtant fouettées par les branches nues, elles ne sont plus à tes côtés et demeurent presque silencieuses tandis qu’elles saignent, se blessent, perdent des doigts abîmés d’engelures ou que leur échappent les restes dont les chiens faméliques s’emparent toujours les premiers.

     © Blandine Longre 2013, pour la traduction française.

    Ce poème et sa traduction ont paru dans le numéro 4 du Black Herald (2013)

    Pour plus d'informations:
    http://blackheraldpress.wordpress.com/2013/09/27/paul-b-roth-poems-poemes-2/

     

    paul b. roth,poésie,traduction,long way back to the endCe poème est également présent dans le dernier recueil de Paul B. Roth : Long Way Back to the End (Rain Mountain Press, 2014)

    http://rainmountainpress.com/books31.html

    Paul B. Roth, poète et éditeur américain, dirige la maison d’édition The Bitter Oleander Press depuis 1974 et publie la revue The Bitter Oleander. A noter, Bitter Oleander Press publiera prochainement la traduction en anglais de Mouvement par la fin de Philippe Rahmy (traduction de Rosemary Lloyd), dont des extraits avaient paru dans le n° 1 du Black Herald.

    http://www.bitteroleander.com/

    Un entretien avec Paul B. Roth

    http://ragazine.cc/2014/03/paul-b-rothinterview/

    "This is poetic prose at its finest. Paul B. Roth’s sentences unfold, gradually reveal ever deeper meanings, and then crystallize into moments of communicable inner experience no less drawing on the vivid particulars of the natural world."  - John Taylor

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  • Oliver Goldsmith – The Description of a Little Great Man / Un Petit Grand Homme

    Oliver Goldsmith
    The Description of a Little Great Man / Un Petit Grand Homme


    (En 1760, Oliver Goldsmith entame la publication d’une série de lettres dans un périodique intitulé the Public Ledger ; ces missives, écrites par le très fictif Lien Chi Altangi, philosophe et savant chinois voyageant en Angleterre, furent rassemblées et publiées sous le titre Le Citoyen du monde en 1762.)

    "En lisant les journaux de ce pays, j’ai compté, en moins d’une demi-année, jusqu’à vingt-cinq grands hommes, dix-sept très grands hommes et neuf hommes très extraordinaires. Ce sont eux, disent les gazettes, que la postérité se devra de considérer avec admiration : voilà les noms que la renommée s’emploiera à exhiber pour étonner les siècles à venir. Voyons voir, quarante-six grands hommes en six mois, cela fait tout juste quatre-vingt-douze par an. À se demander comment la postérité pourra se les rappeler tous, ou si les générations futures n’auront d’autres préoccupations que de retenir ce catalogue par cœur.

    Le maire d’une ville prononce-t-il un discours ? on l’institue aussitôt grand homme. Un pédant fait-il imprimer son banal ouvrage en in-folio ? il est grand homme sur-le-champ. Un poète met-il en rimes quelques sentiments rebattus ? il devient lui aussi le grand homme du jour. Quelque minuscule que soit l’objet de l’admiration, il est accompagné d’une foule d’admirateurs plus minuscules encore. La clameur s’élève dans son sillage tandis qu’il marche vers l’immortalité et avise la cohue qui le suit avec une grande satisfaction de lui-même, affectant en chemin toutes les bizarreries, les fantaisies, les absurdités et les petitesses de la grandeur qu’il s’attribue.

    Je fus hier invité à dîner chez un gentilhomme, lequel me promit que les réjouissances consisteraient en une pièce de venaison, une tortue et un grand homme. Je m’y rendis à l’heure dite. La venaison était excellente, la tortue délicieuse, mais le grand homme insupportable. Dès l’instant où je m’aventurai à parler, je fus aussitôt contredit sur un ton cassant. Je hasardai un deuxième, puis un troisième assaut afin de sauver ma réputation mise à mal, mais fus de nouveau rabroué et me retirai confus. Acculé dans mes retranchements, je décidai d’attaquer encore une fois et fis porter la conversation sur le gouvernement de la Chine : cependant il affirma, rabroua et contredit comme précédemment. Ciel, pensai-je, cet homme prétend connaître la Chine mieux que moi-même ! Je regardai autour de moi afin de voir qui se rangeait dans mon camp, mais tous les yeux étaient rivés, admiratifs, sur le grand homme ; en conséquence, je me résolus à demeurer silencieux et à jouer le rôle du gentilhomme aimable durant la discussion qui suivit."

