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  • Autour des mots - 1

    Des ouvrages qui nous racontent la vie des mots.

    e33758f7214e03302315ea7f2d0a9bfe.jpgLes Chaussettes de l’archiduchesse et autres défis de la prononciation, de Julos Beaucarne (avec Pierre Jaskarzec), Points Seuil

    Dans la collection "Le goût des mots", qui compte déjà de nombreux titres (dont Un Bouquin n'est pas un livre de Rémi Bertrand), a paru un ouvrage qui traite exclusivement des virelangues (« tongue-twisters » en anglais), ces énoncés plus ou moins longs (en témoigne le chapitre intitulé « Mes virelangues fleuves », réservés aux « virelangueurs patentés ») qui requièrent pas mal d’entraînement avant de pouvoir être maîtrisés. Justement, l’ouvrage, qui répertorie des dizaines d’exemples (le plus souvent sous forme de comptines ou de poèmes, classés par thématiques) est conçu à la manière d’un manuel ; mais le lecteur-joueur peut évidemment choisir de découvrir l’ouvrage dans le désordre et piochera les énoncés qui lui sembleront les plus simples ou les plus retors (selon son niveau...) Des jeux avec les sons à partager, pour tous les âges. © B. Longre

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  • De la fessée

    Pour ou contre la fessée ? Cette enquête m'a rappelé un album qui ne tranche pas sur le sujet mais le traite avec intelligence, humour et finesse.

     

    Le conte du prince en deux, Ou l’histoire d’une mémorable fessée
    Olivier Douzou et Frédérique Bertrand (Seuil jeunesse)

     

    La fessée, entre réalité et fiction.

    Une mère d’élève est interviewée devant l’école de son fils – et se prend si bien au jeu que l’enfant craint d’être en retard… Interrogée sur un sujet éducatif (la fessée), elle ne peut résister au besoin de formuler longuement son avis et se lance dans une véritable diatribe anti-violence : ses idées envahissent la page, les mots s’entassent et se percutent, tandis que l’enfant tente d’attirer l’attention de cette mère trop bavarde, qui continue cependant de s’insurger contre cette pratique d’un autre temps – l’occasion pour elle d’exprimer son admiration pour le modèle suédois (« En suède, la fessée est sévèrement réprimandée et c’est une bonne chose… »). Mais l’on comprend que les belles théories et les bonnes intentions de la maman ne tiennent pas longtemps quand elle se retrouve aux prises avec la réalité…

    479e0ec603a5ce5c30e6e42af75f07b1.jpgA l’école (que le petit a pu rejoindre malgré tout... avec un peu de retard) s’enchaînent des paroles d’enfants, beaucoup plus réalistes face à cette pratique qu’ils subissent : ils échangent leur propre expérience de la fessée (« c’est terrible », « je crie juste avant que ça tombe »…), puis un petit garçon entreprend de raconter Le Conte du prince en deux à la classe : le ton change, les illustrations et les décors aussi et ce récit inséré, volontairement absurde, prend des allures allégoriques et désuètes affirmées, tout en condamnant ouvertement la pratique du châtiment corporel, les peurs qu’il provoque et le sentiment d'injustice qu'il engendre.

    Ce superbe album met dos à dos, très concrètement, mythe et réalité, par le biais du récit à tiroir : un excellent moyen de s’interroger sur la violence physique et les comportements adultes parfois irréfléchis et que l'on croit appartenir à un autre temps – mais qui perdurent envers et contre tout. Les auteurs ont cependant la sagesse de ne pas imposer leur point de vue ; de ne pas culpabiliser les adultes, de dédramatiser la pratique de la fessée pour ne pas donner aux enfants l'impression d'être uniquement des victimes, tout en les laissant s'exprimer ; mais il est certain que les jeunes lecteurs retiendront avant tout les mots des petits élèves et s’identifieront aisément à eux. Par le biais de l’humour Olivier Douzou et Frédérique Bertrand ont su éviter les ornières de la morale et même si la question, assurément complexe, demeure en suspens, ils fournissent au moins l’occasion d’en débattre ! © Blandine Longre

     

    Les plus grands pourront aller lire Le Traité du fouet du Général F-Amédée Doppet aux éditions A Rebours. qui parle (entre autres...) "De la nécessité de changer les peines qu’on inflige à l’enfance et à la jeunesse"... nous étions en 1788 !

