2008.05.23

L'aventure continue...

Nouveaux rebondissements dans l'affaire de la traduction Millénium ! Suite à cet article de Jacques Drillon dans Bibliobs dont je parlais dans ce billet, les traducteurs ont proposé une réponse (vite controversée) quelques jours plus tard. Mais Bibliobs ne s'est pas arrêté là et propose un entretien avec Régis Boyer, traducteur de sagas islandaises. Ce dernier n'a pas lu la trilogie en question en français (mais en suédois), et commente néanmoins le débat soulevé par Jacques Drillon, qui portait principalement sur la piètre qualité du français. Mais ce qui stupéfie, c'est ce qu'on apprend "grâce" à ce "spécialiste des langues scandinaves "... je cite : "Les prosateurs suédois sont des esprits lents, lourds, manquant de subtilité ; leur style colle à la réalité. Quant à celui des Norvégiens!... Ce n'est pas une critique, mais une constatation. Même la conversation n'est pas une chose facile en Scandinavie: les gens sont sur la réserve, ils communiquent difficilement. On est loin là-bas de l'art de la conversation et de l'écriture à la française."

913652411.jpgPour avoir lu des auteurs suédois ou norvégiens dans d'excellentes traductions, j'avoue avoir du mal à saisir... Pourquoi véhiculer des stéréotypes aussi grossiers, auxquels on ne croit pas un seul instant... ? L'anglais est aussi une langue qui tend au concret, ce qui n'empêche pas ses "prosateurs" de montrer une finesse d'esprit tout aussi honorable que celle des auteurs français... Voudrait-on nous faire croire que les (bonnes) traductions du suédois ou du norvégien n'ont généralement plus rien à voir avec les textes d'origine ? Que les traducteurs réinventeraient les romans afin de les rendre plus subtils, moins "lourds", afin que le lecteur francophone ne s'aperçoive pas de la supposée "lenteur" d'esprit de leurs auteurs ? Je pense entre autres aux romans d'Erlend Loe, tels que Doppler ou Autant en emporte la femme, ou à ceux de Katarina Mazetti (rien de plus vivace et vivifiant que ses textes - l'auteure est pourtant... suédoise, si j'en crois son éditeur ?). Selon Régis Boyer, on pourrait penser que c'est effectivement le cas, car lui se dit "fidèle aux textes"  et dénonce "la tendance rive gauche à la réécriture" (rive gauche ?!). Remarque plutôt étrange, quand on sait que la traduction est per se un exercice de réécriture... La fidélité au texte, à quel prix ? Au risque de donner à lire un texte français illisible et bourré de calques, qui rebutera n'importe quel lecteur qui ne demande qu'à entrer dans un récit ? Fidélité à l'esprit d'un texte, serait plus juste, il me semble...

Bref, on ne reviendra pas sur le mépris qui se dégage des propos de ce monsieur qui est certes agrégé (cela donnerait-il tous les droits... comme de critiquer ouvertement le travail des "correcteurs et relecteurs", titulaires d'une (misérable, il est vrai) "licence de lettres..." ?), ce qu'il ne manque pas de souligner un peu lourdement - tiens donc, lui aussi ! Je préfère de loin le billet mesuré, nuancé et plein de bon sens de Bernard Cohen, traducteur littéraire, qui tient le blog joliment intitulé FOUND in translation sur Bibliobs.

Trackbacks

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Commentaires

Bonjour, Je ne sais pas si la traduction du norvégien par Alex Fouillet est le fait d'un "simple" licencié en lettres, mais je déplore seulement que le nom du traducteur ne figure pas sur la couverture (pas bien Gallimard !) et en ce qui me concerne, je suis sûre qu'elle est efficace et intéressante car le dernier Nesbo, le bonhomme de neige, est un polar passionnant, voire haletant et pendant toute la lecture il m'a semblé que le français dans lequel je lisais était pourvu de toutes les qualités. Je ne connais pas Régis Boyer, mais je trouve effectivement que ses propos sont à tout le moins méprisants et de facto peu recevables.

Ecrit par : Hélène | 2008.05.24

Je voulais vous dire aussi que j'ai vu cette semaine Mérédith Le Dez, des éditions MLD, qui a publié Lynne Aressy (Profil perdu). Nous allons organisé à la librairie, une rencontre entre mes clients, l'éditrice qu'est Mérédith et l'auteur Lynne Aressy, en octobre prochain, à l'occasion de la publication d'un second livre de Lynne. Par ailleurs, Mérédith vient de publier chez Folle Avoine, son premier recueil de poésie : Les eaux noires. A lire, vraiment.

Ecrit par : Hélène | 2008.05.24

Quelques réactions intéressantes ici (à un article de Libé)à propos du "style"...


http://www.liberation.fr/php/pages/pageReactionsList.php?rubId=30&docId=327967&s2=5&pp=livre%3A%3AQ%3A%3AG%3A%3A_Mill_nium__tient_le_haut_des_#reac1155459

Ecrit par : lusina | 2008.05.24

Merci Hélène. A. Fouillet est aussi le traducteur de Gunnar Staalesen (http://www.sitartmag.com/staalesen.htm), un autre auteur norvégien que d'aucuns doivent trouver "lent d'esprit" :-) ou encore de http://www.sitartmag.com/mortenharryolsen.htm
Quant à R. Boyer, il a traduit des sagas islandaises (sans grand effort d'adaptation ou de réécriture, il est vrai.. entre autres aux éditions Anacharsis) - quant à sa traduction d'Ibsen, je ne l'ai pas lu et ne peux donner mon avis, mais voici ce qu'on m'indique : http://www.boojum-mag.net/f/index.php?sp=liv&livre_id=1162 (l'auteur de cet article enseigne la linguistique et son avis serait partagé par nombre de lecteurs et de traducteurs...)

Hors sujet, mais pour répondre à votre 2e commentaire : je compte bien parler de PROFIL PERDU (je vous remerciais ici http://blongre.hautetfort.com/archive/2008/05/06/quleques-lectures.html !!)


Merci Lusina, j'irai voir le lien...

Ecrit par : Blandine L. | 2008.05.24

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