2008.04.27
Bourdes et autres maladresses...
Je n'ai pas lu Millénium, la désormais célèbre trilogie de feu Stieg Larsson - d'autres l'ont fait (par milliers) et l'un d'eux s'est amusé à relever les erreurs en tout genre qui émaillent la traduction. Enumération certes cruelle pour les traducteurs (toute traduction étant perfectible, en particulier quand les délais sont serrés), mais non moins justifiée dans ce cas, au vu des perles que Jacques Drillon rapporte ici.
Incontournable, Millénium ? Il semblerait que non... ou bien seulement si l'on a du temps à perdre et envie de lire par soi-même des calques, des pléonasmes, des traductions mot à mot ; ainsi, les énormités du style : «Elle doit être brûlée au feu», «Harriet Vanger a ressuscité de la mort», «La police aurait tâtonné à l'aveuglette», «Lisbeth n'est pas du genre à se rendre de son plein gré», «La seule chose positive avec cette photo était qu'elle y était si méconnaissable que peu de gens la reconnaîtraient». Ou encore, pour terminer ce florilège (extrait de l'article en lien) : «Camilla avait été pleine de réussite à l'école», «Nous vous demanderons quel type d'image vous paraît attirant en vous montrant plusieurs alternatifs» (???)
On aura beau tenter de me convaincre de la qualité des trois romans, je reste dubitative - à moins que la qualité langagière d'un polar soit moins importante que celle des "vrais" romans... ? Alors attendons peut-être la parution en poche, comme le suggèrent certains, en espérant que des relectures la précèderont.
00:23 Publié dans Langages, Littérature étrangère, Traduire | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, traduction, écriture, stieg larsson
2008.04.26
Du français
Parler le monde, la naissance d’une langue de Nouchka Cauwet et Sylvie Serprix, éditions Bélize, 2007
Après Ecrire le monde et Compter le monde, Nouchka Cauwet nous offre un troisième ouvrage remarquable, un voyage (ou plutôt six…) à travers les mots, qui narre la naissance de la langue française, son évolution diachronique et les contacts multiples (emprunts, échanges, influences) qu’elle a entretenus avec d’autres langues – le latin, le grec, l’anglais, l’italien, l’arabe ou l’hébreu… On comprend ainsi le que le «combat du latin et du gaulois » fut long et plus difficile qu’on croit, on apprend comment les mots « poivre » ou « sucre » sont parvenus jusqu’à nous (depuis les Indes lointaines…), ce que les Portugais ont transmis, ou encore comment divers mots ont fait des allers-retours entre France et Angleterre… Les illustrations aux tons chauds de Sylvie Serprix se mêlent harmonieusement aux pages et aux reproductions de cartes, de textes, de tableaux anciens, et enrichissent cet ouvrage vivant et ouvert sur le monde, ponctué d’activités, qui enchantera les enfants mais aussi les plus grands – à qui il reste toujours des choses à découvrir… B.Longre
15:00 Publié dans Critiques, Essais & non-fiction, Langages, Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, langue, linguistique, français, jeunesse, bélize
2008.03.29
Néologisme, équivalents
Je découvre un glossaire en ligne fort instructif, mis en place par le ministère de la culture, dont l'objectif est de proposer des termes équivalents qui remplaceraient les anglicismes ou les emprunts que nous employons en français... rien d'obligatoire, donc, mais le site décline une suite de "recommandations" terminologiques présentées thématiquement, que nous sommes encouragés à faire entrer dans l'usage...
http://franceterme.culture.fr/FranceTerme/
Au-delà de la volonté politique qui sous-tend une telle initiative (du genre "rendons le français aux français !"), on peut reconnaître que certains anglicismes sont agaçants au quotidien (tel l'emploi erroné du verbe "réaliser" au lieu de "prendre conscience de") et que d'autres sont nécessaires - dans les cas où il n'existe aucun équivalent satisfaisant dans notre langue. Certaines recommandations sont de bon sens, mais d'autres me gênent... ou plutôt, c'est le fait de systématiser et d'ériger des principes immuables (1 terme anglais = 1 terme français) dans un domaine par nature mouvant et fluctuant (le langage) qui me dérange ici.