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  • Matrice rectangulaire

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    CADRE ET REGARD - Généalogie d’un dispositif, de Louise CHARBONNIER, Préface de Jean-Claude SOULAGES, Collection Histoires et idées des Arts, L'Harmattan, 2007

    Loin d'être spécialiste, je me contente de reproduire la 4e de couv de l'ouvrage, qui vient de paraître : Rarement questionné, le dispositif iconique du cadre rectangulaire informe la plupart de nos images. La présupposition de la forme quadrangulaire est en jeu dans cet appareil d'énonciation visuelle qui semble avoir son origine dans l'instauration, à la Renaissance, du tableau moderne ou quadro. Verticalité, planéité, frontalité : le cadre rectangulaire implique des présuppositions qui conditionnent notre réception de l'image et notre vision du monde. Il assigne une place au spectateur qu'il tient à distance. Cette « couture » sémiotique esthétisante traditionnellement redoublée par le cadre-objet délimite un templum exclusif, faisant de la représentation un objet de contemplation. Un retour aux origines de cette matrice rectangulaire s'impose alors comme un prélude utile à toute étude d'image médiatique, fixe ou en mouvement, délimitée par un rectangle.

    S'inscrivant dans un parcours transdisciplinaire, Louise Charbonnier est doctorante allocataire monitrice en Sciences de l'Information et de la Communication à l'Université Lumière Lyon 2 (ELICO, EA 4147). Ses recherches se concentrent sur le dispositif iconique de la photographie de presse où le rapport entre réel et fiction est à l'oeuvre.

    On peut lire certaines de ses chroniques sur www.sitartmag.com

    Sur Refreshing the screen, Livraison 5 (rhinocéros comme revue d’art contemporain, Rhinocéros, 2005), Les Rencontres d'Arles 2005, La Revue DITS - automne-hiver 2006. N°7 « Dépeindre », le photographe Andres Serrano, La Cage de Martin Vaughn-James (Les Impressions Nouvelles), ou encore sur La France d'en bas : Le graffiti dans le Sud (Hors collection - Editions Alternatives) - Pour les autres articles, il suffit de taper son nom dans le moteur de recherche interne.

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  • Le Monde des Livres répond

    Suite à la publication d'un article intitulé "Un âge vraiment pas tendre" - Monde des livres du 30-11-07 - que nous avions été nombreux à commenter sur ce blog, le Monde des Livres du 21 décembre donne la parole aux éditeurs et aux auteurs dans un article intitulé "La noirceur contestée des livres de jeunesse"

    www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3260,36-991706@51-957428,0.html

    Merci en tout cas à tous ceux qui ont participé à ces discussions - les commentaires restent ouverts !

    On peut aussi lire l'article de Hélène Ramdani, éditrice du navire en pleine ville.
    http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/12/14/litterature-jeunesse-l-offensive-de-la-morale

    Débat sur la littérature pour adolescents avec Marion Faure, Mariette Darrigrand, Thierry Magnier, Annick Lorant-Joly et Marie-Aude Murail dans l'émission Du grain à moudre, sur France Culture, le vendredi 21 décembre, de 17h à 18h.

     

    PS
    Je tiens cependant à rectifier : la journaliste du Monde m'attribue certains propos signés Annie Roland, psychothérapeute, que je m'étais contentée de citer. Voici le passage dans son contexte initial :
    La catharsis, pourtant vieille comme le monde (et surtout depuis les premiers rituels dramatiques), paraît désormais oubliée... alors que ses effets devraient rassurer les adultes qui pensent qu'il faudrait mieux "protéger" les adolescents (qui, on  le sait, préfèrent se plonger dans un livre - de préférence "malsains" - plutôt que de jouer à des jeux vidéos ou que de télécharger des films X via l'internet - je sais, c'est réducteur, mais c'est aussi la réalité). Relisons ce qu'écrivait Annie Roland, psychothérapeute (voir
    l'intégralité de son analyse dans la Revue Citrouille), dont les propos éclairants concernent aussi les adultes, semble-t-il : "Ces romans génèrent un effet cathartique chez l’adolescent confronté à l’insoutenable réalité psychique de ses pulsions, c’est-à-dire qu’ils ont un effet « libérateur ». Lire une histoire, s’identifier au héros même quand il est en souffrance ne signifie pas que l’adolescent va reproduire les mêmes actes. L’acte de lire introduit la possibilité de sublimer sa propre souffrance, comme si le héros endossait momentanément la problématique du lecteur."

