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2008.01.12
Nivelons par le bas...
"Cela me fait mal de le dire, mais nous allons devoir changer notre mode d'écriture. Il y a un type de phrase qui est mort. Je le regrette, parce que je suis d'une génération qui aime ces phrases cicéroniennes, c'est-à-dire une phrase construite, longue, avec des incidentes. Il faut des phrases plus courtes. Mais surtout intégrer que tout accident grammatical rend la phrase moins accessible. S'il y a huit ou neuf mots après le sujet, eh bien il faut répéter le sujet. Les gens ne connaissent plus beaucoup des mots que nous employons."
Il faudrait donc appauvrir son vocabulaire et ses références ? (question de la journaliste) "Oui, car beaucoup de gens de moins de 40 ans n'ont plus les références d'avant. "
(extrait d'un entretien de JF Kahn au Monde 6 janvier 2008)
Discours flou ("les gens" / "beaucoup de gens" / "les références d'avant"...), démagogique (genre :"vous voyez, je m'adapte, même si ça fait mal")... passéiste ("ma génération savait lire et écrire")... bel exemple de langage "décomplexé".
(Au cas où "les gens" me lisent : je tâcherai dorénavant de supprimer subordonnées, pronoms et parenthèses...)
10:30 Publié dans Langages, Sur le Web | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse écrite


























































































































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Nivellement par le bas ou mise à niveau ?
Blandine Longre, dans cet article discute d’un entretien de JF Khan au Monde où il regrette de façon assez démagogique qu’il faille niveler l’écriture par le bas, en réduisant le nombre de mots dans une phrases, ou en limitant se...
Trackback par : Science de la fiction | 2008.01.14
Commentaires
Dans le même registre, j'ai reçu un soir de la semaine dernière un coup de fil d’un homme qui voulait me vendre un abonnement au journal Le Parisien. Je lui dis non, poliment, mais Monsieur veut savoir pourquoi. Je lui réponds : il serait plus sage, je crois, que je ne vous donne pas mes raisons. Mais ce jeune homme insiste. Et, grosse erreur de ma part, je lui dis, pour m’en débarrasser au plus vite, que j’ai trop de travail, donc pas le temps d’ouvrir un journal.
S’en suit ce dialogue :
- Et vous faites quoi comme travail ?
- Critique littéraire.
- Hein ? vous faites que dire du mal des journaux !
Ecrit par : Pascale | 2008.01.12
Je trouve la position de JF Kahn totalement démagogique, mais elle me fait penser à celle de certains correcteurs qui vous bousillent des structures de phrases complètement correctes, mais un peu alambiquées, sous prétexte de "lisibilité".
Si on part du principe que tout le monde est idiot, on pourrait tout aussi bien aboyer ?
Ecrit par : lusina | 2008.01.12
Pascale : merci pour ce témoignage édifiant ! (comment ça ? vous ne lisez que des livres ??)
Lusina : oui, de la démagogie pure et dure. Il y a là beaucoup de mépris - les gens sont des crétins, je m'adapte donc à eux... Il perpétue le mythe de la baisse du niveau scolaire et de la culture générale... Excellente idée : aboyer pour se faire entendre... (et comprendre ?)
Amitiés à toutes deux !
Ecrit par : Blandine | 2008.01.13
A JP Drecourt : La complexité d'une langue reflète aussi celle de la pensée - apauvrir la langue revient à schématiser ses idées... tout dépend de ce que 'lon souhaite exprimer.
Concernant votre post sur votre blog : il ne faudrait pas confondre écriture journalistique formatée et création littéraire...
Ecrit par : Blandine | 2008.01.16
@blandine: Je suis d'accord avec vous en ce qui concerne le lien entre la complexité de la langue et celle de la pensée. Néanmoins toute création littéraire est aussi un acte de communication qui implique le lecteur autant que l'écrivain. Le seul moyen de réaliser un véritable échange est d'aller chercher le lecteur dans sa sphère de communication et de l'inviter dans la notre. C'est un acte qui doit venir de l'écrivain car c'est lui/elle qui cherche à établir un lien.
Ce que j'intitule "mise à niveau" n'est pas une simplification de la pensée de l'écrivain, mais bien d'inciter le lecteur à découvrir un nouveau monde. Peu importe s'il s'agit de motiver un lecteur à prendre un dictionnaire ou de convaincre un autre que le livre vaut la peine d'être lu malgré son manque apparent d'érudition.