Car avant d'accuser la langue de Shakespeare de tous les maux, il faut savoir que l'anglais est une langue tout sauf chauviniste, qui a toujours accueilli et intégré les mots venus d'ailleurs, sans que personne s'en offusque. Ajoutons que sa capacité à se renouveler et à évoluer en empruntant aux autres langues, depuis des siècles (chose qui fait tant horreur aux puristes français qui voudraient voir leur langue se figer pour l'éternité) explique en partie pourquoi elle est, du point de vue lexical, l'une des plus riches au monde...
J'apprécie le point de vue d'Anthony Lodge, linguiste spécialisé du français, qui remet un peu les pendules à l'heure en expliquant : "Le français est-il en train d'être submergé par les mots anglais ? Ce n'est pas le cas. Les Français continuent à parler français. Ajoutons aussi que même si le pourcentage de mots anglais arrivant en France était de 40%, il n'y aurait pas autant de mots anglais en français que de mots français en anglais. L'arrivée en masse de mots étrangers ne veut pas dire la fin d'une langue. Vous n'avez qu'à examiner l'histoire de la langue anglaise : au Moyen-âge, en Angleterre, le français était la langue dominante, avec le latin ; la langue de la masse de la population était une langue méprisée. Toutes les personnes importantes parlaient français, puis, au cours du Moyen-âge, le français a été remplacé par l'anglais comme langue dominante. Cependant, la montée de l'anglais s'est faite seulement en empruntant massivement des mots au français, ce qui fait que l'anglais que nous parlons est un anglais absolument inondé de mots français. C'est une langue mixte, hybride, et mixité ou hybridité ne veulent pas dire déperdition, disparition d'une langue. "
Bref. Revenons à notre fameux glossaire. Et à titre d'exemple, au hasard (!) consultons le terme « fantasy » (en tant que genre littéraire) que l'on nous recommande de bannir et de remplacer par... "fantaisie". Il suffit de changer deux lettres et d'en ajouter une pour avoir un mot bien de chez nous, qui sonne enfin "français" (dire que cette proposition révolutionnaire a eu droit à une parution au Journal Officiel du 23 décembre 2007)... sauf que dans ce cas précis, le terme "fantasy" (Genre situé à la croisée du merveilleux et du fantastique, qui prend ses sources dans l'histoire, les mythes, les contes et la science-fiction) perd en partie son sens... et les risques de confusion (et de faux-sens) sont grands.
Quant à la "mercatique" cela fait quelques décennies qu'on nous le ressort régulièrement, en pure perte... (avez-vous déjà croisé un "directeur de la mercatique" ?) Dans ce cas précis, rien ne s'oppose à ce néologisme... mais qui l'emploie ? Même chose pour "autocaravane" (un... camping-car ?!) Dans le domaine informatique, plus amusant, je découvre entre autres que le "spamming" devient de "l'arrosage", le "hacker" est un "fouineur" et que le "smiley" se transforme en "frimousse"... ! En revanche, "réalité de synthèse" pour "virtual reality" est un peu tiré par les cheveux et sent le jeu de mots.
01:00 Publié dans Langages, Traduire | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langage, français, anglais, traduire, glossaire, anglicisme
2008.03.07
Pour l'anecdote
Comment la presse anglophone a-t-elle traduit l'énoncé (désormais digne des annales) : "casse-toi pauvre con"...
Au choix : « Fuck you, prick » « sod off, bloody idiot » « get lost, dumb ass » ou encore « get lost then you bloody idiot, just get lost! »...
En prolongement, une étude (sérieuse !) sur l'insulte en politique
23:56 Publié dans Langages, Médias, Traduire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : insulte, traduction, traduire
2008.03.01
Des traducteurs réagissent...