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  • France Inter - Blogs à part

    Alexandre Boussageon propose une chronique blog sur France Inter, du lundi au vendredi de 6h20 à 6h25. Si vous n'étiez pas levés ce matin, jeudi 20 décembre 2007, il est possible d'écouter l'émission (historique !) qui se trouve en ligne...

    www.radiofrance.fr/franceinter/chro/blogapart/index.php?id=62726

    Je remercie France inter, évidemment (entre autres pour les compliments) Seul petit hic, ils ont confondu ce blog et Sitartmag. Le chroniqueur parle en effet de la revue littéraire tandis que j'ai répondu à des questions qui concernaient uniquement le blog... (Voilà pour ceux qui n'auraient pas compris - et il y a de quoi...) Bon, j'arrête de râler - car je suis malgré tout ravie !

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  • Amélie-les-crayons - bis

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    Mon petit frère Olivier, compositeur (musiques de films/documentaires pour France 3, TV5, France 5, Arte), est aussi l'arrangeur du nouvel album d'Amélie-Les-Crayons, LA PORTE PLUME (Grand prix de l'Académie Charles Cros 2007). En tournée dans toute la France avec Amélie, en concert au Café de la Danse (Paris) les 10 et 11 janvier prochain et à la Bourse du Travail (Lyon), le 19 janvier.

     

    Toujours en mini concert sur le site de Télérama

     

    www.amelielescrayons.com/

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  • Un peu de slang

    Le site www.urbandictionary.com se définit comme "a slang dictionary with your definitions."

    Un dictionnaire unilingue d'argot construit par les internautes, qui proposent des termes nouveaux et leurs définitions, dans la mouvance de wikipedia. On se doute que la plupart de ces mots (des termes existants prenant un sens nouveau ou des néologismes), en lien avec des modes et des passades, n'entreront peut-être jamais dans des dictionnaires institutionnalisés - il n'empêche qu'ils sont employés dans la langue orale (impossible, en revanche, de savoir combien de locuteurs en font usage, ou de connaître l'étendue géographique de leur emploi) et, au moins, témoignent de la flexibilité, de l'économie et de la richesse lexicale de la langue anglaise.

    Bref, je suis abonnée depuis quelque temps et reçois chaque jour un nouveau terme - avec exemples à l'appui - dans ma boîte mail ; il y a de tout et de n'importe quoi, mais certains m'amusent pour leur inventivité. Il reste à leur trouver, éventuellement, des équivalents français...

     

    post-Potter depression - The empty feeling that comes from finishing the seventh book in the Harry Potter series and realizing there will be no more. (Le sentiment de vide éprouvé par le lecteur qui vient d'achever le tome 7 de Harry potter et se rend compte qu'il n'y en aura pas de 8e.)

    nillionaire - Person without any money of their own = fauché. Un condensé de "millionaire" et de "nil" (nul, zéro) "Everything's in his wife's name, he's just a nillionaire."

    Hallowthanksmas - The period of time starting in late October and ending on New Year's Eve, so named for the commercial tendency to put up Christmas displays before Halloween (Les trois mois qui vont de Halloween à Noël, en passant par Thanksgiving) "Once October comes, we have to celebrate hallowthanksmas for 3 months!"

    compunicate - When you are in the same room with someone, each on seperate computers, and you talk via Instant Messenger instead of speaking to them out loud, in person. (agrégat de "communicate" et de "computer" -  communiquer uniquement via messagerie instantanée, alors que son interlocuteur se trouve dans la même pièce...) "Even though they are sitting right next to each other, Jesse and Justin only compunicate when they have to tell each other something."

    voluntold - The exact opposite of volunteering. Always used in reference to an unpleasant task to which you have been assigned by your boss. (amalgame de "volunteer" et du participe passé "told" - "désigné volontaire")

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  • Cachez ce sexe...

    Cachez ce sexe que je ne saurais voir
    Besse Chrystel , Bertini Marie-Joseph, Fontan Arlette, Gaillard Françoise, Zabunyan Elvan - Editions Dis Voir

    De la monstration à l'effacement, de la nature à la culture : le statut artistique du féminin des origines à nos jours.