Ceci dit, je n'ai pas encore trouvé le moyen de réaliser ce tour de force !
Ecrit par : JP | 2008.01.16
Ce fameux nivellement par le bas souhaité, la mort dans l'âme (on l'espère) par JF Kahn, est p-ê une réaction à l'esprit anglo-saxon contemporain fait d'onomatopées et de grognements, tels qu'on les entend par exemple dans la musique rap et pop, qui ne sont qu'une extension culturelle de cette langue (l'anglais) à travers le monde.
Entre autres choses...
Mes excuses pour cette longue première phrase... :)
Ecrit par : Inukshuk | 2008.01.17
A Inukshuk : à lire votre commentaire, on se dit que vous connaissez mal rap et pop pour les mépriser ainsi... Je ne vais pas les défendre ici car comme dans tout mouvement culturel, il y a à prendre et à laisser. Je ne souscris pas, en tout cas, à votre hypothèse, qui ferait de l'anglais la source de tous les maux. Ce genre d'attaque (récurrente !) témoigne de votre ignorance de la langue anglaise, de ses richesses (en particulier lexicales) et de sa capacité à se renouveler en empruntant, par exemple, aux autres langues, depuis des siècles (chose qui fait tant horreur aux puristes français qui voudraient voir leur langue se figer, alors qu'elle évolue, se transforme et s'enrichit des apports de toutes sortes - même d'onomatopées !)
Je crois surtout que ce nivellement par le bas est directement influencé par ce qu'une certaine télévision propose (souhaitant s'adapter, soi-disant, à la demande populaire...) - ce n'est pas anodin, si je parle de langage "décomplexé"... rejet des intellectuels, de la complexité, populisme et démagogie : tout est lié.
Ecrit par : Blandine | 2008.01.17
J'aurais cru que vous auriez compris que je parlais d'une tendance, ie celle de l'influence anglo-saxonne dans le monde entier, non seulement dans les affaires mais aussi dans les cultures. Aurait-il fallu que j'utilise mon gallon à mesurer???
Mais si vous préférez radicaliser mon opinion, c'est votre affaire.
Je connais p-ê mal la langue anglaise, mais j'ai travaillé en milieu anglophone pendant des années...
Bon, ç'aura été une courte visite chez vous.
Un de ces jours...
Ecrit par : Inukshuk | 2008.01.17
"J'aurais cru que vous auriez compris "...
Pour cela, il aurait peut-être fallu expliciter vos idées et définir ce que vous entendez par "esprit anglo-saxon contemporain".
Pour sortir du débat franco-français, j'invite à lire l'entretien suivant, avec Anthony Lodge, linguiste spécialisé du français : http://www.sitartmag.com/alodge.htm
il dit entre autres : "Le français est-il en train d'être submergé par les mots anglais ? Ce n'est pas le cas. Les Français continuent à parler français. Ajoutons aussi que même si le pourcentage de mots anglais arrivant en France était de 40%, il n'y aurait pas autant de mots anglais en français que de mots français en anglais. L'arrivée en masse de mots étrangers ne veut pas dire la fin d'une langue. Vous n'avez qu'à examiner l'histoire de la langue anglaise : au Moyen-âge, en Angleterre, le français était la langue dominante, avec le latin ; la langue de la masse de la population était une langue méprisée. Toutes les personnes importantes parlaient français, puis, au cours du Moyen-âge, le français a été remplacé par l'anglais comme langue dominante. Cependant, la montée de l'anglais s'est faite seulement en empruntant massivement des mots au français, ce qui fait que l'anglais que nous parlons est un anglais absolument inondé de mots français. C'est une langue mixte, hybride, et mixité ou hybridité ne veulent pas dire déperdition, disparition d'une langue. "
Ecrit par : Blandine | 2008.01.17
J'aurais pu expliciter, comme vous dites, sauf qu'on n'est pas au Collège de France mais sur un blog(ue). L'influence anglo-saxonne est prédominante, non seulement dans la francophonie mais partout dans le monde.
Par ailleurs, quand je parle de l'influence anglo-saxonne, il ne faut pas seulement s'attarder à la partie lexicale ou syntaxique, ie la partie la plus visible et palpable du phénomène. C'est aussi une mentalité (et une manière de penser et de se comporter) qui s'ajoute à l'influence directe relayée par le cinéma et la chanson.