...suite à l'article publié dans Le Monde du 21 février dernier, intitulé "Pierre-Emmanuel Dauzat : "Tout n'est pas avouable dans une vie de traducteur", dans lequel le traducteur en question affirme : "La plupart de mes contrats, je les ai signés sans connaître le moins du monde la langue que j'allais traduire." De même, selon le journaliste, PE Dauzat aurait traduit des ouvrages (300 ?) "dans une quinzaine de langues : l'anglais, l'allemand et l'italien ("les trois langues dont je vis"), mais aussi l'espagnol, le russe, le suédois, le serbo-croate, le latin et le grec (ancien et moderne). Sans oublier l'hébreu biblique, le yiddish, l'ourdou et l'indonésien..."
Fiction ou véritable prodige ? La question vaut la peine d'être posée (surtout quand le traducteur dit pondre entre 20 et 40 feuillets par... jour !) Il reste que plusieurs traducteurs littéraires ont réagi à ces propos surréalistes (ou en tout cas passablement exagérés) qui faussent l'image que l'on peut se faire du métier.
00:32 Publié dans Langages, Littérature étrangère, Traduire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, traducteurs, traduction, le monde, dauzat
2008.01.26
Autour des mots - 6
Des ouvrages qui nous racontent la vie des mots.
L’anglais, It is not the joy ! de Christiane Courbey, Chiflet & Cie
Personne n’a oublié Sky ! My husband ! le célèbre ouvrage de Jean-Loup Chiflet (John-Wolf Whistle pour les anglicistes…), où l’auteur s’amusait à traduire mot à mot proverbes, expressions figées et autres idiotismes, du français à l’anglais. Le répertoire que Christiane Courbey, professeure d’anglais en lycée, propose aujourd’hui est né de cette rencontre avec Sky ! My husband ! et de l’usage qu’elle en a fait dans ses classes, en instaurant une «méthode ludique pour apprendre l’anglais» (selon Jean-Loup Chiflet, qui signe l’introduction) – méthode que d’aucuns jugeront fantaisiste, mais qui s’appuie pourtant sur l’idée efficace (et qui a fait ses preuves) qu’il faut exploiter les erreurs (ou les « perles ») des élèves pour les amener à progresser. Aussi, sous ses dehors humoristiques et inventifs, c’est un recueil très sérieux (et fort utile pour travailler lexique, syntaxe, etc.) que nous livre cette enseignante – on aurait malgré tout aimé qu’elle nous en dise davantage sur la manière dont elle procède au quotidien. A feuilleter sans restriction. © B. Longre
07:00 Publié dans Critiques, Essais & non-fiction, Langages | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : L’anglais, It is not the joy, Christiane Courbey, Chiflet, langage
2008.01.16
La bataille des langues
"Il faut être naïf ou ignorant pour ne voir dans une langue vivante qu’un outil de communication, comme le sont les langues artificielles. Au-delà des barrières sociales, et comme le démontrent d’innombrables travaux de neurophysiologistes et de psychologues, elle ne se réduit pas à un simple code pour l’échange d’informations, mais elle constitue le creuset même de l’identité de chacun."
Le dernier numéro de Manière de voir, publié par le Monde Diplomatique, est consacré aux langues - rapports de force, domination linguistique, multilinguisme, francophonie, fonction politique, etc.
23:07 Publié dans Langages, Sur le Web, Traduire | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Monde Diplomatique, langages, communication
2008.01.13
Autour des mots - 4
Des ouvrages qui nous racontent la vie des mots.
C'est beau mais c'est faux de Patrice Louis - Arléa
"La difficulté d'écrire l'anglais m'est extrêmement ennuyeuse. Ah, mon Dieu ! si l'on pouvait toujours écrire cette belle langue de France ! " (Charles Dickens, 7 juillet 1850, Lettre à John Foster, écrite en français.)
Patrice Louis prend le contre-pied des idées reçues.