    La créativité serait-elle un attribut intrinsèquement masculin ? Toute l’histoire de l’art le laisse supposer, au même titre cependant que les multiples tentatives pour tuer dans l’oeuf tout désir de création féminine. Paradoxalement, l’art en général – qu’il soit graphique ou littéraire – regorge de représentations de la femme et de son sexe, un sexe étudié exclusivement à travers le prisme d’une vision masculine – à tel point que lorsque des femmes le représentaient, leur regard subissait l’influence d’une vision masculine, imposée par une société masculine - chose qui est encore vrai(e) aujourd’hui dans une majorité des cas.

    C’est cette histoire souvent méconnue ou délibérément occultée que cet ouvrage passionnant, influencé par les Gender Studies, entend retracer, en laissant la parole à des femmes chercheuses, philosophes, artistes et/ou historiennes d’art – des regards croisés qui en disent long sur le formidable complot qui maintient, depuis des siècles, la femme dans l’ombre de son alter ego masculin, en la représentant certes différemment selon les époques et les lieux, mais toujours avec une constante : en lui assignant des rôles passifs et fonctionnels, en la renvoyant sans cesse à son « essence », voire à son animalité. Les objectifs avoués de l’ouvrage : retracer cette vision exclusivement masculine de l’histoire de l’art (qui reflète bien entendu le regard social et politique porté sur la femme), dénoncer les dérives essentialistes qui toujours renvoient la femme à ses fonctions biologiques - maternelle ou sexuelle -, tout en soulignant l’émergence de nouvelles artistes qui, depuis les années 1970, ne subissent plus le voyeurisme séculaire qu’elles se sont peu à peu réapproprié.

    Elvan Zabunyan, dans Anatomie/Autonomie, exprime un constat douloureux : « malgré l'implication plus affirmée des femmes artistes et/ou intellectuelles dans le territoire de l'art, la problématique reste d'actualité dans un champ culturel où les idées patriarcales occidentales ne sont que partiellement remises en cause. » Il s'agit désormais de repenser la représentation du sexe féminin, jusque-là confisquée par et pour des hommes et de cesser d’y voir un manque ou un vide (opposé à la proéminence phallique), en proposant un regard neuf, autoréflexif, qui permette à l'artiste femme de passer de l'état d'objet à celui de sujet, de celui de regardée à celui de regardante, et à faire voler en éclats le manichéisme d'une société fondée sur une binarité ancestrale dépourvue de sens.

    589a41df885490e6be02f1da5d657d31.jpgOn retrouvera, parsemées tout au long de l'ouvrage, quelques reproductions des travaux des artistes que présente Elvan Zabunyan : Shigeko Kubota et son œuvre Vagina Painting (1965), une performance directement influencée par l’action painting de Pollock, Barbara Hammer et son film Multiple Orgasms (1976), Valie Export et Genital panic, autre performance réalisée en 1969 (où l'artiste, téméraire, se met en scène, détournant brutalement les clichés généralement assimilés au sexe féminin), ou encore Judy Chicago (on retrouvera de multiples exemples sur le site internet de l’artiste, même si les travaux de cette dernière paraissent s'engouffrer dans le piège essentialiste) et Hannah Wilke et ses autoportraits filmés et photographiés. Des représentations qui revendiquent pour la plupart le droit à une jouissance individuelle, dont seraient temporairement exclus les hommes, de manière à affirmer l'indépendance totale de l’être-femme dans un monde qui lui a longtemps refusé tout pouvoir, qu’il soit sexuel ou politique ; ces différents travaux donnent naissance au « cunt art » (ou « art du con »), terme inventé par la critique Cindy Nemser ; quand bien même l’image initiale qu’il évoque pourrait sembler réductrice, il permet, à travers une prise de conscience personnelle, de revaloriser l’image d’un sexe jusque-là diabolisé et malmené (au sens propre comme au figuré). En dépit de la provocation explicite de la plupart de ces œuvres, il ne faut confondre celles-ci avec de la simple pornographie (régression plus que libération, par le biais d'une « prolifération d'images stéréotypées et sexuées du corps féminin répondant à des canons masculins ») qu'Elvan Zabunyan condamne esthétiquement.