    (extrait - cette traduction, accompagnée du texte original, a paru dans le n°4 du BLACK HERALD, 2013 - traduction Blandine Longre)

    Pour lire le texte dans son intégralité:

    http://blackheraldpress.wordpress.com/magazine/the-black-herald-4/

    Oliver Goldsmith

    Oliver Goldsmith par Sir Joshua Reynolds.

     

    Oliver Goldsmith (1731?-1774) est un auteur anglo-irlandais surtout connu pour The Citizen of The World (1762), le roman Le Vicaire de Wakefield (1766), le poème pastoral Le Village abandonné (1770) et la pièce Elle s’abaisse pour triompher (1771). Après des études de droit et de théologie à Trinity College, Dublin, il s’essaie à divers métiers, étudie la médecine et voyage à Leyde, en France, en Suisse et en Italie. De retour à Londres, en 1756, il entame une carrière précaire d’écrivain à gages, s’endette, mène une vie dissolue et s’adonne au jeu. Il réussira à s’imposer dans le monde des lettres grâce à l’influence de Samuel Johnson.

     

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  • Jos Roy, De suc & d'espoir - revue de presse

    DE SUC & D’ESPOIR
    JOS ROY
    Poèmes choisis - recueil bilingue

    With Sap & Hope
    Selected Poems
    Translated from the French by Blandine Longre with Paul Stubbs - bilingual collection

    Black Herald Press, 2014
    54 pages - 10 € / £8 / $14 / ISBN  978-2-919582-08-2

    Pour en savoir plus
    http://blackheraldpress.wordpress.com/books/de-suc-despoir-with-sap-hope-jos-roy/

    pour se procurer l'ouvrage
    http://blackheraldpress.wordpress.com/buy-our-titles/

     

    ****

    "C’est peut-être, dans ce magnifique court recueil (20 poèmes) d’une incroyable densité ce qui m’impressionne le plus et que je préfère : ce travail constant de la matière, forme et fond, ce rapport à la fois sensuel et énergique au palpable, à ce qui « grouille & / se débat » (p. 24), à ce « quelque chose à cueillir dans la foison / des vies » (p. 30) – car tout est vie, dans cet univers très personnel, même le plus mort, en apparence, tel ce fossile (p. 24) que ranime la parole poétique : « je lui parle / et j’observe ses charpentes frissonner absorber / recomposer ce que devant moi il présente / réordonnancer le monde depuis les paroles qui naissent du corps-mien ». Rien de facile, rien qui ne déconcerte : poésie de très haute exigence, au goût de solitude, écrite, on le sent bien, à l’écart des mondanités urbaines, méditative, tout à la fois violente et tendre pour les choses, ciselée." Lionel-Edouard Martin (mai 2014)

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    "Pas un mot qui ne soit pas à sa place sur ces pages : Jos Roy parvient là à faire coïncider ce qu’était et devrait demeurer le poème, c’est-à-dire une parole chantée, avec sa trace physique et sonore sur la fine épaisseur de la page, « tempsclouéd’espace ». La poète nourrit son œuvre des couches mémorielles et du cortège terrestre et céleste, et lui donne en cela toute l’épaisseur, la moelle, la chair même qu’elle convoque (au sens fort) dans le dernier poème du recueil : « à la fin / sous le texte / percé des clavicules / on observe les os la fine épaisseur / de viande la très fine / épaisseur d’histoire / l’infime épaisseur du lieu ». Infime, très fine épaisseur, oui, mais épaisseur d’un « mur [qui] s’étage » et n’étouffe pas le feu de la parole."   Claire Laloyaux (mai 2014)

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    « Après avoir fait découvrir aux lecteurs français les textes du poète écossais W.S. Graham, les éditions Black Herald publient De suc & d’espoir, un premier et très beau recueil de Jos Roy. Un ensemble composé d’une vingtaine de poèmes denses et incarnés, d’une écriture qui fouaille la langue, la laisse grouiller, proliférer, se replier et se rapetisser pour se clapir au plus dense de la matière, et bourgeonner, irradier enfin en "trépignement de carbone". Tout est dans le titre, concentré dans le suc, expansé dans l’espoir, "plaie d’infini" faite d’éclat et d’esquive… » Romain Verger (mai 2014)

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    Rien n’est acquis, rien n’est simple. Si « on conçoit un / lieu commun », loin des clichés rassurants, il aura quelque chose à voir avec la sauvagerie et l’exil. Le langage poétique de Jos Roy, dans sa complexité, sa densité, dans ses spirales, ses allers-retours, nous rappelle que le « voyage », s’il vaut la peine d’être vécu, n’est pas toujours de tout repos, et qu’il faut compter avec « la valeur brute du chant ». Jean-Pierre Longre (juin 2014)