Je remarque que les alertes envoyées par la francophonie de la périphérie, relativement aux dangers de l'influence anglo-saxonne (particulièrement quand ces derniers refusent de reconnaître l'exception culturelle dans les échanges commerciaux), sont souvent mal reçues dans l'Hexagone.
Vous verrez, ça s'en vient plus que vous ne le croyez...
Ecrit par : Inukshuk | 2008.01.17
Hélas, que répondre quand on vous demande de ne pas employer "versus" parce que c'est un anglicisme ?
Ecrit par : lusina | 2008.01.17
A Inukshuk : tiens, vous êtes de retour ? (On n'est peut-être pas au collège de France, mais je ne vois pas en quoi cela empêcherait d'expliciter sa pensée... Il y aurait un donc un langage "blog" qui obligerait les interlocuteurs à simplifier leurs idées ?)
Oui, il y a une influence anglo-saxonne (pour être précis : états-unienne) dominante dans le monde. La question à se poser : est-ce un danger ? Et si oui, dans quels domaines ? D'un point de vue commercial, économique, militaire, etc. certainement... Mais les Français savent très bien niveler par le bas tout seuls, ce ne sont pas les Américains qui leur ont inspiré populisme, poujadisme ou démagogie... De mon côté, je suis restée au niveau linguistique - mais comme l'explique si bien Anthony Lodge, que je cite ci-dessus, c'est un faux procès qui est fait à la langue anglaise... Pourquoi le français ne s'enrichirait-il pas au contact d'autres langues ?
Pour revenir au sujet de départ, je ne pense pas que JFK s'exprimait en réaction à l'hégémonie anglo-saxonne - tout simplement en réaction à une prétendue baisse du niveau langagier et scolaire en France (genre "Ah le bon vieux temps...")
L'exemple que donne Lusina (merci !) est assez amusant quand on sait que "versus" est d'abord un mot... latin ! (comme un grand nombre de mots anglais) et qu'on le trouve dans le dictionnaire français...
Ecrit par : Blandine | 2008.01.17
Les anglophones utilisent largement et couramment le mot "versus" emprunté au latin. Ce mot est d'ailleurs accepté dans le lexique anglais comme en fait foi le Webster, contrairement au lexique français où ce mot est absent...
Un petit mot sur la formule blog(ue) puisque vous avez réagi à mon propos sur le Collège de France... Je pense que cette plateforme prête à une approche informelle et conviviale, aussi je vois mal comment vous avez pu interpréter d'une manière radicale mes propos du premier post. J'y parlais du danger réelle de l'influence culturelle anglo-saxonne, de là à paler de mépris, c'est de faire de la sur-interprétation.
L'impérialisme anglo-saxon existe qu'Anthony Lodge le veuille ou non. (Dans ce domaine, j'imagine qu'il y a plein de gens qui se prononcent pour ou contre, non?)
Ecrit par : Inukshuk | 2008.01.17
Le terme "Versus" est dans le Robert ainsi que dans le Nouveau Littré... : "(Mot latin : contre) par opposition à. Abréviation : vs"
Anthony Lodge n'est pas là pour se prononcer pour ou contre sur le sujet de l'impérialisme anglo-saxon - il se contente de constater des faits, d'émettre des hypothèses et de les valider ou non en fonction ses recherches. Ce qu'il dit sur les langues anglaise et française est scientifiquement mesurable et il est intéressant de connaître le point de vue d'un anglophone qui étudie la langue française avec une certaine distance, et qui fait la différence entre évolution naturelle de la langue et mesures politiques (et nationalistes) pour contrer cette évolution. Dans le même temps, il est le premier à défendre le français et sa culture ("il est absolument indispensable de promouvoir les études du français, de l’allemand et de l’espagnol dans notre pays - il parle de la GB -, pour la santé de notre culture, de notre mode de pensée.")
Quant à l'approche informelle et conviviale dont vous parlez ci-dessus, elle n'était pas évidente à percevoir dans votre premier commentaire à ce post (je vous cite : "l'esprit anglo-saxon contemporain fait d'onomatopées et de grognements, tels qu'on les entend par exemple dans la musique rap et pop"... plutôt à l'emporte-pièce, comme jugement, non ?)
Ecrit par : Blandine | 2008.01.18
Le versus français est un terme didactique utilisé que sous la forme vs...
Il faut ensuite tenir compte du contexte (acception) dans lequel "versus" est utilisé pour détecter l'anglicisme. Si on l'utilise dans le sens de "opposition à" ou "par rapport à", vous parlez français. Par contre, au sens de "contre", c'est un véritable anglicisme. Ex: Kramer vs Kramer.