    Revalorisation, donc, qui prend toute son importance quand on examine, avec Chrystel Besse (Iconographies du sexe féminin), les visions protéiformes du corps de la femme, de la préhistoire à nos jours, de l’Asie à l’Occident, et sur lesquelles elle pose un regard attentif et approfondi, rappelant comment certaines oeuvres prénéolithiques évoquent un culte à la féminité, à travers l'image d'une déesse mère nourricière indispensable à la survie de l'espèce humaine - croyance rendue possible par l'ignorance du lien entre rapport sexuel et enfantement, et de l'intervention masculine dans le processus de procréation ; une représentation ébranlée par les monothéismes qui imposent peu à peu (sur le modèle du polythéisme grec) la figure unique d'un dieu le père, en avilissant le sexe féminin et en l’associant au péché et au « cloaque » anal (pour s’en persuader, il suffira d’observer les reproductions obscènes qui accompagnent l’article, les visions diaboliques d’un sexe « animal» proposées aux chrétiens). Il est évident que le statut de la femme a la plupart du temps été déterminé par le statut qu'elle tenait dans la sphère religieuse et en particulier dans l'art religieux, et l’osmose sexe/sacré appartient à des temps révolus : s’est imposé un phénomène d'exclusion du sexe féminin par la triade dieu/mâle/père ; et l’auteure de rappeler combien les textes dits sacrés ne cessent d’accumuler les contradictions internes à ce sujet (on renverra le lecteur au Traité d’athéologie de Michel Onfray).

    En d’autres lieux, les échelles de valeurs changent et Chrystel Besse évoque des « représentations érotisées de divinités féminines », moins connues, de l'Égypte ancienne à la Chine taoïste (qui célèbre, sans pourtant se départir d’un certain phallocentrisme, «le couple divin (qui matérialise l'union des principes masculin et féminin) étant à l'origine du monde.»), du bouddhisme à l'hindouisme : des points repris en partie par Arlette Fontan (Le sexe féminin dans les religions), qui propose une analyse diachronique des notions jointes ou disjointes de sexe et de sacré : les religions monothéistes ont joué un rôle déterminant dans l'histoire des inégalités, en inculquant des siècles durant les visions cauchemardesques et négatives d'une créature bestiale et dangereuse, naturellement castratrice (Freud lui-même, héritier involontaire de ces représentations, épousait cette idée), à la fois gorgone et sirène, Eve et Lilith, rendue impure par le sang des menstrues ou par d’autres sécrétions intimes.

    Quant à la déification de la femme aux temps préhistoriques, Arlette Fontan se montre plus circonspecte et se démarque prudemment de l’essayiste précédente en affirmant que cette instrumentalisation enfermait déjà la femme dans une fonction précise et établie, celle de la procréation. Plus tard, la femme est tout entière assimilée à son seul sexe, et devient victime d’une irréductible misogynie qui toujours semble se fonder sur une crainte indéfinissable, enfouie dans l'inconscient masculin. Une question explorée en détail par Françoise Gaillard dans l'article Vierge ou démone : la femme dans les fantasmes fin de siècle. « La femme n’est que sexe », nous rappelle-t-elle, pour les artistes et les écrivains du XIXe siècle, époque du naturalisme, de la biologie, de la théorie darwinienne et des grands misogynes (de Schopenhauer à Maupassant, de Baudelaire à Michelet…) ; la femme, privée de son humanité, devient « une espèce à part », considérée comme un objet d'étude au même titre que les autres espèces animales, un être instinctif, influencée par ses hormones et sa matrice (cette « hystérique » - littéralement : menée par son utérus), incapable de raison : « la femme est abominable parce qu’elle est naturelle » écrit Baudelaire, synthétisant le point de vue de l'époque et ajoutant : « elle est toujours en rut et veut être foutue » ; « Baudelaire, sans le savoir peut-être, énonce, en ces propos aussi crus que cruels, la véritable raison du dégoût que suscite la femme chez l'homme civilisé. Par ce sexe insatiable qui commande en elle, la femme en est restée à un stade de naturalité quasi animale. Ce qui angoisse donc en cette créature détestable, c'est le rappel constant à l'ordre de la nature que fait entendre son sexe et qui tire l'homme loin en arrière, vers les bas-fonds de son origine animale. »... Toujours la même la crainte, voire la même névrose, éprouvée par les hommes face à ce continent inconnu, un féminin « qui dit le vrai sur l'origine » : le masculin détient, dans le même temps, les rênes de la culture et refuse de les lâcher au profit de menaçantes inconnues à l'état de nature ("Il est l'Un, lisible, transparent, familier. La femme est l'Autre, étrangère et incompréhensible", écrivait Elisabeth Badinter).