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    "Reste la promesse. Et un livre de poèmes peut précisément non pas l’accomplir mais la susciter, l’émouvoir en un souffle. Car la promesse n’est pas tout à fait de ce monde, à moins qu’elle ne soit « la matière du monde / animée d’un tremblement de lèvre » comme l’écrit Jos Roy, dans De suc & d’espoir. (...) C’est une typographie livrant bataille qui interfère sur la page d’écriture de Jos Roy : poésie pour l’œil, agglutinant les mots, les composant « gouttàgoutte », et d’un même tenant poésie de bouche à oreille, trouvant à emplir cette voix de tous les signes d’oralité (ponctuation, coupes des vers...) pour que la traverse l’adresse (l’« appel ») qui hante De suc & d’espoir..." Patrice Beray (Mediapart, juin 2014)

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    “Elle hèle, avec grâce, tour à tour, la pensée, le rêve, l’être, la forcemuette en somme. Elle invoque « la formecontre qui contre & pousse où pousse l’appel quelque part retiré dans la gorge ». Elle fouaille l’esprit de sa dévorante poésie. Verve d’une ardente douceur dans laquelle se perçoit tantôt une pudeur ou une fragilité. Souvent même sa voix semble se briser, comme une vague sur la grève. Un sanglot en reflux. Nul atermoiement, nulle mièvrerie, sans sucrerie, ni complainte. Son poème se situe aux antipodes de la pesanteur. (…) La dame basque a la jouissance rebelle, le goût des lettres fiévreuses, de la langue indomptée. Existence enracinée dans les marges, aux horizons émancipés, au verbe dévergondé par l’emblématique esperluette chère au poète et écrivain américain E. E Cummings bientôt convoqué au détour d’un vers de saison. Canal historique. Lignée revendiquée.” Zoé Balthus (septembre 2014) 

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  • Mort de l’Utopie - Paul Stubbs

    Death of Utopia

    After A Piece of Waste Land, Francis Bacon, 1982

     

    ‘O dark dark dark. They all go into the dark’

    T.S. Eliot

     

    On this horizon that overshadows all,

    above the last known clump of Eliot’s

     

    world, between the human reeds and

    the beached broken pelvis of the wind,

     

    snag still the last few

    pages of his book…

     

    (the grave-mould from the burial of what

    false god now falling from the palms?)

     

    —upon a jut of always steaming earth,

    where tomorrow man, for the last time,

     

    will arrive, to give birth to it:

    his eschatological foetus;

     

    in end-times, when Hell is certain, and

    Eliot, not Christ, he rots back onto the

    grass…

     

     

    saltz5-27-09-23.jpg 

    A Piece of Wasteland, Francis Bacon, 1982

     

     

    Mort de l’Utopie

    D’après Un coin de Terre gaste, Francis Bacon, 1982

     

    « Ô noir noir noir. Tous s’en vont dans le noir »

    T.S. Eliot

     

    Sur cet horizon qui éclipse tout,

    au-dessus de la dernière motte connue

     

    du monde d’Eliot, entre les roseaux humains et

    le pelvis échoué et brisé du vent,

     

    sont encore piégées les quelques

    dernières pages de son livre…

     

    (l’humus de la sépulture de quel

    dieu illusoire s’effritant à présent entre les paumes ?)

     

    – sur une saillie de terre toujours fumante,

    que, demain, pour la dernière fois, l’homme

     

    atteindra afin de lui donner naissance :

    à son fœtus eschatologique ;

     

    dans les temps ultimes, quand l’Enfer sera certitude, et

    qu’Eliot, non le Christ, il retombera en putréfaction dans

    l’herbe…

     

     

     

    © Paul Stubbs, 2011.

    © Blandine Longre 2013, pour la traduction française.

    Poème publié en février 2014 dans Les Carnets d’Eucharis, N° 2 (2014)

    http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/archive/2013/12/17/les-carnets-d-eucharis-annee-2014-5249489.html

    http://www.recoursaupoeme.fr/revue-des-revues/les-carnets-deucharis-version-papier-opus-2/m-c-masset

     

    Paul Stubbs, poète britannique (né en 1969 à Norwich), est l’auteur de trois recueils, The Theological Museum (Flambard Press, 2005), The Icon Maker (Arc Publications, 2008), The End of the Trial of Man (Arc Publications, à paraître) et de deux longs poèmes : Ex Nihilo (Black Herald Press, 2010) et Flesh, (Black Herald Press, 2013). À son actif, également, diverses pièces de théâtre et un recueil d’essais portant sur Arthur Rimbaud, The Carbonized Earth, ainsi que des critiques et des poèmes publiés en revues. Il codirige la revue de littérature bilingue The Black Herald.
    http://paulstubbspoet.wordpress.com