Bon, en ce qui concerne mon premier propos, ce n'était que de l'ironie. Je fonctionne assez bien en anglais, suffisamment du moins pour voir l'impact que cette langue peut avoir sur le français.
Quant au reste, c'est votre blog(ue) et vous en faites ce que vous voulez.
Ciao.
Ecrit par : Inukshuk | 2008.01.18
"Versus" : anglicisme ou latinisme... ? That is the question !
(désolée de ne pas avoir saisi l'ironie du 1er commentaire - il est vrai qu'elle passe parfois très mal à l'écrit...)
Ecrit par : Blandine | 2008.01.18
Pas de faute.
Dans le multidictionnaire de Marie-Éva de Villiers, il est dit que l'anglais l'a emprunté au latin, on l'aurait deviné. Est-ce que le français l'a emprunté à l'anglais ou au latin? Bonne question. :)
Ecrit par : Inukshuk | 2008.01.18
Je viens de retrouver un article paru dans Le monde diplomatique sur la bataille des langues.
Je vous suggère la partie 4 intitulée "La chape de l'anglais".
Au lieu de le reproduire, je vous donne le lien:
http://www.monde-diplomatique.fr/mav/97/
Ne me contente que de citer ce petit paragraphe:
Hagège montre bien la « solidarité naturelle » qui, depuis Adam Smith et David Ricardo, « unit l’idéologie libre-échangiste et la langue anglaise ».
Ces « assises libérales communes » sont confortées par les actions volontaristes de la nébuleuse des décideurs politiques et économiques anglo-saxons qui, eux, ont parfaitement compris les avantages — en premier lieu le formatage des esprits sur leur « modèle » — et la rente financière qu’ils retirent de l’imposition d’une langue unique mondiale, la leur.
Ecrit par : Inukshuk | 2008.01.18
Oui, j'ai lu... (et annoncé sur mon blog le 16/01) mais c'est Hagège qui parle - et ses positions sont farouchement défensives... et par trop alarmistes il me semble.
Toute langue peut être exploitée à des fins géopolitiques et c'est effectivement le cas de l'anglais américain actuellement (comme le fut le latin en son temps, provoquant le recul des langues celtiques), mais ce n'est pas la langue qui est en cause, seulement l'usage que certains en font... et si la langue française intègre peu à peu des anglicismes (en les mettant à sa sauce, la plupart du temps), l'inverse est vrai aussi...
Cependant, je comprends aussi votre position de francophone québécois... mais je retiens aussi ceci : "Il ne s’agit pas de lutter contre cette langue [l'anglais] mais de promouvoir les autres, dans une logique de pluralisme."
Ecrit par : Blandine | 2008.01.18
"Est-ce que le français l'a emprunté à l'anglais ou au latin? Bonne question. :)"
-
Quelle importance ?
-
"Ces « assises libérales communes » sont confortées par les actions volontaristes de la nébuleuse des décideurs politiques et économiques anglo-saxons qui, eux, ont parfaitement compris les avantages — en premier lieu le formatage des esprits sur leur « modèle » — et la rente financière qu’ils retirent de l’imposition d’une langue unique mondiale, la leur."
Et je répète :
"une langue unique mondiale, la leur"
Oui, une langue unique qui n'est pas l'anglais.
David Crystal, dans Language death (http://dannyreviews.com/h/Language_Death.html)
démontre comment c'est la langue anglaise qui souffrira le plus de cette "globalisation", pour finir, peut-être, par disparaître de trop avoir été simplifiée, trafiquée.
j'ai entendu un promoteur du "globish" expliquer gravement à des Anglais qu'il fallait qu'ils cessent d'accentuer leur langue pour qu'on les comprenne mieux.
ça ne s'invente pas !
Ecrit par : lusina | 2008.01.18
Merci Lusina pour cet éclairage - je suis bien d'accord : le globish n'est pas l'anglais, et ce sont surtout les Britanniques qui s'inquiètent de cet amalgame (comme A. Lodge plus haut ou David Crystal ci-dessus - dont j'aime bien les bouquins !) Le dossier du monde diplomatique montre comment langue et politique sont liées, et s'alarme de l'hégémonie anglo-saxonne, mais c'est bien normal, venant d'une publication anti-libéraliste... Ils n'en parlent pas d'un point de vue culturel - et les attaques récurrentes contre l'anglais ont le don de m'agacer... (idem quand j'entends qu'il n'est pas de langue plus facile à apprendre...)
Ecrit par : Blandine | 2008.01.18
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