    Justement, plusieurs articles font référence au tableau de Courbet, L'origine du monde, une oeuvre quasi photographique que longtemps Jacques Lacan posséda en secret : « la toile trônait en fait au milieu de son salon, invisible mais bien là, présence-absence si signifiante. » écrit Marie-Joseph Bertini (Le Monde comme volonté et représentation : l'irruption des femmes), ce tableau fonctionnant comme la métaphore de la représentation féminine dans l'imaginaire collectif : «l'intense paradoxe qui force le corps des femmes, et plus particulièrement leur sexe, à s'inscrire dans le double espace de la faute et du manque : caché ce sexe n'existe pas. Il est pure absence ontologique. (...) Exhibé, il n'est qu'indécence et obscénité, toujours proche d'une fureur frénétique dont l'ensemble du corps social doit veiller à se protéger. » Là encore, un homme signe une œuvre au regard unilatéral et la figure féminine, résumée à son seul sexe, est objectifiée et privée de langage.

    3fd8ef3eb4aad4846f0b7dd4aff4a4d9.jpgMais il ne suffit pas de constater, même si les enseignements que l'on tire de cet ouvrage sont inestimables ; Existe-t-il des solutions ? Comment rompre avec ce schéma annihilant, incarné entre autres par le tableau de Courbet, qui enferme le féminin dans une vision univoque, «l'obligation d'être vue, d'être en vue, c'est-à-dire contrôlée par le regard des hommes. » ? Et comment s'affranchir de ces regards qui ne voient que la créature sexuée, une représentation qui «participe du refus de les considérer comme sujets à part entière. » ? Marie-Joseph Bertini propose une réponse : en s'appropriant les langages de l’art et en les subvertissant, afin de les faire progresser.
    Concrètement, elle constate que l'égalité des chances en matière de création artistique en est à ses balbutiements, que ce soit dans le domaine cinématographique ou pictural, tant les obstacles aujourd'hui sont encore grands par la faute de préjugés et d'idées reçues si longtemps inscrits dans l'imaginaire collectif masculin (et féminin, ne l'oublions pas). Le génie n’a rien de féminin, ont ressassé les hommes des siècles durant… L’auteure explique avec bon sens (et faits historiques à l’appui) que « les femmes peintres furent rarement dans l'histoire parmi les artistes les plus audacieux et les plus inventifs de leur temps, tout simplement parce qu'elles n'avaient pas reçu de formation pour cela. » - contrairement à la création littéraire, un domaine où les femmes ont pu exceller beaucoup plus tôt. Dans le même temps, l’essayiste regrette en partie le mouvement contemporain qui consiste à ne se servir que de son corps, à l'excès, pour inventer un langage féminin à part entière, « aux dépens d'une approche plus abstraite et sophistiquée. (...) Au fond, ne partent-elles pas ici de ce qui est réputé leur être le plus familier : le biologique et l’inarticulé ? » La transgression apparaît dans ce cas comme un leurre, un nouveau « piège de la ruse de la Raison masculine», l'indépendance et l'expression d'une liberté nouvelle requérant probablement autre chose que l'outrance ou la transgression ; par conséquent, (et c'est une interrogation qui s'applique aussi, en parallèle, à l'art postcolonial de nombreux artistes cherchant à se libérer de l'emprise esthétique des métropoles) « quelle langue parler qui ne soit celle du dominant ? » ; et de donner quelques pistes à travers les exemples d'artistes femmes, comme Sophie Calle ou Mandy Havers, dont les travaux sont de « véritables dispositifs d'autonomisation en s'accordant le droit de produire leurs propres représentations du monde et d'elles-mêmes. »

    Tout au long de cet ouvrage sans tabous, en regard des réflexions des cinq contributrices, se déroule une narration parallèle qui sert de légende aux multiples reproductions d’œuvres passées et présentes qui accompagnent les articles, reprenant visuellement les points développés dans ces derniers : les iconographies mythologiques et religieuses frappent par l’exhibition d’une violence associée aux femmes (la « grande bouche vaginale armée de dents acérées » de la méduse, des créatures repoussantes chevauchées par des diablotins, sorcières lubriques…) ; d’autres images ramènent le féminin à la froideur médicale et pseudo scientifique des siècles passés (la vulve béante dessinée par Léonard de Vinci au début du XVIe siècle, la Figure lascive et obscène de Jean-Jacques Lequeu, vers 1790...) ; ou encore le réduisent à un érotisme pervers et dégradant (quand les corps féminins s’offrent allègrement à des animaux…). Restent les œuvres féminines contemporaines qui s’insinuent dans ce récit visuel, lui ôtant peu à peu son regard phallocentrique et laissant la place à des représentations libres et novatrices, où ce sont cette fois des femmes qui se mettent en scène et parlent enfin d’elles-mêmes sans intermédiaire. © Blandine Longre