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  • Vivre sauvage dans les villes - Anne-Sylvie Salzman

    Vivre sauvage dans les villes, Anne-Sylvie Salzman
    Illustrations de Stepan Ueding / Couverture de Marc Brunier-Mestas
    éditions le Visage vert, 2014

     

    "Les parents d’Ada lui interdisent d’emprunter le chemin qui, partant de la ville, parvient à l’autoroute et ce faisant longe des marinas improvisées le long de l’Ouse : les bateaux qui s’arriment là ne le font pas dans les règles. Y vivent des mariniers effrayants et silencieux dont les chiens sont galeux et les femmes moroses. Des filles se sont noyées là, corps et âme. Et lorsqu’elles ont survécu, elles se sont mariées sur le chemin de halage, un sort sans doute plus terrible que la mort. Le soir, elles se baignent nues dans la rivière brune et offrent leur poitrine aux mariniers cruels, qui les battent et les mordent et les font saigner et gémir – songe Ada. Car il y a des enfants au milieu de toute cette vermine, œuvres de la chair, bien sûr, et non pas de la boueuse rivière."
    ("Le chemin de halage")

     

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    Anne-Sylvie Salzman est l’auteur d’Au bord d’un lent fleuve noir (Joëlle Losfeld, 1997), de Sommeil (José Corti, 2000), de Lamont (Le Visage Vert, 2009) et de Zelenka, dernières nouvelles d’Oesthrénie (Dystopia workshop, 2014)

    Vivre sauvage dans les villes est son deuxième recueil de nouvelles. Les textes de Lamont et de Vivre sauvage dans les villes ont été publiés en anglais par Tartarus Press sous le titre Darkscapes (traduction en anglais de William Charlton, 2013).

     

    Le site de l'auteur

    http://ashomassel.wordpress.com/fictions/

    L'éditeur (et pour commander l'ouvrage)

    http://levisagevert.com/

    Anne-Sylvie Salzman présente son recueil 

    www.youtube.com/watch?v=kHGk_tz3puo

    Un extrait (en anglais) de Zelenka

    http://weirdfictionreview.com/2014/06/zelenka/

    Lamont (traduction de William Charlton)

    http://weirdfictionreview.com/2014/02/lamont/

     

      

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  • Le Rêve du mouvement perpétuel - Dexter Palmer

    *** à paraître en septembre 2014 ***

    Le Rêve du mouvement perpétuel, Dexter Palmer
    Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne-Sylvie Homassel et Blandine Longre
    (ouvrage traduit avec le concours du CNL, éditions Passage du Nord-Ouest)

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    "Si tant est que je parvienne encore à mesurer le temps, je commence ce journal le jour du premier anniversaire de mon emprisonnement à bord du vaillant Chrysalide, zeppelin de très grande altitude conçu par le plus prodigieux et le plus doué des inventeurs du xxe siècle, Prospero Taligent. Un an qui s’est écoulé sans que je prononce un seul mot. À l’attention de qui que ce soit. À ma geôlière moins qu’à quiconque. Si je refuse de lui adresser la parole, c’est précisément parce qu’elle ne souhaite rien d’autre ; je ne peux protester que par mon silence.

    Écrire, ce n’est pas du tout la même chose. Le mot sur la page a d’autres qualités, d’autres pouvoirs. Si le monde d’avant mon incarcération m’a appris quelque chose, c’est bien cela.

    Excepté moi, il n’y a sur le Chrysalide que Miranda, la fille adoptive de Prospero Taligent. Durant l’année qui vient de s’écouler, la voix de Miranda m’a constamment harcelé. Elle me suit sans relâche dans les couloirs de l’immense habitacle du zeppelin tandis que j’essaie de trouver sa cachette, où j’espère l’affronter en personne. Sa voix ne s’interrompt jamais : même quand je dors, elle s’insinue dans la plupart de mes rêves et dans tous mes cauchemars, scintillant fil d’argent qui chuchote, supplie, menace..." (Prologue)

     

    Le site de l'auteur

    http://dexterpalmer.com/

    Anne-Sylvie Homassel

    http://ashomassel.wordpress.com/

    L'éditeur

    http://www.crl-midipyrenees.fr/annuaire/maisonsedition/passage-du-nord-ouest/

     

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