L'ouvrage de Patrice Louis se déguste dans l'ordre ou le désordre, au petit bonheur la chance, c'est le privilège du lecteur confronté à un ouvrage à rubriques ; C'est beau mais c'est faux n'est pas un dictionnaire (en dépit du classement alphabétique, preuve à la fois de neutralité et du désir de ne pas vouloir imposer de conduite de lecture...), et n'a pas non plus la prétention d'être encyclopédique ou directif ; tout simplement de divertir et de mettre le doigt sur quelques points que certains verront comme anecdotiques : erreurs, impropriétés de langage ou « mauvais » usage, contresens, pléonasmes etc. ; aussi de souligner quelques drôleries ; enfin, de tordre le cou aux idées reçues et expressions figées de toutes sortes : au lecteur d’aller ensuite approfondire ou non, vérifier, si cela lui chante, ce que l’auteur livre avec humour et légèreté.
Sans se prendre démesurément au sérieux, refusant tout dogmatisme académique qui ferait que la règle l’emporte sur l’usage, Patrice Louis explique, pour conclure l'entrée "Une coupe sombre fait des dégâts" (justement, c'est le contraire, c'est "couper si peu d'arbres dans une forêt que cela ne se voit pas" ! On "devrait" dire "une coupe claire"...) : « Dans la plupart des cas (tous ?), l'usage l'emporte sur la règle, et le contresens devrait être admis, sauf à risquer, au nom du purisme, de ne pas être compris" ; et l'auteur de sagement conseiller à ceux qui ne veulent passer ni pour des pédants, ni pour des assassins du langage, de "s'abstenir d'utiliser ces mots ou expressions" ! Tout y passe, ou presque : le cinéma (l'Ange Bleu n'est pas Marlène Dietrich...) les emblèmes ou autres symboles (le béret n'est pas basque, mais béarnais, nuance ! La fleur de lys ne représente pas la royauté, pas plus que le Muguet n'est la fleur du 1er mai...), la géographie ("Le Rubicon a inspiré Jules César", "L'Hexagone ne peut avoir que six côtés", etc.) et les sciences ("L'échelle de Richter est graduée de 1 à 9") ou encore l'histoire ("Molière est mort sur scène", "Machiavel est un perfide"etc.)
Mais la majorité des articles est consacrée aux erreurs ou bizarreries grammaticales, lexicales, étymologiques, phonologiques etc. qui caractérisent notre langue : par exemple, les "faux-emprunts" ("le smoking donne une élégance toute britannique"), les solécismes ("Perfectionner ce qui peut l'être"), les idiosyncrasies de la francisation (pourquoi "Elizabeth II" devient "Elisabeth", alors que "George V" reste "George" ?). L'auteur revient aussi sur les termes qui changent de genre en même temps que de nombre (amour, délice, orgue... seulement trois !), nous apprend que les Calendes n'ont rien de Grec, énumère de beaux pléonasmes ("prévoir l'avenir", "milieu ambiant" qui laissent pantois mais que nous utilisons !) ; de même, on saura désormais qu'une décade ne dure que 10 jours, un lustre cinq ans et l'on s'amusera tout particulièrement de l'article intitulé "Monsieur Carnavalet a donné son nom à un musée", dans lequel sont énumérés nombre "d'à-peu-près" cocasses (style "un bouc en train", "je ne le connais ni des lèvres ni des dents", "vieux comme mes robes", "un p'tit beurre, des touyous" et un dernier, car on ne s'en lasse pas,"et lycée de Versailles" — est-il nécessaire d'ajouter que les corrections sont dans l'ouvrage?)
C'est beau mais c'est faux, on l'aura compris, est un joyeux assemblage qui foisonne d'anecdotes croustillantes et qui témoigne du talent de l'auteur : une érudition jamais ennuyeuse et un humour que reflètent les derniers mots de l'introduction : "Ces corrections, une fois lues doivent être aussitôt oubliées !", proposition qui s'accorde avec ce qu'écrivait déjà Montaigne : "Ceux qui veulent combattre l'usage par la grammaire se moquent." © B. Longre
01:25 Publié dans Critiques,






















































































