    www.disvoir.com/

    www.throughtheflower.org/

    à découvrir aussi : http://www.lepeuplequimanque.org/maisonpop-et-melies-2007

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  • La Joie par les livres rejoint la BnF

    b6ef5f3c3ea9553eab9341827f29f926.jpgLe conseil d’administration de la Bibliothèque nationale de France a approuvé l’intégration à la BNF des équipes et des activités de l’association "Les amis de la Joie par les livres", à compter du 1er janvier 2008. L’association, créée en 1972, a pour mission de "favoriser la promotion de la lecture publique au sein de la jeunesse, d’entreprendre toutes activités et expériences de création ou d’expression reliées à la lecture des jeunes, de conduire des actions contractuelles dans son domaine de compétences", et développe quatre types d’activités : la gestion d’un centre de ressources "Centre national du livre pour enfants La Joie par les livres", et d'un portail documentaire www.lajoieparleslivres.com, des publications consacrées à la production éditoriale pour la jeunesse et à la lecture des enfants et des jeunes, des formations pour les professionnels et les médiateurs du livre jeunesse, des actions de coopération, en particulier internationales, etc.

    e6b4589f03c8c163d90b642526c7655d.jpgLa Joie par les livres publie, entre autres, La revue des livres pour enfants

    Dernier numéro paru : n° 237, novembre 2007
    Sélection annuelle (incontournable !)

    une sélection de plus de 800 titres parmi les presque 10.000 reçus au Centre de ressources entre septembre 2006 et septembre 2007, dans un numéro tout en couleurs avec la reproduction des couvertures de chaque titre, qui intègre une nouveauté cette année : une sélection de films disponibles pour les bibliothécaires.
    La Revue des livres pour enfants est consultable en texte intégral depuis le premier numéro de 1965, sauf les deux dernières années de parution.

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  • Histoire de l'érotisme

    81c764209b2ad5b45752660e1b7142f6.jpgPour l'anecdote (et en lien avec l'idée de "censurer"  ou interdire des lectures aux jeunes lecteurs, histoire de les "protéger") j'ai reçu l'autre matin Histoire de l'érotisme, de l'Olympe au cybersexe (de Pierre-marc de Biasi, collection Découvertes Gallimard) ; or, l'ouvrage est entouré d'un fin bandeau de papier rouge indiquant : "Ce livre n'est pas destiné au jeune public"... je ne sais ce que l'éditeur (dont on comprend toutefois la prudence, vu le climat actuel) entend exactement par "jeune public" (c'est très vague.. 0-10 ans, 0-14 ans ??) mais il est certain que les ados, sans se jeter dessus (les illustrations parlent d'elles-mêmes mais le contenu reste relativement érudit) l'ouvriront s'ils tombent dessus. Je trouve ceci plutôt amusant, quand on sait quel type de fichiers les collégiens équipés de téléphones portables téléchargent et s'échangent au quotidien... A la rigueur, ils feraient mieux d'ouvrir cet ouvrage qui, au moins, possède certaines qualités esthétiques, les reproductions d'oeuvres d'art qu'il contient n'ayant pas la violence des images qui agressent habituellement l'oeil et l'esprit.

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  • 40 écrivains de langue hébraïque en 2008

    Invité d’honneur du salon du livre de Paris 2008, Israël sera représenté par 40 auteurs de langue hébraïque : Elie Amir, Aharon Appelfeld, Gabriela Avigur-Rotem, Benny Barbash, Ron Barkaï, Orly Castel-Bloom, Lizzie Doron, Israël Eliraz, Haïm Gouri, Michal Govrin, David Grossman, Amir Gutfreund, Alon Hilu, Shifra Horn, Miron C. Izakson, Sayed Kashua, Judith Katzir, Etgar Keret, Alona Kimhi, Ron Leshem, Savyon Liebrecht, Mira Maguen, Edna Mazya, Sami Michaël, Agi Mishol, Rutu Modan, Eshkol Nevo, Rony Oren, Amos Oz, Israël Pincas, Igal Sarna, Aaron Shabtai, Meir Shalev, Zeruya Shalev, Youval Shimoni, Ronny Someck, Zvi Yanaï, Avraham B. Yehoshua, Nurit Zarchi, Boris Zaidman.

    http://www.salondulivreparis.com/

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  • Rutu Modan

    Rutu Modan, auteure BD et illustratrice renommée en Israël, fonde en 1995, avec quatre autres dessinateurs (dont Batia Kolton), une maison d’édition à Tel Aviv : Actus Tragicus. Elle a recu, en 1997, le Year Award qui récompense une jeune artiste et l’Award de la meilleure illustratrice pour enfants du Youth Department of the Israël Museum en 1998. Elle a publié plusieurs histoires dont deux sur des scénarios d'Etgar Keret.

    Energies bloquées de Rutu Modan, traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas Delpuech, Actes Sud BD.

    Histoires de familles…

    Les six récits qui composent ce recueil ont été publiés entre 1998 et 2003 : des échantillons, en somme, du travail graphique et littéraire de Rutu Modan, artiste israélienne jusqu’alors inconnue en France, et qui signe aussi les illustrations d'un ouvrage jeunesse, Fou de Cirque.
    2be603e4f4f4e9fbbd92e1668e1d07c8.jpgDu strict point de vue de l’illustration, il serait vain de chercher une homogénéité dans ce florilège (un aspect encore plus flagrant dans Substance Profonde de l’artiste amie Batia Bolton, publié simultanément dans cette collection) et c’est plutôt du côté des thèmes abordés et des préoccupations auctoriales que l’on trouvera matière à parler d’harmonie : troubles psychiques ou affectifs, familles déconstruites ou recomposées, individus brisés par les carcans des règles sociales et collectives, espoirs avortés... L’auteure décrit et reproduit les perturbations de microcosmes qui lèvent le voile sur des dysfonctionnements à plus grande échelle. C’est le cas de Jamili, qui s’inscrit ouvertement dans le contexte sociopolitique israélo-palestinien, en mettant en scène la rencontre émouvante, point nodal du récit, d’une jeune infirmière fiancée à un imbécile (raciste de surcroît) et d’un terroriste palestinien qui s’automutile lors d’un attentat raté : deux individus que tout sépare et qui, dans un autre contexte, auraient pu s’unir.

    Dans Retour à la maison, une autre jeune femme, Méli, attend le retour hypothétique d'un époux pilote, disparu au Liban six ans plus tôt, tandis que Max, amoureux d’elle, tente de la convaincre de l'impossibilité d'un retour ; mais le beau-père de Méli se nourrit de cette attente et quand, un jour d’été, un avion non-identifié survole la plage du kibboutz, le vieil homme est convaincu que c’est celui de son fils… jusqu’à ce que l’armée de l’air intervienne. Les personnages, gauches et naïfs, sont représentés sur un fond uniforme, un ciel trop bleu pour être vrai, sur lequel se superposent soudain des avions de chasse puis les fumées grossièrement crayonnées qui émanent de la carcasse de l’appareil abattu. Le ciel redevenu bleu, la réalité d’une violence aveugle, caricaturale, s’évapore elle aussi, laissant de nouveau place à l’illusoire espérance.

    Ailleurs, c’est en huis-clos que se déroulent les événements ; ainsi Energies bloquées relate le drame d’une femme abandonnée par son mari et qui subvient aux besoins de ses deux filles grâce à un don étrange (« des pouvoirs curatifs dans les mains. De l’électricité qui guérit toutes les maladies »), mais l’ambiance familiale n’inspire pas le bonheur, les deux jeunes femmes exploitant la passivité dépressive de leur mère. Même chose dans Jadis, le long récit d’une quête familiale et affective ; un roman d’apprentissage, en quelque sorte, se déroulant dans un hôtel à thèmes tenu par deux sœurs dont les parents sont morts dans un incendie.
    Hormis la mise en images d’une nouvelle d’Etgar Keret, Bitch, le clou du recueil demeure L’assassin culotté (The Panty Killer), une tragi-comédie policière délivrée sur le mode parodique : le meurtrier en question, non content de poignarder des innocents, les ridiculise en affublant leur tête de leur culotte… Là encore, une histoire de famille est à la source de l’intrigue, une relation mère-fille qui tourne mal. La violence est ici tournée en dérision, comme pour exorciser ses ravages (bien réels en Israël), et demeure bel et bien omniprésente tout au long de ce talentueux album. © Blandine Longre

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